mentions légales
tous les gîtes
#Fabienne Swiatly  #Cécilia de Varine  #Michel Jeannès  #Philippe-Liev Pourcelot 
Archives  -  GÎTE D'ETAPE

-->pour accèder au gîte en cours
-->pour imprimer
-->pour envoyer ce texte à un ami

GÎTE occupé par Michel Jeannès - du Jeudi 1 octobre 2009 au Vendredi 1 janvier 2010

:

incipit: un texte de Barthes reçu il y a quelques jours, envoyé par l'hôtesse et qui d'une certaine manière pré-configure l'espace, comme lorsqu'on vous dit en vous confiant les clefs "vous verrez, vous serez bien là-haut, je vous vois bien ...". Notesbulletin et son blanc lisse (lys?).Un texte évoquant Robinson Crusoë aménageant son territoire en domaine.Depuis quelques jours, je vis avec cette idée de plage après le naufrage, métaphore naïve de la page . Je vois deux manières d'arriver sur une plage. On peut aller à la plage la serviette sur l'épaule ou échouer (et là, je fais un tapsus "échouper", un p tapuscrit se glissant dans l'échouer pour faire achopper le texte, trébucher le naufragé, marquer le pas et déterminer la direction par la pesanteur). On échoue sur une plage, à plat ventre, la tête vers la terre, dos à la mer. En fin de compte, même lorsqu'on y va la serviette sur l'épaule, depuis le camping, l'hôtel, la maison familiale ou le cabanon, au moment de s'allonger, on tourne toujours le dos à la mer. La plage a une pente, le corps allongé garde une certaine verticalité, une direction vers laquelle la bouche cherche l'air.

Berechit Bara Elohim...premiers mots de la Genèse, lettre B indiquant le commencement, ou plutôt l'en-tête. Lettre Beth,de l'aleph-beth , alphabet, qui signifie aussi la maison. Je note que la première lettre posée sur cette plage blanche du gîte est un i, en hébreu Yod, la plus petite lettre qui se figure presque comme un point avec deux pointes étirées.Un i minuscule, anthropomorphe,le i de écrit avec sa tête de pointe Bic popularisée par le baron éponyme.Je note l'heure:10h01. Nous sommes le 1.10, date choisie pour le jeu phonétique,déposer un premier indice, comme un fêtu qui structure l'espace, partage la plage en deux et interroge: le fais-tu?Lettre i, majusculée I, qui prononcée à l'anglaise (aïe!) marque la douleur, l'émotion vive, voire l'appréhension et signifie le je, celui qui sent et affirme en les mettant en sens les émois traversant son moi ( nouveau tapsus: "vécu en son nom"). Je,moi, ainsi pose la lettre i du mot incipit comme première lettre sur la page,puis relève, dans un manuel d'hébreu que la valeur numérique du yod - lettre de l'unité divine- est le 10. La première lettre posée coïncide et fait date avec  le premier indice: 1.10. incipit liber,"ici commence le livre" disait-on au moyen âge. Marquer le temps et l'espace est marquer son temps et son espace."Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé..."  Moi, Je, MJ, par ces lettres initiales, signe et signale  ce jour ma présence en ce lieu.

 

I


fragment du plan du métro - Kyoto - juillet 2008

 


Au mot naufrage, j'assimile dans mon entre-deux-langues le mot espagnol fracaso (échec) ou l'italien fracasso (vacarme, bruit assourdissant), pleins du craquement de la coque sur le roc. Dans naufrage, il y a presque une fragrance. Fracaso, c'est l'os qui éclate, puis les débris  à ramasser, un par un, à aligner sur le sable, trier, penser-classer, indices à recomposer une histoire, à maintenir un lien avec le connu ou du moins l'idée que l'on s'en fait.Le Robinson du gîte longe la plage, déjà jalonne et fouille l'épave (sous l'épave est la plage). L'ici de l'échoué est  une insularité dans la langue, lieu vide à circonscrire.


 

projet de carte-postale - Venise juin 2009




Biennale d'art contemporain de Lyon 2009 - "Chaque homme est une île"

reflets (I et II) dans une œuvre de Thierry Fontaine-  (photo CdV)

II



"Moi Pierre Rivière...", Chaque homme est une île, de Thierry Fontaine, il y a, déjà perceptible dans l'énoncé des patronymes apparaissant aux premiers jours de l'échoue,de l'eau dans l'île ou pour le moins sa trace. Enfant,je longeais souvent un ruisseau nauséabond dans lequel se jetaient les égouts du village. Il traversait les prés et se jetaient quelques kilomètres plus bas dans un ruisseau plus large qui devait à son tour se perdre dans une rivière et ainsi jusqu'à la mer et son horizon. On ne parlait pas encore de pollution, le ruisseau était mort, les pierres en guise d'algues retenaient des morceaux d'innommable chair grise,  flottant comme des bannières dans le courant. Les herbes et les branches des rives étaient aussi couchées et fixées au sol par des matières cloacales. Les marmots ne s'embarrassaient pas de ces horreurs, qui suivions la destinées d'une écorce ou bout de bois figurant une embarcation, ou parfois d'un message roulé dans une bouteille pour un destinataire en aval. Un message qui aurait traversé le pus et l'infection. De manière cyclique,le ruisseau se teintait du rouge ou du blanc des rejets  des abattoirs et de la laiterie. Ce n'est que bien plus tard que j'ai perçu la puissance symbolique du "ruisseau dézégou".

On se jette à l'eau, expression consacrée et on se retrouve déjà naufragé, enfoui dans le sang, la merde, les acides et les pollutions blanchâtres. Rite initiatique semble-t-il? nécessaire retour dans un en-deça plutôt qu'un en-soi. Avant l'échoue sur la plage,par quel ventre de baleine est passé le personnage? Une vague dépose un corps. Avant celle-ci, les hurlements des  Furies. Puis une zone d'inconscience dont l'île émergera peu à peu avant de préciser ses contours.

III

 


trouvés-choisis (maison de Monopoly, fragments de plastique flottés) Portugal 2005

Avant que le territoire ne soit domaine, organisé en signes, le naufragé est un corps sans corps,tas de chair sur la grève, peut-être régurgitant l'eau qui l'a vomi. Je reconstruis un souvenir assez précis du ru mort se jetant dans le ru vif.Le deuxième n'était à la réflexion pas plus large que son affluent; peut-être pourvu d'un débit plus fort,il avait cette capacité d'absorber la mort et de continuer son cours. Une frange trouble et blanchâtre à la confluence marquait le passage de témoin. Je ne situe  plus, par contre,le point de confluence. j'en déduis que le laiteux de l'entre-rus n'est peut-être que le sfumateux du souvenir ou l'écume de l'écrire, zone d'

composition d'après Hokusai- la grande vague (détail)

incertitude entre ce qui n'est déjà plus à dire et un ce qui doit trouver lieu à partir de lui-même, comme la vague s'élève à partir de son creux.

 

   

                                                    

composition d'après Hokusai- la grande vague

objets trouvés-choisis ( tong, personnage de plastique) + T-shirt sérigraphié

IIII



Le naufragé touchant terre s'abat sur le sable, soit qu'il ait été craché-vomi-aplati par la vague, soit qu'il ait pu jeter ses dernières forces dans les brasses qui le séparaient du rivage. Il y a forcément un temps d'inconscience au cours duquel il reste plein du fracas des événements qu'il vient de traverser. Notre connaissance des naufrages est une connaissance de seconde main, construite par les romans ou les films  d'aventure dévorés dès la pré-adolescence. Peut-on faire naufrage en dehors d'une écriture cinématographique qui fond le son en deux secondes et ramasse l'arrivée  sur l'île dans un changement de plan? Que se passe-t-il au cœur de l 'ellipse?( le naufragé, l'hôte du gîte) sombre dans l'inconscience puis, par l'effet d'un gros plan sur les yeux,  accommode son regard et - alors qu'il est allongé, certainement contusionné, battu, blessé - taille une portion de l'espace immédiat et la fait sienne.Dès lors il n'a plus la possibilité de retourner en arrière, de refuser cette condition nouvelle et lui préférer le  combat avec les éléments. Le naufrage était contenu tout entier dans la barque;l'île en est une autre condition.

IIIII





"Cendrillon(s)"- 1999-2009
objets trouvés-choisis (chaussures de poupée, semelle de chaussure), sable





L'île a d'abord la forme du pied. Le naufragé peut demeurer inconscient dans le bruit des vagues ou se redresser rapidement pour traverser la plage et chercher un abri, il ne peut faire l'économie d'un premier pas qui scelle l'accord avec la terre d'accueil. Le poids du pied qui s'enfonce dans le meuble du sol inscrit, en creux une nouvelle fois,tout comme la vague ,la présence de l'intrus.Rejeté de la mer, l'homme appelé à devenir l'il de l'île, n'est pas encore occupant. Son territoire se borne à la trace éphémère imprimée dans le sable, effacée par les vaguelettes. Pesanteur d'un soi(t)-et peut-être là s'agit-il du mandat de l'île?- qui n'a à parler que sa présence au monde et l'inscrit au travers des abandons successifs. Chaque signe, chaque élément, lettre, mot, verbe-sujet-complément,ponctuation, est un abandon. On pose ces choses là, ballots devenus inutiles, on sait qu'on ne les reverra plus, et on continue plus avant dans le blanc vers le nulle-part du texte.






composition- objets trouvés-choisis  1999-2009
  (cendrier publicitaire Johnnie Walker; couture de chaussure)


IIIIII





Uwe Max Jensen - Sculpture pour l'intérieur d'une chaussure
(collection MAMCO Genève - offert à l'accueil - exemplaire trouvé-choisi 2008)



il se redresse et puis presque tout de suite trébuche, se prend le pied dans une aspérité - caillou, rocher affleurant sous le sable, bois flotté - qui questionne sa stabilité et son droit au sol, pas encore droit du sol. Il tombe, rétablit l'équilibre par un grotesque battements des bras qui donnent à rire aux oiseaux de mer. Il a tourné le dos à la mer et elle rit dans son dos par le cri des oiseaux qui prolonge les Furies. d'avant le naufrage . S'il y a des oiseaux, l'île sera nourricière, pourvoira en viande et en œufs, pourvu qu'Il se fasse chasseur.Le pied de la lettre suit le mouvement du naufragé et alors que celui-ci   tout en se redressant devient prédateur -  le pronom s'érige en nom, chausse la majuscule, s'italique pour avancer sous le vent, définir un mouvement qui le personnalise . Il devient maître de son naufrage, partant passager de son insularitude.




photo d'écran - premier jour dans le gîte - le mot "fétu"


Il peut alors  se retourner, regarder le flot auquel le fixe le bruit des oiseaux, envisager la carcasse de l'esquif fracassé, tous récifs et passes obligées dans le récit d'un naufrage.  Il a mis six jours pour s'arracher du sol, le septième il se penche et ramasse une brindille, la considère. L'accent circonflexe, archétype du toit protecteur couvrant le brin de paille déposé sur le sable, au lieu de l'accent aigu de l'au-vent a sculpté le mot "fétu", conférant à ce si minime détail figurant l'espace en s'accrochant au presque-néant, la qualité de mise à couvert du "gîte".

Si tant est que l'on peut parler de choix dans le filage d'une métaphore,celui du naufrage a pu être induit par une torsion du mot "gîte" ;s'il désigne ordinairement le refuge, l'abri, la demeure, le lieu où l'on trouve à se coucher, est aussi un terme maritime. Donner de la gîte ou de la bande  ( et là celles du vieux pillard roussellien menaceraient d'envahir la plage , si le procédé n'était éventé, voire éventré comme   un coffre  de flibuste ) correspond à l'inclinaison que prend un navire sur un bord.
Gîter désigne ainsi le lieu où s'est enfoncé un navire échoué. Accepter l'accueil c'est aussi se prêter aux feux des naufrageurs et à leur guidance. Mektoub! Mot arabe calligraphiant la destinée et que l'on peut traduire par "c'est écrit!"


photo d'écran - source:http://arabic-calligraphy-online.com


Etonné de se retrouver vif et fermant les yeux, Il repasse ses dernières heures à la barre. Il  retrace des lignes,  cartographie les passes et  impasses du sens qui ont convergé en ce point de destinée. Il lui était possible de prendre l'autre route, plus sûre, et d'y entreposer les richesses de la cale; il a choisi la course sans escale et sa fin out of..................................................................

L'article défini le ou la définit l'abord du site et , ce n'est qu'une hypothèse, la forme d'écriture. Donner de la gîte  confine à la recherche d'un  point d'équilibre et de tension dont le gésir marque l'horizon. Mot hermaphrodite qui sied à l'occupant d'une insularité, ouvrant sur la béance des impossibles rencontres.



IIIIIII





Vanité pour  le pot du  philodendron monstera -
 trouvés-choisis (caillou et os )- collection de l'artiste



En filigrane de chaque île, la carte, jalons, pistes souvent fausses qui soutiennent le récit au gré des espoirs et déceptions des personnages,dessinée sur parchemin ou tatouée dans la peau d'un marin. Ironie d'une situation borgesienne, dans laquelle un naufragé solitaire  aurait la carte de son île tatouée dans le dos. Le damné n'aurait alors  d'autre alternative  pour se situer -à moins que l'épave figure de la providence n'ait rendu quelqu' éclat -  que de polir un miroir, puis un autre pour lui restituer dans le jeu des réflexions , le tracé de son territoire en même temps que les nouvelles lignes de suture d'un corps diffracté dans la paysage. ( et là , le narrateur souligne un nouveau tapsus) Il trébuche à nouveau, comme pour mieux s'assurer de son pas,  sur le genre de la plage qui  se déplie puis déploie en païs. La page est la matrice du paysage appelé à la noircir pour donner lieu au texte, meurtre primordial et rituel dans lequel s'emmêlent en un même saignée à blanc les eaux impures des ruisseaux de l'enfance. Par contiguïté des mots pei, piel, pellis, peau, Il fait corps avec l'étendue qui s'ouvre à lui .
Le pied donne modèle au territoire, la main à la carte. Le pied s'enfonce et fait empreinte, la main prehende, se saisit, étend la compréhension et  repousse les limites. La première cartographie, qui est aussi une portion de territoire corporel à habiter en tant que tel, est donnée par les lignes de la main. Chirographie, chiromancie, art de lier un à-devenir à la compréhension immédiate.
L'invitation à occuper le gîte s'est assortie d'une "carte blanche", expression convenue qui indétermine le contenu lors de la signature du bail et dont le preneur n'entrevoit les enjeux qu'alors d' en désiner les erres.

IIIIIIII



"perte(s) de vue" (collection de l'artiste)
verres et morceaux de lunettes trouvés-choisis,  2000-2009


Chir(o)-, du grec kheir, "main". La transcription phonétique et graphique du mot rapproche la main de l'arabe kheir qui signifie bon. La main de Fatma, dite aussi la khomsa ou khamsa , mot qui désigne le chiffre cinq et totalise les doigts d'une main, protège du mauvais oeil. Couvrir de la main est  geste de protection, égide.Le creux de la main est gîte dans sa fonction d'accueil et abri.

Naufrage/nos phrases. C'est d'un malentendu ou d'un in-entendu que découle la situation de naufragé qu'affronte Il, condamné à survivre dans un monde où tout est à faire, latin facere. Effacer/ F.A.C.-trois lettres au centre du mot, qui en redoublent le sens de manière tautologique, comme si l'effacé, était au centre de l'œil d'un typhon qui aurait conduit Il vers les luisants sur lesquels l' embarque s'est brisée.Chaque phrase qui s'esquiffe affronte la lame capable de la retourner et l'envoyer par le fond,dans la transparence du non-advenu, du sans avenir, du sans navire, navis frangere,  nau-fragé, repoussé en esquilles dans une limite imprécise et écumante, à la frange  de ce que l'on s'est échoué à saisir


IIIIIIIII





photo d'écran - premier jour dans le gîte - les atours du  "lisse"



Pourquoi ces qualificatifs à propos du blanc? Il aurait été plus simple, ou pour le moins efficace, au plus près du support et sa technicité, d'en indiquer le code informatique- #FFFFFF - plutôt que d'avoir à dissoudre un tel précipité. Le redoublement phonétique fait concrétioncaillou, dans sa dimension minérale mais aussi dans sa définition de recherche, de détermination par le calcul; les calculus désignaient initialement  des jetons servant à compter. Il ramasse un galet et, tout en contemplant cette forme qui épouse sa main, estime, évalue ses chances de survie et de retour.
Le mot "lisse" contient toutes les isles. La facétie du "lys"
fait aspérité, casse la glisse de l'écran, hellénise l' initiale du texte, partant profile le caractère odysséen d'un écrire en entourloupes tout prêt à se développer aux dépens du sot qui, en répons, s'y risque à l'appeau.


IIIIIIIIII






coquillage fossilisé - trouvé-choisi Bourgogne été 2009




saisie d'écran - le tréma naufragé



Je bute toujours sur l'orthographe de Crusoé, à qui j'attribue un tréma que je crois avoir lu sur le e final de Defoe, dont le nom était Foe. Vérification faite dans le Robert, aucun, du personnage ou de l'auteur, ne se coiffe de ces  double points qui, sont ordinairement apposés sur les voyelles e,i,u, signifient que la voyelle qui précède doit être prononcée séparément.
Un signe de séparation, de renvoi à l'identité phonétique de l'une des lettres en renforçant celle de la précédente. Tréma(grec, trou, points sur le dé) s'anagrammise en mater , la mère, comme si dans le moule du langage la matrice préservait la trace d'une nécessaire disjonction .

IIIIIIIIII
I


L'île d'Il - le nauphrasé ne sait encore rien de son île,occupé qu'il est à piller sa propre épave et poser quelques jalons pour faire espace
, et déjà une fusion des corps s'amorce par l'us spontané de cette préposition de, élidée en d' , marquant l'appartenance tout en  fixant Il  à ce sol meuble duquel il ne connaît encore ni l'étendue, ni les ressources, ni les embusques - a sa texture, déterminée dès l'abord, par la ligne éditoriale et le nom du site d'accueil. Faire île dans Notesbulletin, qui un temps s'eut défini comme "nid dans le net" ,est prendre place dans l' archipel des écritures de la marge.


le mot "lettre" sur les lettres , 1997-2009 (collection de l'artiste)



Il a domestiqué l'île et fait son pain avec le blé qu'il sème dans un champ labouré par ses bœufs attelés à une charrue rudimentaire. En bout de sillon,Il est attentif au virage des bœufs; de leur manière de tourner et de son habileté à repositionner le soc dépend la rectitude de cette écriture de l'espace gagné sur la friche.

Dans une lecture en boustrophédon - du grec bous, "bœuf" et strophein "tourner". Ecriture primitive (le grec et l'étrusque) dont les lignes allaient sans interruption de gauche à droite et de droite à gauche à la manière des sillons d'un champ)- la marg(e) se lit
(e)gram, gramma,-atos "lettre, caractère d'écriture". La marge émerge d'un pli de la lettre pour donner champ au texte, en signifier l'incomplétude et consigner repentirs, biffures, corrections - le mot  qui ramène à la règle fait parfois blessure - que chaque lecteur apporte pour faire le texte à sa main, à la manière de l'artisan façonnant son outil,  et se constituer auteur de son lire.

IIIIIIIIII
II



"le coin des jours" ,
1997-2009
fragments d'agendas  (coll. de l'artiste)









Photo d'écran- premier jour dans le Gîte - Pierre Rivière



Pour signifier la présence d'un occupant dans le gîte, appelé à devenir alter ego alter gîtant ou alter gisant, le Moi-Je se pare de la parole du parricide.  Sous l'écrire le meurtre cela peut être . Le rouge sang, dans une inconscience de l'écrivant, est la couleur de la mise en sens, de cet indéfini qu'il faut arracher à la  materre  primaire pour en faire du défini, tracer des lignes, habiter l'espace.
Sous les flux du mortifère, la rivière qui charrie et épure. Le mot, allégé des e, est construit comme un plan en coupe de ce qu'il désigne: riVir.Au centre, le V  évide son lit entre les deux rives d'un palindrome.
Le premier e, accentué marque la gravité et la pente, roule en cascade jusqu'au final qui fait vasque avant de libérer le cours.
 
Il enjambe le ru, étroit en cette passe, et dont il connaît chaque pierre pour y avoir pposé le pied à gué ou passé la main en dessous à apprivoiser le poisson, chaque remous, chaque touffe de roseaux, chaque jonchère dont il tire le nécessaire à tresser ses nasses et ses claies ainsi que certaines commodités comme les nattes, les paniers, et même des chaises, et un fauteuil dans lequel il aime s'installer à certains moments de la journée.


IIIIIIIIII
II
I




"le temps perdu",  1997-2009
trouvés-choisis (fragments de montres)  (coll. de l'artiste)





Après avoir usé jusqu'à la corde les chaussures récupérées dans l'épave, Il s'est improvisé cordouannier , non pour protéger ses pieds devenus calleux, mais pour le plaisir de glisser un scrupule entre la semelle et la plante. L'épine douloureuse le fait claudiquer. Ce dérèglement du pas annonce déjà, dans le changement forcé de démarche, l'avènement d'un Vendredîle.


IIIIIIIIII
II
II


"les pas perdus"
trouvés-choisis (fers à chaussures) 1997-2009 (coll. de l'artiste)



Toute île est déserte, et toute île déserte a son Vendredi, né d'une empreinte qui précède invariablement Robinson. La découverte  de l'empreinte est l'équivalent du stade du miroir, instant d'assomption ou le nauphrasé règle son pas sur celui de l'autre-enfin-là.
Il n'est pas certain que Vendredi soit un autre différent,susceptible de générer une relation véritable. En espagnol, vendredi se dit viernes, anagramme du mot latin  servien(s) sergent, qui a donné le mot "concierge" sous l'influence de cumservus, compagnon d'esclavage, de servus, esclave. Vendredi représenterait plutôt les forces cannibales et incontrôlées qu'il s'agit de sauver
en les réduisant et les guidant dans l'apprentissage de la religion du dominant. Un Robinson sans Bible aurait-il pu se livrer aux débauches anthropophages ,épouser les causes de la tribu de Vendredi, amené  sur l'île par les siens pour y être dévoré? Le "péché originel" de Robinson est peut-être d'avoir  soustrait la victime du meurtre rituel à son destin pour se l'aliéner. L'infamie est d'en avoir obtenu de la reconnaissance  d'être en vie.



IIIIIIIIII
IIIII





"Maison"
 boîte de lessive, agrafes, journal Sans Abri n°102, août 2007 (coll. de l'artiste)





"Maison"
 boîte de lessive, agrafes, journal Sans Abri n°121, mars 2009 (coll. de l'artiste)




"Notes-steno-stone"
bricollage in situ ( photos d'écran)



L'abri est la première chose indispensable lorsqu'on arrive dans un lieu; il faut savoir où poser son sac. Le lieu sûr  primitif est donné par le croisement à 90° de deux plans : un plan horizontal - plancher, lit - et un plan vertical, mur contre lequel on peut s'adosser - chaise, banc. Ces deux plans suffisent à se sentir protégé, à "gîter". Dos au mur, on peut voir venir et prévenir les agressions, on peut se sentir tenu, engironné comme les enfants des vierges romanes. Si le plan vertical se rabat et se resserre de manière à former un angle aigu avec le sol, commence la grotte, le pli, là où la bête peut se glisser pour se rencoigner. Ensuite il suffit d'aménager, réduire la prise au vent et au regard, boucher l'entrée, filtrer la lumière. L'écran et le clavier d'un ordinateur portable donnent cette configuration. L' angle est un peu plus ouvert, afin de permettre la lecture. Un angle obtus maximum de 135° est possible.
Le livre ouvert possède aussi cette angularité, mais les pages ouvertes d'un livre, à la verticale, semblent deux murs. Un livre ouvert posé sur un lutrin est proche de l'écran.



IIIIIIIIII
IIIIII


Angle est issu du latin angulus, coin et accointe avec uncus qui désigne le crochet. Il est apparenté au grec ankon, "coude" qui, ainsi qu'ankura, l'ancre, désigne quelque chose  recourbé. Le terme angulus a pour correspondant le grec ankulos "recourbé" dont provient ankylose, courbature. "En cul l'os! pour en qui l'ose" . On imagine très facilement le nauphrasé partant à la dérive dans les traces d'un Jean-Pierre Brisset, à qui Dieu avait révélé l'origine batracienne de l'homme et les courbures de la langue au travers du calembour, casser son bras en signe de malé- ou béné-diction à l'intention d'une voile passant à l'horizon ou d'un cabri esquivant  d'un coup de rein la lubricité d'une caresse.




trouvé-choisi (grenouille sèche)
Melle, été 2003 -






"l'ego dispersé ou autoportrait en  construction" (1998-2009)
  trouvés-choisis - pièces de jeu "Légo" (coll. de l'artiste)





L'indécence du propos fait indice, à la manière d'une empreinte sauvage sur la plage qui laisse entrevoir, dans le mouvement d'échine du cabri et la lubrique allitération, la présence de l'écrire et de l'auteur à son corps défendant. Impossible saisir du mouvement furtif d'un mot qui préfère se changer en chèvre plutôt que rendre raison à qui cherche à le fixer. Sous la peau retournée et parcheminée du biquet, la figure du scriba, "copiste", "greffier", "secrétaire", corps laborieux plié à l'écran. Scriba , anagramme de cabri(s) est la forme nominale de scribere et a abouti par le latin populaire scribanem, à écrivain. (d'après Le Robert, dictionnaire historique de la langue française.)
Dans cabri, il y a "abri".



IIIIIIIIII
IIIIIII



"partie en cours", 1997-2009
arrangement de dominos trouvés-choisis (coll. de l'artiste)




Arriva le temps à l'intérieur du temps où Il entreprit de régenter son domaine. Il décida d'établir l'inventaire de tout ce qu'il possédait, objets butinés sur l'épave ou glanés sur la plage, mais aussi tête de bétail, mesures de blé, puis une fois établi l'inventaire de ce qui était possible d'inventorier, il décida qu'il lui faudrait aussi faire l'inventaire de tout ce qui ne peut être inventorié: arbres de la forêt, fruits, fleurs de l'île, animaux sauvages, insectes, et jusqu'aux  coquillages de la plage, voire jusqu'aux grains de sable. La tâche lui sembla digne d'un roi soucieux - sourcilleux sous les cieux -de connaître son domaine dans le détail.

Sous le blanc lys du gite, un roi couché, mort. "Gésir" est l'anagramme de "regis", rex, roi, ainsi que de "grise". La teinte neutre,  silence chromatique, désigne tout « document dactylographié ou imprimé, produit à l'intention d'un public restreint, en dehors des circuits commerciaux de l'édition et de la diffusion et en marge des dispositifs de contrôle bibliographiques ». Masse de mots -lat. massa, pâte - qui rocaille  sous l'affleur.




IIIIIIIIII
IIIIIIII




"les clones", 2009
boutons de veste dite "canadienne" - 2 en cuir tressés, les autres,  moulés, en plastique.


A fleur de, au sens général de surface, n'est usité que dans la locution prépositive à fleur d'eau et pour parler de la face tannée d'une peau, opposé à poil. Robinson, figure héroïque de tous les naufragés, parade sur la plage vêtu de son costume de peau de chèvre dont on ne retient que l'hirsute et l'indigénisation du personnage. Sous les hérisses, un peau à peau qui parchemine et palimpseste le corps du nauphrasé.





autoportrait en ongles de pieds et mains  (24 12 1999 -14-10-2009)
reliquat d'écriture en copié-collé - voir hors gîte sur ce site.





La Fleur désignait l'élite et s'employait, au sens spécialisé de  "fine farine" ,avant même (v.1119) que n'apparaisse le mot qui est, somme toute, l'anagramme de raf(f)iné.


IIIIIIIIII
IIIIIIIII



 

"repentir" (saisie d'écran, rature supprimée dans le texte du jour précédent)



Robinson Crusoé est resté prisonnier de son île pendant vingt-huit ans. Ce chiffre correspond aux phalanges des doigts des deux mains  d'un humain.  Il correspond aussi  au cycle d'ovulation et au cycle lunaire de vingt-huit jours.  Proportion de temps gardée, Robinson est donc resté sur son île la durée d'un cycle. Le temps donne la dimension de l'île,, le contour et d'une certaine manière, la texture. La peau de chèvre, analogon du scribere, est faite de plis et d'assouplis, de rétractations et contractions. Tanner , préparer le cuir, se faisait à partir de l'écorce de chêne, le tan. L' homophonie temps/tan donne à l'île et au corps du nauphrasé sa patine.

Il sonda l'incommensurable de son entreprise en comptant les grains de sable d'une seule poignée
.


IIIIIIIIII
IIIIIIIIII




Braillecollage in situ - numérisation d'une page
du Calendrier biblique 1985,
Mission évangélique Braille pour aveugles
et handicapés de la vue, Vevay (Suisse)
"ta parole est un flambeau qui guide mes pas,
une lumière sur mon sentier" "(psaumes 119:105)
Original trouvé-choisi circa 1995 (collection de l'artiste)





"Le tour du jour en 80 Monde"
du 24-12-1999 au 5 avril 2000
semelles découpées dans le journal Le Monde, portées au cours du jour
photo: le Monde du 29 février 2000 (collection de l'artiste)




A force d'emprunter certaines sentes devenues coutumières, Il avait creusé des ornières qui, en période des pluies , rigolaient.


La manière  de l'écriture informatique , notamment la sélection d'une groupe de mots, sa mise en sur-luminescence pour couper-coller ou  effacer, conserve la mémoire du mode archaïque de grattage  et raclage du parchemin afin d' écrire dessus un nouveau texte. Palimpsêstos est composé de palin- nouveau et psên, gratter, racler, issu de la racine indo-européenne bhes, frotter, émietter. Si la trame de pixels ne laisse rien percevoir des blessures infligées au support, il demeure que chaque inscrire est incise.



Braillecollage in situ - (op.cit.supra)
suppression de la couleur

IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
I




"carré d'os", 1997 -
os, vernis à ongles (coll. de l'artiste)

 

Toute île déserte voit un jour débarquer  la flibuste et avec elle le mythe du trésor enterré.
"Pirate" s'anagrammise en patrie, ce qui n'est pas un moindre paradoxe . Jolly Roger, le nom anglais du drapeau aux deux tibias entrecroisés, aurait la couleur rouge. pour origine. Les pirates français auraient nommé leur pavillon "Joli Rouge", devenu Jolly Roger par le passage dans l'entre-deux-langues. Certains pirates hissaient le pavillon noir, laissant à l'ennemi le temps de se rendre. Si celui-ci n'obtempérait, le pavillon rouge annonçait alors l'affrontement et disait clairement qu'il n'y aurait pas de quartier.

Il aperçut un bateau  au mouillage dans une crique. Ne distinguant pas nettement le pavillon  il demeura caché.






Trouvé-choisi, mise en situation ( figurine, racines d'arbres) , Kyoto 2008

Scrabble n.m. est un emprunt à l'anglais scrabble "gribouillage", dérivé de to scrabble "gribouiller, griffonner", littéralement "griffer, gratter".
Scribouiller v. intr. a été formé sur le radical de scribe d'après les verbes tels que gribouiller, barbouiller. Scribouiller s'emploie familièrement pour "écrire mal, sans soin ni style" et "travailler aux écritures". Du verbe dérivent scribouillage, "mauvaise écriture, mauvais style" et scribouilleur, euse n. "mauvais écrivain" et "personne qui écrit beaucoup, qui aime à écrire".(d'après Le Robert, op.cit.)


Il effaça les traces de son bivouac et se retira dans l'une de ses caches , un gîte sous le gîte.


IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
II


Le festin anthropophage ou l'échange de coups de mousquets entre boucaniers troublent l'ordre blanc de la plage par une précipitation du récit. Ces scènes crispent le relief et font roc.  Alors que l'essentiel du voyage se passe dans l'œil qui reflète la respire du flot, les a-gitations des escales  dessinent l'épopée. L'immobilité forcée du nauphrasé, ou du moins la constriction de ses possibles par le retrait dans l'île, est constamment battue en brèche par l' agir. Issu de agere, ce mot de la langue pastorale signifie "pousser devant soi" et se dit aussi des hommes et des choses pour "poursuivre, mener, pousser".






"Souviens-toi Barbara..."
trouvé-choisi rue de Siam, Brest mai 2008



IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
III


vitrine Fukuoka, Japon, été 2008 -  trouvé-choisi Bourgogne France 2005- 2007





vitrine de manucure, Kyoto,Japon, été 2008






Les lectures  volées, France, juillet 2007



IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
IIII




"Maison"
 boîte de lessive, agrafes, journal Sans Abri n°128, octobre 2009 (coll. de l'artiste)







Jean Arp, Trousse du naufragé, 1920-1921, Musée d'art moderne de Strasbourg




"macchina per scrivere", trouvé-choisi bois gravé, Buenos Aires 1991






"Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé..."  Le flux du sc<riVer>e a tracé son lit au creux même du mot qui l'abrite ou  en endigue  les tumultes. Au gué, le pied se pose sur la pierre (esp., piedra) comme le stile (du latin stilus) du scribe incisait la tablette. Confusion sémantique ou prescience d'un Moi-Je initial qui , pour signifier une place d'occupant du gîte trébucha sur un lieu commun: le y de style provient du grec stulitês, qui se tient sur une colonne, dérivé de stulos, "colonne", qui se rattache à la racine indo-européenne sta, "être debout" d'où vient le latin stare, "être debout".




IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
IIIII






Les œufs des mandarins (nature morte in progress)
2006-2009




IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
IIIIII





Photos d'écran- le premier jour dans le gîte - "Ligne barbare"



Il entreprit de tracer la cartographie de son île, et pour ce, nomma les reliefs, les aspérités, puis relia ces noms  par des lignes. Il pensait que ce travail prendrait sens après son départ. A quoi bon en effet la carte lorsque le territoire se dessine dans l'intimité de l'us et que les sentes se tracent à force de pas. Il n'empêche qu'Il prenait plaisir à tracer ses cartes et mesurer les écarts entre ses points de vue.




"Peinture morte"
in memoriam Alain Renoud
 palette trouvée-choisie Lyon, 26 octobre 2009




"île"
mousse autour d'une souche dans un jardin zen, Kyoto, 2008



Plus petite lettre, scrupule, le i du mot "incipit" affirme l'occupation du gîte. Mais le premier nom, venu presque par hasard, est celui de l'écrivain et sémiologue, auteur du degré zéro de l'écriture, et qui consacra "la mort de l'auteur". La référence est comme une enveloppe, une balle ou une caisse remontée de l'épave. Le nom de l'auteur se métamorphose en contenant des titres de ses ouvrages, lettres de créances  -qui font croyance - et prend le pas sur le contenu de manière métonymique. Sacs de mots et concepts que l'on fait bimbeloter en incantations pour générer des mondes ou s'assurer les grâces de demi-dieux invoqués.
La première syllabe du nom constelle avec sa semblable, tissée dans les premiers mots de la Genèse,évoquée comme Livre des livres et principe  d'habitation, métaphore d'un chaos primordial à organiser, verbe qui a eu le sens de "rendre apte à la vie" avant de signifier "pourvoir (un corps) d'organes".
Contrepoint de dérision, - à supposer qu'un texte s'écrivant dans les marges de la volonté de l'auteur puisse avoir force de décision ou  dérision - fait écho au titre de noblesse de  Marcel  Bich dont le mérite aura été de placer le stylo dans les mains de chacun en inventant, non la pointe Bic puisque Bich en avait racheté le brevet, mais le concept mercantile du jetable




IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
IIIIIII



"tombées du ciel"
trouvés-choisis 2000-2009 (collection de l'artiste)



"Moi, Pierre Rivière..." fait écho à Thierry Fontaine, cité non plus pour le titre de son ouvrage Chaque homme est une île, mais pour la signification du patronyme et le retour à la source qu'il recouvre,avec dans le sens initial, la notion d'eau vive.Autre résurgence autour du nom, inscrite dans le champs pictural: Lucio Fontana (1899-1968) qui publia en 1947 le Manifesto Blanco et attaqua ses toiles monochromes, y perçant des trous et des fentes, signant pour ainsi dire le support d'une incise patronymique.
Plus près de la lettre, une fonte a désigné en imprimerie (1680) l'ensemble de caractères d'un même type (fondus ensemble).


IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
IIIIIIII








IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
IIIIIIIII







IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII





mousse et gravier dans un jardin zen, Kyoto, 2008





bricollage in situ (les passages obligés: trace-écart-carte (anag.)
photos d'écran jour  IIIIIIIIII IIIIIIIIII IIIIIII









photos d'écran - jour I




Dès les premières lignes, une coquille typographique se glisse dans le mot "échouer" et fait ,  de manière tautologique, échouer le mot à signifier ce qu'il a à dire. Paradoxe puisque c'est en échouant à se signifier que ce mot-ci se réalise. La lettre p qui se greffe ainsi fait chalouper le terme, l'amenant dans l'entre-langues à chouper, chupar, esp.  "sucer" (chacun connaît les sucettes Chupa-chup ainsi bien nommées,  puisqu'elles ne font qu'inviter à l'accomplissement de  leur destinée) qui fait écho, sur un plan phonétique, au mot "tapsus", néologisme dérivé de "lapsus", lui-même confondu avec lape-suce. L'avidité  de la langue fait là fracas , qui aspire tant à son devenir qu'à son effondrement .
Bois flotté, ambre ou précieux rejet: "choupe" s'avère refléter la "bouche", presque parfait "palindrome vertical", procédé mis au point par Georges Perec qui utilisant les ressources graphiques du langage, avait établi les correspondances visuelles des lettres se retournant pour mieux se r'enfourner. ( p devient b ou d ou q; f devient t, e devient a, m devient w...)
.






au commencement la bouche cherche l'r

saisies d'écran (bricollage in situ) - jour



Le texte,suffocant,se dépose sur la plage en paquets de mer de merde d'étoupe et d'étouffe. Chaque mot, rétracté, fait bronchiole.
L'homophonie place dans un même repli, l'air  - du latin aer, d'un emprunt au grec aeros, "vent" - et la lettre r.
Rech, contenu dans le mot Be(rech)it correspond à la lettre r et a à voir avec la tête (roch). La bouche qui "cherche" l'r
fonctionne à la manière de ces dessins à énigme dont un personnage à trouver est caché dans le feuillage. "Chercher l'air" revient à cher-cher rech. Au pied de la lettre, le souffle premier qui se cherche, et se trouve, dans un va-et-vient organique.
A la racine, chercher est la modification de cercier (1080), cerchier (v.1172), issu du bas latin circare, qui signifie "faire le tour de,parcourir pour examiner" puis "fouiller, scruter" et est formé sur la préposition circa "autour de", de circus, "cercle, cirque".
Lapalissade: le principe de l'île est circulaire.
Mot-valise: circulerre ( du latin iter, itineris "trajet", voyage", marche, chemin, route).Errer, comme ses variantes erroïer, erroër au XIIe s. est issu du latin errare, "aller ça et là, marcher à l'aventure", puis "faire fausse route" d'où au figuré, "se tromper".Humaine condition que l'égarement dans ses propres lignes d'erres, si justement nommées par Fernand Deligny repérant les trajets de jeunes autistes taillant dans l'espace quotidien les lignes de fuite du langage.



 "do not walk outside this area"- 2008



IIIIIIIIII I
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII







sans titre (agencement d'objets)
 coquillage (Cambodge 1999), trouvé-choisi (tête de poupée) 2009






photo d'écran (jour I) - la serviette


L'entrée dans le gîte se fait à plat ventre. Estivant ou survivant éjecté de sa planche de salut et craché sur la grève, le corps est ramené à un plan.La serviette est une découpe dans l'espace, un rectangle interface entre sable et peau.Le mot "serviette" (1328)est un dérivé de servir.Il a remplacé touaille (v. 1155 toaille). Toile avant la lettre - "toile": c'est ainsi qu'on parle du cinéma comme du tableau - avant la lettre, la serviette accueille  et éponge les empreintes humides des corps, éphémères  anthropométries exsudées du far niente, le ne-rien-faire.


IIIIIIIIII II
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII





"paysage aléatoire avec maisons ou étude pour un ordre de dispersion"
collection de dés et trouvés-choisis (maisons de Monopoly) 1999-2009






Il semblerait que les cartes à jouer soient associées aux quatre saisons par leur couleur, et que la somme des points d'un jeu de 54 cartes (52 plus deux Jokers) soit une référence directe au temps; en effet, chaque couleur comporte 13 cartes, ce qui fait que si l'on considère le valet, carte immédiatement supérieure au 10, comme valant onze points, la dame douze, le roi treize, et qu'on additionne tous les chiffres du jeu, on obtient 364 points correspondant aux 365 jours de l'année. Les jokers, cartes blanches s'il en est, ramèneraient aux 365 jours, le deuxième faisant référence aux 366 jours des années bissextiles.






série des "patiences et réussites", cartes à jouer trouvées-choisies,
 partie en cours ( 2000), le 6 de trèfle.





le dessous des cartes ou les limites de la patience (le 6 de trèfle)




IIIIIIIIII III
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII






"le fond de l'œil de l'écureuil" 1/2, 2007
coquille de noisette, figurine en verre de Murano (collection de l'artiste)




IIIIIIIIII IIII
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII




"pirate au trésor"
trouvés-choisis (figurine  et coquillage) 2007-2009




La serviette sous le corps du baigneur, la peau de scribique du nauphrasé et la pièce de labours arpentée par les bœufs au joug  sont isomorphes. Même surface symbolique dont la fonction première, avant l'inscrire, est de délimiter un espace à la mesure de l'habitant. Le nauphrasé ne tue pas une chèvre pour se vêtir de sa peau ou faire parchemin, il prend forme humaine dans la constellation du Capricorne. La peau de l'animal sacrifié est une réserve, au sens pictural; elle apparaît en blanc, détourée et extraite de l'arrière-fond, à la fois linceul et aube.
Robinson, qui fournit le principe, tailla sa vêture sauvage en renoncement à ses effets usés. Pour devenir lui-même,il dut aller jusqu'au bout de l'effilochement de sa peau de civilité. Découpe dans le bleu - ou le gris- du ciel, l'ombre du parapluie, accessoire indispensable de la robinsonade, protège peut-être plus des ardeurs de plomb de la norme que des excès climatiques. En ce sens, et cette lecture met en doute l' usage de l'espace, le parapluie rond comme un point sur une carte fait margelle au ciel.


Il arrivait à Il d'éprouver la nostalgie des courses d'autrefois; la blancheur de son île écumait alors pour se mêler  à celle de l' Elle de Melville.




IIIIIIIIII IIIII
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII






composition sans titre, 2000-2009
 collage( décalcomanie sur photographie, réalisation Isabel Corte-Real ) et cage à oiseaux





Le perroquet est l'un des ingrédients du genre. Sous-état de la parole il fournit un compagnon au nauphrasé en lui donnant la réplique. Pour peu que l'on torde le cou à l'orthographe, on retrouve le mot "équo" inscrit en écho dans le perrequot. L'animal émerveille par sa capacité d'apprentissage de la parole et fait figure de chaînon entre l'homme et l'animal, tout en restant très limité dans son rôle de locuteur. Les répliques d'un Jackot font traits d'esprit, raptus, notes, sur- ou sous-lignages de faits et gestes du solitaire qui lui prête l'épaule comme perchoir. Les génies , bons et mauvais, et autres consciences  nichent d'ailleurs à la même place - désignée dès l'incipit comme lieu d'accroche de la serviette de l'estivant se rendant à la plage - et sont ainsi à même de glisser dans l'oreille les doutes ou recommandations dont elles gratifient le héros.
Sur le registre  d'une  géopoétique  de l'intime et sa cartographie, ces tiraillements de la conscience tracent des bifurcations, placent le personnage à des carrefours ou pattes d'oie. Chaque segment de droite , fruit d'un choix et une décision, est en creux travaillé par ses obliques.Les répliques de l'ara accidentent la parole  et en plissent le cours - réplique est emprunté au latin  replicare " replier,recourber,renvoyer, refléter"- par des mises en relief.


Le perroquet pose une borne dans les lignes onomastiques fondatrices du ci-récit. Perroquet a remplacé paroquet (1395) et semble issu du diminutif affectueux - "hypocoristique" - du prénom Pierre. "Moi, Pierre Rivière" engendra parmi les borborigmes de la mère et des frères  égorgés, un flot de sanglants dicts, puis Brisset Jean-Pierre, apocalyptique prophète de calembredaine posa les voies directes de la  salutaire déraille. Jacquot est en fait un Pericot - periquito étant le diminutif de Pero (au lieu de Pedro) (1645) qui désigne la perruche, issu par substitution du suffixe, de
perrique , "perroquet de petite taille". Par le jeu des assonances et des rapprochements graphiques, Perec s'inscrit dans cette généalogie de la langue insulaire dont Il procède.Le patronyme Perec - mot qui signifie "chapitre" en hébreu - est d'ailleurs une transformation s'originant dans un passage de frontière, Georges étant fils d'Icek Peretz. Aussi sec Perrechitsec, Perequit, en brissetien prêt à assécher les gouleyants marais de la  langue. Et il y a dans ce berequit non la qué-quête du père quitté - telle la Cathy née des pointes de Boby  - mais la recherche de sa propre voie. Robinson Kreutznaer échoue pour avoir refusé  de faire son droit. Le naufrage est le lot de quiconque infléchit une courbure dans une destinée tracée par l'anté- et la plume du perroquet inscrit les  lois de l'île sur la peau de chèvre. Le bonnet en poils de chakmot du Roi nègre autoproclamé prend le pas sur la perruque de l'homme de loi et proclame l'illimitude d'un jusqu'à-nouvel-ordre.   




"tombée du ciel" - trouvé-choisi  29 10 2009


En terme de marine, le mot est employé pour une voile carrée portée par le mât au-dessus du mât d'artimon, d'après d'autres noms d'oiseau servant à désigner les voiles, et par analogie avec le bâton de perroquet, son perchoir. Au cœur de la métaphore, le perroquet est pièce de toile. Carré blanc sur fond bleu, prêt à absorber toutes les couleurs des traversées auxquelles l'exposent la prise donnée au vent. Robinson, qui enseigna quelques mots au cacatois, aurait plus appris du perroquet s'il eût été sourd. Le message de l'oiseau réside dans le chatoiement des couleurs plutôt que dans ses prouesses vocales qui le confinent à la caricature alors qu'il est, par principe, peinture vive.




"Stèle"
trouvé-choisi (gomme d'écolier gravée)
île d'Amami, Japon, été 2008.


 


IIIIIIIIII IIIIII
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII



Curiosité sémantique, liée à l'usage, que celle-ci: le plumage renvoie à l'écriture  auquel il donne son nom - de la belle plume au médiocre plumitif - alors que le pelage dont la gamme chromatique est le plus discrète, réfère au pinceau et à la peinture.

Perroquet peut- au i près, que l'on retrouve dans perico, perdant cette fois le t comme une plume de queue - se retourner en tropique, ce qui ne cesse de laisser perplexe des générations de navigateurs embarqués dans les langage-tangage et, comme Il, candidats au nauphrase sous les auspices du Capricorne.



"parrequinoto",  2000-2009
trouvés-choisis (panneau de signalisation, voiture miniature)





IIIIIIIIII IIIIIII
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII







IIIIIIIIII IIIIIIII
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII





 "aîle" - 9 novembre 2009






"glanage-langage"
trouvé-choisi, le mot "mot"
Lyon 6 novembre 2009



Le Gîte d'étape a initialement été confié pour 90 jours à partir du (1.10).09, date choisie pour les assonances qui faisaient indice. Pour les mêmes raisons, l'occupation a été prolongée jusqu'au 1.01.10. La durée de 90 jours a été établie en référence à l' usage commercial du paiement à 90 jours. L'île est donc inscrite dès l'abord dans un temps de suspension d'une dette. Ces quatre-vingt-dix jours sont, pour une pensée analogique - et l'île en est la matière - équivalents aux degrés définissant un angle droit ou encore aux degrés de latitude entre l'équateur et le pôle. Le tropique du Capricorne évoqué supra se situe à 23° 26" de latitude sud. Une conversion des jours dans le gîte s'opère, qui transforme la dimension temporelle de l'écritude en mappemonde. La médiévale mappa mundi , du latin mappa, "serviette", a  désigné une étoffe que l'on jetait dans le cirque pour donner le signal des jeux.
L'estivant, qui se rendit à la plage en toute légèreté, ne pouvait être conscient , alors qu'il étendait sa nappe sur le sable, qu'il effectuait une opération alchimique  consistant à passer de la (t)able au (s)able. Il ne pouvait non plus savoir que, pour une construction du monde podogrammique (le pied du là-l'être),  étaler ainsi sa serviette à bronzette pouvait prendre valeur de changement
paradigmatique et de bascule dans une erre nouvelle.


Il avait sorti d'une caisse un sextan qu'il avait souvent vu manipuler par les officiers. Il s'exerça longtemps aux mises au point  et conclut que son île était en bordure du Tropique. Toutefois, refaisant le point avec les mêmes repères quelques jours plus tard, il acquit une certitude qui le troubla: son île dérivait!


IIIIIIIIII IIIIIIIII
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII



trouvé-choisi (ongle factice) Dunkerque 8 nov 2009


 
notes sur un coin d'enveloppe
(à propos de l'arrondissement des angles)





ancre (photo d'écran - bricolage in situ / jour I dans le gîte)


Le nauphrasé échoue sur la grève. Par homonymie avec ce "terrain constitué de sable et de gravier, au bord de la mer ou d'un cours d'eau", provient le nom de la place de Grève (1260) au bord de la Seine, où se réunissaient les ouvriers attendant l'embauche. "Etre sur le sable ou le pavé" ont pu jouer un rôle dans l'élaboration des valeurs métaphoriques de la grève, au sens de "place". Faire grève  (1805) a d'abord signifié quitter l'ouvrage pour demander une augmentation.Etre en grève a eu le sens de "chercher du travail" (attendre l'embauche en place de Grève). Ainsi le slogan des manifestants de soixante-huit reposait sur du sable: en dépavant les rues, ils ne faisaient -archéologues de la condition humaine - que retrouver celle d' anciens compagnons de misère. La grève comme espace d'espoirs et de revendications. Dépaver la place pour n'en garder que la matière du rêve. La grève est un espace insurrectionnel , un espace de "soulèvements", pour reprendre le titre d'une actuelle exposition de Jean-Jacques Lebel à la Maison Rouge."Grève" est l'anagramme de "verge" et fait ainsi pendant au bandant. L'échoue est concomitante  de l'érection, fût-elle - à l'insceu d'un nauphrasé - celle des

En marine, une vergue - forme normande ou picarde de verge, "baguette" - désigne une pièce de bois servant à tenir la voile. Avoir les vergues hautes se dit d'un navire prêt à partir.D'enverguer , "attacher les voiles aux vergues", qui s'est dit un temps "enverger"(1643) provient l'envergure, d'abord "état d'une toile enverguée" puis "largeur de la voilure d'un navire" puis, par analogie , désigne l'étendue des ailes  déployées d'un oiseau et par figure, pour "ampleur, ouverture" et "capacité intellectuelle".Ainsi du texte qui se déplie et d'une voile - ou d'un sexe - qui se tend.

Emprunté au latin virgula, "petite branche ou rameau" puis "petit trait, ligne, accent, virgule désigne (1534) un signe de ponctuation marquant une courte pause. A l'échelle molaire, l'île toute entière fait virgule, qui dès l'abord se définit comme un point sur le i et - par la dimension "d'étape" donnée au Gîte - lieu de halte temporaire.

virgule, pour peu
qu'on double la surface des l, s'anagrammise en
.La présence du voyageur est moulée dans la halte.

IIIIIIIIII IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII




"le perroquet  Paraguayo "
, composition: perroquet , parapluie
origine des objets: conciergerie du dernier puit de  mine
de Saint Etienne (perroquet, don Madame Veuve Richier)
Kyoto, Japon (para-aqua), achat circonstanciel
. Collection de l'artiste



IIIIIIIIII IIIIIIIIII
IIIIIIIIII I
IIIIIIIIII




"plier" par verticopalindromie du p en b, puis anagrammisé se transforme en "liber", libre,livre. Le livre est contenu dans la pliure; il en est issu et tissu, se libère dès qu'ouvert.


Sur la basane, un scribe tatoueur avait inscrit le mot "TROUVE." Il considérait ces lettres, les retournait en multiples combinaisons pour éprouver le jeu de la clé de l'énigme.




"la fille de l'aire (celle du libraire)", Paris, rue d'Assas 2009






Kyoto, 2008



Fish/Chiffre : 1.10 + 1.10 = 2.20



IIIIIIIIII IIIIIIIIII
IIIIIIIIII II
IIIIIIIIII



trouvé-choisi (clés) 12.11.09

IIIIIIIIII IIIIIIIIII
IIIIIIIIII III
IIIIIIIIII




"Maison"
 boîte de lessive, agrafes, journal Sans Abri n°129, novembre 2009 (coll. de l'artiste)



Le texte obéit à une certaine raison ,fût-elle celle des aléas qui le génèrent et le cartographient De l'analogie entre le nombre de jours d'attribution du gîte et la position du tropique du Capricorne, l'on déduit facilement la zone équatoriale et le franchissement de celle-ci au 45eme jour, en route vers le Tropique du Cancer qui signe une migration vers le Nord.  La constellation du Crabe fait, dans la cosmogonie de l'île, pendant à celle du Cabri.
Par le jeu du cabotage entre les lettres, le mot "barco", barque, bateau est issu tant de la chèvre que du chancre.Le cancre désigne autant l'instrument de mesure, les pinces que le compas. En argot scolaire , le mot désigne l'élève nul, insulaire s'il en est, héros pointé de la mise à l'index, rouge dans la marge rejeté dès l'aube du corps du texte sociétal.



IIIIIIIIII IIIIIIIIII
IIIIIIIIII IIII
IIIIIIIIII






"ligne équatoreale"
trouvés-choisis (fèves de galette des rois: deux rois, une reine)





IIIIIIIIII IIIIIIIIII
IIIIIIIIII IIIII
IIIIIIIIII



"ligne de coeur" (trouvés-choisis, 1998-2009)




ancre -photo d'écran- ligne de la page de garde de la revue en ligne-------



Il tailla une branche fourchue et, la tenant par les deux pointes de l'Y, entreprit la recherche des sources de son île.



Le passage de l'équateur organise l'espace de manière symétrique et fait palindrome. Dès lors qu'on partage en deux un temps ou un espace, on en entrevoit la fin et on quitte une linéarité du cheminement. Pli du journal, brisure de l'espace, angle à 45° sur le rapporteur, crise du milieu de la vie, balle au centre, promesse de réduction de peine ou libération conditionnelle,tout équateur autorise une relecture de la traversée, établit une mesure résiduelle de l'espace  appelé à s'étrécir en peau de chagrin. D'une certaine manière la deuxième moitié de l'étape est polder, surface endiguée, asséchée, gagnée sur la mer, extension symbolique vers la néantisation du récit. Peut-on encore dire que sous l'épave retournée de l'avenir est la plage de notre destin?    
 


ancre - relevé d'une coquille (le jour
IIIIIIIIII III)
bégaiement
piétinement au pied de la lettre


Esope reste  et se repose est l'un des deux palindromes donné en exemple par le Robert, dictionnaire historique de la langue française, (Alain Rey, s.l.d.).

Après avoir fait le tour de son île, Il posa son pied dans une empreinte sur le sable et crut avoir trouvé son  Vendredi. Las, le pas et le pied coïncidèrent trop bien et Il se rendit vite à l'évidence: son tour du propriétaire était clos et il venait de marcher sur l'une de ses propres traces.

Le mot palindrome est emprunté au grec palindromos, "qui court en sens inverse, qui revient sur ses pas" et est formé de palin - "en sens inverse" et dromos, "course". le nom dromadaire désigne un kamelos, chameau qui court. Les deux animaux sont morphologiquement proches et "chameau" désigne, dans l'usage général, les deux espèces.
Du pictogramme du chameau (G / Guimel, de l'hébreu gamal, en anglais camel). -
ou plutôt du dromadaire qui n'a qu'une bosse, celle-ci pouvant emporter l'eau en réserve, ce qui a fait de l'animal le symbole du voyage - provient la lettre C, troisième lettre de l'alphabet latin. C'est  dans cet ,au centre du mot qui fait place dans l'espace, que le palindrome esopeen touche son point d'équilibre. L'autre exemple qui augure d'une difficile traversée, pour peu que fasse oracle la consultation d'un dictionnaire -il ne dit que s'y on y erre - est La mariée ira mal.


 
IIIIIIIIII IIIIIIIIII
IIIIIIIIII IIII
IIIIIIIIII


  temple des bambous, Kyoto, été 2008



 
IIIIIIIIII IIIIIIIIII
IIIIIIIIII III
IIIIIIIIII




"bosse en ronde-bosse"
bois ( trouvé-choisi et poncé), figurine, sable




Le C de l'ici du palindrome exemplaire constitue le centre géographique du Robert historique de la langue française, axis mundi de la langue.Point de perfection où le sens s'organise dans son contresens
, où l'être confine à la posture: reste, re-stare, "se tenir debout, se tenir ferme".
Quant à la Mariée, elle ne peut que "mal aller",  Grand 'voile pour laquelle les vergues se hissent, et qui promesse de toutes les traversées. La mariée est - à l'image d'Eve façonnée dans une côte de l'androgyne Adam -  tirée du repos d'Esope dont elle est , par le jeu d'une épenthèse éperdue, l'épo(u)se.
Scène primitive digne des chants d'amour des baleines que le voisinage de ces deux va-et-vient incessants accouplant deux principes fondamentaux, la verticalité de la pose d'Esope et l'horizontalité de la Mariée qui n'est pas en reste.

Inlassablement mise à nu par le désir des (cél)ibataires
- c'est là le message de Marcel Duchamp peignant l'envers du rêve en Grand verre - la (Mar)iée est au ciel, séparée des célibataires à terre par une ligne d'horizon qui, à l'image des mirages, recule à l'approche, des désirants en sort scellant et serrant le destin, rugissants courant après la sirène.

IIIIIIIIII IIIIIIIIII
IIIIIIIIII II
IIIIIIIIII




"sirène"
trouvés-choisis (verres roulés, fragment de céramique)


Inventaire des fontaines de l'île, résurgences et autres sources ( les notes d'Il)

-Sous Esope, inventeur du genre et qui donna la parole aux animaux, l'affable fabuliste de la Fontaine, Jean.
-Sous le voile de la Mariée du Grand Verre, le premier ready-made, urinoir renversé, intitulé "Fontaine".
-Sous les voyages du capitaine Lemuel Gulliver, par Jonathan Swift, l'abbé Desfontaines, qui en fit la première traduction en français
-Thierry Fontaine, artiste se définissant comme sculpteur, originaire de la Réunion.
-Lucio Fontana, peintre qui donna à la fente sa valeur de signe.
-Pierre Rivière, assassin originel.
  Relevé des lignes  traçant la carte menant au trébor(les notes d'Il)


ancre- relevé d'une coquille sur la carte de l'île établie par Il (le mot "trésor")

Ligne dite "des merchant d'icelle"
- Marcel Bich (stylo Bic)=>>>> Marcel Duchamp
Notes et  remarques en marge de la topographie Ilienne: le "marcel", prénom désignant un maillot de corps populaire est entré au Robert - avec sa minuscule de nom commun- en l'an 2000.
Note/notes: Si le ready-made fût un temps manière de dire-mærde,  une ligne demeure, qui va de la pointe encrée du stylographe jetable à la peau-de-sueur du travailleur. Par ailleurs, le patronyme Bich, dans la langue des oiseaux dont procède la tectonique de l'île, peut s'entendre comme bitch-beach;  corps-à-corps entre la plage rendue à chaque vague pure et puérile, et la trace jetée et jetable, écriture-putain  fille des noirs desseins d'un poulpe en octuple ligne de fuite.
 
ancre- relevé d'une coquille sur la carte de l'île établie par Il (le mot "trébol")

Notes et  remarques en marge de la topographie Ilienne: l'interprétation de la coquille comme pouvant conduire au trésor n'était peut-être après-tout que fausse piste. Il, qui avait eu le temps d'arpenter sa Méandrie, avait très bien pu faire référence au trifolium, trois feuilles qui peut, tel les Mousquetaires d'Alexandre Dumas, en compter quatre . Le mot "trébor" serait alors une altération de l' yspanique  trébol, "trèfle", qui de la carte au trésor se joue.


Ligne dite de "l'attirance des contraires"

- "anthropométries" (cf. jour IIIIIIIIII IIIIIIIIII IIIIIIIIII II du Capricorne) =>Klein,Yves
                                                                Petit <-------> Grand
                                                                               Alexandre <=> Roi de trébor                       
IIIIIIIIII IIIIIIIIII
IIIIIIIIII I
IIIIIIIIII


Rapporté aux termes de marine, le terme évoque le d'abord dit destrebort (1484) a été emprunté au moyen néerlandais stierboord en même temps que bâbort qui passa par les formes babord (1548), bas-bord (XVIIe-XVIIIe s.), bâbord (1762) emprunté au moyen néerlandais bakboord qui désigne le côté gauche d'un navire en partant de la poupe.L'introduction de l'accent circonflexe moderne , qui provient de l'altération en français de bas-bord, basbord, fait trace, non de l'étymologie, mais d'une distinction sociale: l'équipage se tenait à bas-bord tandis que les officiers se tenaient à tribord n.m. (1545). Stierbord, d'où est tiré le mot français est composé de stier, "gouvernail"et boord, "bord d'un vaisseau"; bord désigne l'extrémité supérieure des bords d'un navire et , par métonymie, chaque côté du navire.Virer de bord est couramment employé au figuré pour "changer complètement de direction".Une autre métonymie, avec le sens plus large de "navire", a généré de nombreuses locutions dont le journal de bord et les moyens du bord sont à l'œuvre dans cet qui structure le texte en lui imprimant sa gîte et sa geste.

Graphiquement - pour le plaisir de tirer une bordée en mire de Lettristes topiques - la symétrie du mot  pourrait évoquer , tel un pictogramme, les bords armés de rames encadrant la figure de proue d'un vaisseau.Les points des i font alors sabords.





"trésor-ostreal"
trouvé-choisi:huître sur moule (naturel), boutons de nacre (coll. de l'artiste)



IIIIIIIIII IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII

Ligne "dite des points aveugles" (les notes d'Il)

J(orge) Luis B(orge)s (jour IIIIIII du Capricorne)<-----------> Louis Braille (cartel, jour IIIIIIIIII IIIIIIIIII II du Capricorne)
                                                                                                                                                                           
      Ligne dite "du fil rouge"

"Jolly Roger"  ( jour               IIIIIIIIII IIIIIIIIII II du Capricorne)
       Ge(orge)s Perec ( jour  IIIIIIIIII IIIIIIIIII IIIIIIIIII I du Capricorne)
                                                                                                                                                                               
               Ligne dite " des pierres du guet"

                                Pierre Rivière (ayant ég(orgé)...)  ------------> or G
                           Jean-Pierre Brisset  ( jour
IIIIIIIIII IIIIIII du Capricorne)

              
         
    X la Ligne de  Trébor (les notes d'Il)

                       (Robin)son Cruz.
        Boby Lapointe  (Robert, Jean-François, Joseph, Pascal Lapointe dit)


    
Ligne dite "de  port royal" (les notes d'Il)

Isabel Corte-Real ( cartel jour IIIIIIIIII  IIIIIIIIII  IIIIIIIIII  III du Capricorne)
Régis, rex ( jour IIIIIIIIII  IIIIIIII  du Capricorne)
        -tude (éléments pour suivre les -tude => insularis <=>jour IIIIIII du Capricorne)


Notes et  remarques en marge de la topographie Ilienne: Plusieurs fois dans le texte, revient en boutade un neologisme issu d'un  impair commis par Ségolène Royal (femme politique française) lors d'un voyage en Chine; celle-ci employa le  "bravitude" pour "bravoure". Le mot est repris en signe de moquerie + ou - affectueuse par le peuple français et témoigne d'un véritable travail collectif de la langue consistant en un rappel à l'ordre et une intégration par la base, d'un hochement de chef.

             
Rey, Alain (s.l.d.)<--------------> XXX <-----> Trèpor


ancre - photo d'écran (bricolage in situ, jour  IIIIIIIIII  IIIIIIIIII  IIIIIIIIII  IIIIIIIII  du Crabe)



Sous la lettre, la pierre d'or (les Notes d'Il) ------> destrebor

Isidore Isou, de son vrai nom Jean-Isidore Isou Golstein ("pierre" d'or" ; allemand))
                                               
  (dstein) ----> destin (anag.)
inventeur du Lettrisme ----------------------> dissidence--->Guy-Ernest Debord (et othres)---> internationale Lettriste ---> Internationale Situationniste



IIIIIIIIII IIIIIIIII
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII



"Maison à
mots clé (volume, couverture)" - circa 1995
bois aggloméré, métal, Encyclopedie Universalis (Corpus I, Aalto - Anabaptisme)






ancre (
jour  IIIIIIIIII  IIIIIIIIII  IIIIIIIIII  IIIIIIIII  du Crabe) - bourdon: le mot "barbarisme".



Notes et  remarques en marge de la topographie Ilienne: Avant d'être compris comme néologisme, c'est comme comme "barbarisme" que la "bravitude" fit son entrée dans le champ lexical de la bravoure et du cœur à l'abourage.Barbare est emprunté au latin barbarus, d'abord appliqué à tous les peuples autres que les Grecs et les Romains, avec le sens d'"étranger". Chez les Chrétiens, il équivaut à gentilis et paganus (gentil et païen). Barbarus est repris du grec barbaros, qui désignait les non-Grecs, mot formé sur une onomatopée évoquant le bredouillement,l'expression incompréhensible.
Jack Lang (homme politique français)participa de l'avènement du néologisme en soulignant qu'il signifiait "la plénitude du sentiment de bravoure" et que "L'inventivité sémantique fait partie de la capacité d'un candidat à parler une autre langue que la langue de bois."
A l'occasion des Jeux Olympiques de Beijin, le comité d'organisation chinois reprit le mot pour parler de Jin Jing, escrimuse en fauteuil roulant.


Un bourdon n.m. (1690) désigne spécialement en imprimerie,une erreur de composition se traduisant par l'omission d'un mot ou d'un membre de phrase.Le mot dérive de bourde n.f. (v.1180),d'origine obscure comme l'ancien provençal borda "mensonge". Le mot désigne une histoire inventée pour, en général pour abuser de la crédulité de quelqu'un; en ce sens il a vieilli. Par extension, il a pris le sens de "faute, bévue" (XVIIIe), spécialement dans le domaine de l'expression écrite ou orale.
La présente notule émerge , en tentant de le circonscrire et d'en faire reprise, d'un bourdon qui grave en blanc dans la trame du jour précédent, un trébuchet dans le discours politique, lieu vif d'incise par lequel la langue en débordement s'écoule et se torve.



IIIIIIIIII IIIIIIII
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII



"cœur de crible" , 2000-2009
trouvés-choisis (cible, enpennage de fléchette, crayon)



IIIIIIIIII IIIIIII
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII



"poulpe"


Une convergence évolutive relie le perroquet au poulpe: le bec dit "de perroquet" pour sa forme. recourbée caractéristique. Le poulpe est doté d'homochromie et peut changer de couleur en fonction de l'environnement, afin d'échapper à ses prédateurs. Sur le registre métaphorique, la piœuvre n'a rien à envier au perroquet: elle est pure couleur à l'œuvre dans un rapport changeant entre forme et  fond, marin de surcroît.
Deux œuvres de Marcel Duchamp, (originaux perdus, 1917) se rattachent au perroquet
par l'austère courbure des patères bien que n'étant pas montées sur pied : le porte-chapeau les qu'on retrouve en photographie dans  ombres portées de ready-made (1918) et le trébuchet. Ce dernier est un porte-manteaux  mural composé d'une planche de chêne posée au sol, les crochets de métal auxquels se suspendent  normalement les vêtements s'élèvent comme des tentacules, mettant en risque de chute le quidam inattentif qui s'y prendrait les pieds, d'où le titre de l'œuvre.Le trébuchement (v.1120) a signifié "la chute, le renversement", puis par métonymie, le "précipice". Enfin, suivant l'évolution du verbe, l'action de faire un faux-pas (1539), qui est au pied de la lettre une action à ne pas faire.Un trébuchet , n. m. a désigné un traquenard pour les animaux et spécialement un piège en forme de cage, muni d'un dispositif que l'animal déclenche avec ses pattes (v.1375). D'autres sens, "machine de guerre pour abattre les murailles"(v.1200),"chute" (1414) et "revers de fortune" (1515)ont disparu de l'usage.Le mot a aussi désigné une petite balance pour peser les monnaies (1326) et aujourd'hui une balance de précision. Trébuchant désigne une personne qui tombe, qui fait un faux pas et aussi une monnaie ayant le poids requis - espèces sonnantes et trébuchantes.
Réduite au surfilage de la métaphore de la gîte, l'apparition du trébuchet  dans la trame du nauphrasé amène risques de fracas dans les remous et les périperfidies du récit, chaque lettre, chaque signe pouvant tout à la fois faire récif et chavirer.

Il observa le chat qui passait sa patte derrière sa tête, prédiction de tempête.

Ainsi de la fortune dont le sens a existé dès le latin populaire  et en français à partir du XIIIeme siècle dans l'acceptation spéciale de "tempête" (cf. l'ancien provençal, fortuna de ven XIIIeme s., et le roumain fortuna, "malheur sur mer"); cette acceptation subsiste dans l'expression faire contre (mauvaise) fortune bon cœur (1678) et dans fortune de mer, "accident". La voile dite de fortune est ainsi nommée par une métonymie de cet emploi.




"chien et chat" , 1995
chat en os et verres roulés par la mer
chien chiné (décoration d'un marteau de porte (?))






IIIIIIIIII IIIIII
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
 

La voile de Fortune,
aussi  nommée "treou",est une voile carrée, sur les tartanes,les galères et quelques bateaux de bas-bord qui ne la portaient que par gros temps.
Rapportée de la terminologie de marine à l'histoire de l'art occidental, la Fortune carrée coïncide et fait couche avec le Carré blanc sur fond blanc (1918). La première peinture monochrome, apparaissant trois ans après le Carré noir sur fond blanc, continue de voguer et traverse tous les orages picturaux, marquant de sa recherche suprématiste d'un art sans objet ni représentation,toute œuvre inscrite dans un polygone régulier à quatre côtés. 

L'expression" fil rouge" qui assure la cohérence d'un récit, quant à elle ,semble avoir une provenance maritime.
La première mention connue est  faite par Goëthe dans Les affinités électives (1809): « Tous les cordages de la flotte royale, du plus fort au plus faible, sont tressés de telle sorte qu'un fil rouge les parcourt tout entiers et qu'on ne peut l'en extraire, sans que l'ensemble se défasse, et le plus petit fragment permet encore de reconnaître qu'ils appartiennent à la couronne ».
Ramenée à la marge, la ligne rouge matérialise la frontière entre le texte et les annotations.
"Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère et mes frères..." Un filet rouge trace aussi l'entrée dans le ci-récit.




IIIIIIIIII IIIII
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII



"peinture morte marine",circa 1989
palette, bateau en papier




IIIIIIIIII IIII
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII



"ligne bleue---------------"
trouvés-choisis, trois artéfacts marins dont le quatrième est un 3
(chifre 3,poisson-moule, coque moulée,  fragment d'azulejos)


Le texte a des yeux, semblables aux nœuds du bois; la matière y est plus dense, plus concentrée; si on s'y attarde, on risque de faire trou. Dès que l'on passe à côté, ils aspirent ou selon, repoussent. Il faut alors trouver des tangentes, réintroduire de la ligne aux abords des cercles pour échapper à leur emprise. A l'image des Cartes du Tendre qui précisaient la géographie amoureuse des Précieuses du XVIIeme siècle , on devrait pouvoir cartographier un texte avec ses forces centrifuges ou centripètes,ses intensités,  ses flux et ses axes de navigation, ses passes, ses écueils et ses haut-fonds, ses plis et ses au-delà du bord de la représentation, là où les anciens cartographes donnaient lieu au Léviathan, aux serpents de mer et aux sirènes, là où naissent ces ondules qui déferlent ensuite sur les grèves en borborygmes  pour s'élancer en myriades de crabes qui feront lettres, et s'accoupleront en d'orgiaques sabbats dont naîtront ces montres torves et morves que nous nommons mots, par lesquels nous croyons dire quand ils suffisent à peine à contenir l'indicible dont ils sont le revers.

"Moi Pierre Rivière, ayant égorgé..." La lame trace dans la chair du col une parallèle à la bouche. Il ne s'agit pas de faire taire en ôtant la vie, il s'agit de faire dire ,ou de faire taire le non-dit, d'ouvrir une autre bouche plus à même de parler l'horreur.


IIIIIIIIII III
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII


ancre - coquille au mot "chiFFre"( jour
IIIIIIIIII IIIIIIIIII IIIIIIIIII III du Crabe)


CHIFFRE n.m., d'abord écrit chifre (1220)*, est emprunté, par le latin médiéval cifra "zéro", à l'arabe sifr "vide" puis "zéro" , calque du sanscrit sunya de même sens. (...) d'après l'usage des chiffres dans la tradition ésotérique et cabalistique (notamment le zéro doté d'un pouvoir magique), il a aussi pris au singulier ( le chiffre) le sens d'"écriture secrète", "code" (1497-1498), s'appliquant par métonymies aux règles permettant son décodage.
Ce sens médiéval de "chose nulle"  a aussi donné chiffe,"pièce de tissu froissé", "vieille étoffe".Les sens concrets de chiffe,"morceau d'étoffe usée" ou " de mauvaise qualité" sont passés à son dérivé, chiffon, chiffe ne conservant en français moderne que la valeur figurée et péjorative de "personne sans caractère" (1798) dans les syntagmes chiffe molle, mou comme une chiffe. Au figuré, chiffon de papier désigne (1752) un document que l'on méprise ou néglige.

*1.220=>1.(1.10x2)




IIIIIIIIII II
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII



ancre- "l'ivre gueule" (photo d'écran, jour IIIIIIIIII IIIIIIIII IIIIIIIIII IIIIIIIIII du Capricorne)


ancre - "le livre du faux pas" (photo d'écran, jour du IIIIIIIIII IIIIIIIIII IIIIIIIIII IIIIII du Crabe)

les notes d'Il (mentions, fragments dans le Journal de bord )

 
cœur de bouc ----------> gueules
treboc---------> sable <--------ombelique


Notes et  remarques en marge de la topographie Ilienne: Certaines notes d'Il semblent avoir été posées à dessein pour semer le trouble chez un éventuel lecteur.
Il n'est pas possible, avec les fragments recueillis à ce stade du récit, de recomposer une carte complète, pas plus de savoir si Il a découvert ou enterré un trésor  non plus la nature de celui-ci. La question est d'importance car elle oriente la lecture.
Les lignes qui se croisent semblent  faire référence tantôt à la topographie de l'île, tantôt aux lignes du destin telles qu'inscrites dans le creux de la main, voire à des éléments se rapportant à la science héraldique.
Ainsi le "bouc" ou "boc", désigne autant le mâle de la chèvre que la constellation (caper, capra, cabra, crabe). Il fait aussi référence au livre (book, bouquin). Dans la lecture d'un blason " de Gueules" désigne le fond de couleur rouge. Il se peut alors que chaque fois qu'est évoqué le sang ou le purpurin, Il ait songé à blasonner, c'est à dire à décrire un blason. Dans cette optique, le "sable", élément indispensable aux contours d'une île, est la couleur noire. Notre hypothèse relative à la mention des ces deux émaux (de Gueules et de sable)fait écho au pavillons noirs et rouges des flibustiers, couleurs qui partagent aussi en deux les cartes à jouer.
Le suffixe tre-, plusieurs fois employé au cours des notes, peut  indiquer un travestissement des termes et l'usage d'un sens figuré ( trans- et verterer, tourner), ou encore une direction à suivre sur la carte et une invite à la traverse ( du latin transversus, "oblique, transversal").
Le "coeur de bouc" pourrait donc désigner le centre de l'île, comme un livre rouge.
Quant au mot "treboc",aussi énigmatique  que le mot "trebor"  lu tantôt comme "trésor", tantôt comme "tribord", il pourrait désigner soit trois livres, soit le corbeau, par anagramme en "corbet"; en ce cas le "sable" héraldique renforcerait le noir du plumage, forçant le trait jusqu'à la Fontaine du fabuliste précédemment mise à jour.
Quand à "l'ombelique", elle nous semble ombelle et par là référer directement à l'ombrelle du nauphrasé, para-aqua ou parasol robinsonien de peau de chèvre, circulaire et ombilicale zone d'ombre
entre plage et pelage où s'origine le texte. En grec "haute mer, large " est pelagos - que l'on a rapproché d'un autre mot grec , plagios "oblique".



IIIIIIIIII I
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII



"gué", jardin zen, Kyoto, été 2008




 azur <--------------->cœur<-----------> gueules ( notes d'Il)

 
Le cœur est l'île du corps (Notes et  remarques en marge de la topographie Ilienne).


IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
IIIIIIIIII


Le message roulé dans une bouteille et lancé à la mer est inscrit dans le principe de l'île.  Il y a forcément des bouteilles dans les épaves puisqu'il y a du ratafia sur les rafiots et que la flibuste panse au rhum les plaies de ses exîles . La bouteille à la mer suppose une longue dérive du message ; elle est déjà trace, trajet en pleins et déliés dans le bleu des cartes.
Ecriture adressée et écriture de l'attente.
La bouteille à la mer suppose  une autre rive et un inventeur - de inventor (m.) "personne qui trouve, qui découvre", "auteur" - qui se saisira de cette incongruité - qu'est d'autre le rejet sur une plage d'une trace délavée criant une présence oubliée dans l'impensable d' une u-topie ?- et la fera sienne pour remonter les flux, jusqu'à l'île, jusqu'à la rencontre salvatrice qui, telle une lame, emmènera le nauphrasé loin de sa terre d'asile
pour le restituer  à son socius. Il n'est pas dit que celui-ci soit plus hospitalier; l'île un temps vécue geôle ,se fera amante éperdue ou enjôleuse sirène pour habiter uncor celui qui l'aura nourrie de sa solitude.



IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
IIIIIIIII





"carré blanc sur fond blanc" (the lost castrate cat)




IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
IIIIIIII



"maison"
 boîte de lessive, agrafes, journal Sans Abri n°130, decembre 2009 (coll. de l'artiste)



Le corbeau de la fable est indissociable du renard, au point qu'ils forment une entité double. Celle-ci présentant un rusé et un dupe , habille d'animalité ( quasi d'animalitude, le terme est à mettre à l'étude) la définition de l'oxymore ,"ingénieuse alliance de mots contradictoires" . En grec, oxumoros est composé de oxu- "aigu, fin, spirituel" et môros "mou, inerte", puis "sot, béta, stupide, fou". Le terme était employé en tant qu'adjectif au sens "fin, spirituel sous une apparence de niaiserie ou d'obscurité". Incarnation littérale d'une figure de rhétorique, les deux animaux partagent le même goût pour la forme, fourme, fourmage, véritable enjeu de la dispute entre poils et plumes, entre noir et feu,entre la fourbe efficacité de la parole lissante et la balourdise du rocailleux croassement.

Dans un dramatique hors-champ de l'écriture, la vengeance du corbeau  augure de sourds battements d'ailes: les lettres anonymes attribuent à l'oiseau la signature manquante .


IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
IIIIIII



Kyoto, 2008


cabri <------->crabe<------->corbo
suivre la sente de la Chèvre jusqu'au roc du Crabe, puis virer à la Corbeille.
(Journal de bord & carte d'Il)


IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
IIIIII



Notes et  remarques en marge de la topographie Ilienne:Si la lecture de la chèvre (cabri) et du crabe semblent limpide à ce stade du récit, la "corbeille", diminutif de corbis, "panier" fait encore énigme.L'hypothèse la plus simple est qu'Il a voulu désigner de manière déguisée le corbeau, ou le cormoran, du breton cormareg ou cormareng, littéralement "corbeau de mer".
Par le rapprochement avec corbel, l'ancienne forme de corbeau,ainsi que par analogie avec le bec de cet oiseau, on a créé l'encorbellement, terme d'architecture désignant une pierre en saillie dans un mur.
Par substitution d'une lettre, on passe de la corbeille à la corneille, du latin cornix,autre oiseau prophétique chez les Anciens et dont l'emprunt au grec Korônê a aussi donné le mot couronne "ornement, parure pour la tête" qui possède à la fois des emplois analogiques et des significations symboliques: "récompense en reconnaissance d'un mérite", "ornement symbolisant le pouvoir". Coronaire, du latin coronarius, "en forme de couronne" est surtout employé dans le langage médical désigne les artères et veines du cœur.
Cette dernière acception nous ramènerait alors à certaines notes prenant place importante dans les écrits d'Il
: les figures du cœur dans les cartes à jouer et la principale, soit le roi: Charles.
Cette remarque n'a toutefois que  valeur de digredi, attendu qu'une lettre mise à la place d'une autre ne saurait faire place nette et que de "corbeille" il s'agit. Le terme au XIXeme siècle
a désigné par analogie de forme, l'espace circulaire réservé aux agents de change à la Bourse (1855). Cœur du pouvoir économique et lieu de montée en valeur des chiffres, la corbeille pourrait alors désigner la pureté de la spéculation comme œil de l'île. Spéculer est apparu en français avec le sens propre du latin speculari, "observer (les phénomènes naturels)" et spécialement "observer les astres" (1461)et les Pères de l'Eglise du XIIIeme siècle ont donné au spéculatio la valeur philosophique de contemplation.


IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
IIIII

terre<-----------mansion------------->ciel
(suivi du dessin d'une marelle, in le journal de bord d'Il)


Notes et  remarques en marge de la topographie Ilienne:
Une homophonie - mansion-mention - nous ramène à la définition du gîte : mansion, n.f. (v.1155) assure le maintien, dans le langage technique, du représentant savant du latin mansio , nom correspondant au verbe manerer, "demeurer", supplanté dans l'usage courant par maison. Le mot désigne la partie du décor servant de cadre à une scène dans le théâtre médiéval (XIIIeme s.; à nouveau en 1855), une "maison" en astrologie (1273), soit la douzième partie du ciel, et en histoire antique, un gîte d'étape (1596).
mention n.f. est un emprunt (v 1165, mencion) au latin mention-onis "mention,appel à la mémoire ou au passé", de même origine que mens, mentis "esprit, pensée".
Depuis le XVIIeme s. (1690) mention désigne par métonymie une courte inscription, une note donnant un renseignement, une précision, spécialement dans un contexte juridique, une énonciation ajoutée au corps de l'acte.



IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
IIII


Chien et chat ont destin lié, de par leur statut d'animal domestique familier. Au XIXeme siècle, le chien est passé dans l'argot des journalistes (1874) où il est entré dans l'expression chiens écrasés (1881) "rubrique de faits divers". Quant au chat, il a laissé (1853) la locution écrire comme un chat, qui peut se comprendre à partir d'un jeu de mots paronymiques sur griffe/greffe et de greffier, nom argotique moderne du chat.

La niche est inscrite dans le chien (Il, le journal de bord).


IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
III



Notes et  remarques en marge de la topographie Ilienne:Le Journal de bord du nauphrasé présente nombre de phrases sibyllines ouvertes à une lecture plurielle. Ainsi de l'anagrammisation du chien qui fait indice et invite à retourner le sens jusqu'à la niche, autrement dit à replacer la constellation du chien dans la maison zodiacale qui lui convient.Une telle lecture permet de reconsidérer certains élements du récits, comme par exemple le parapluie qui, s'il protège le chef de l'insole et des embruns,constitue à point nommé une carte de la voûte céleste.Il est deux constellations du chien, le Grand chien et le petit chien.
La première - Canis major - est l'une des plus anciennes constellations, répertoriées par Ptolémée; elle est marquée par Sirius, l'étoile la plus brillante du système solaire.L'une des légendes se rapportant au Grand Chien disent qu'il fût donné par Aurore à Céphale, tellement rapide qu'il battit le Renard à la course et que Zeus le plaça alors dans les cieux pour le récompenser.
L'obsolète constellation du chat ( Felis en latin)avait été découverte par l'astronome français Lalande en 1805.
Le Petit Renard, crée au XVIIeme siècle par l'astronome polonais Johannes Hevelius,
se nommait initialement Le petit Renard à l'Oie.Cette dernière a disparu de la gueule du goupil et est devenue obsolète.Le Corbeau est une petite constellation de l'hémisphère sud, répertoriée par Ptolémée. Dans la mythologie grecque, il aurait porté de l'eau à Apollon dans la Coupe, s'il n'avait été retenu par l'Hydre, autres constellations voisines. Les constellations sont des astérismes, lignes reliant les étoiles les plus brillantes de manière subjectives et servant de support au fabuleux qui sous-tend les civilisations.
Dans la cosmogonie des marges, l'astérisque* est un signe typographique de renvoi à une note en bas de page. Un astérisme typographique est formé de trois petites étoiles disposées en triangle; il indique une division du texte,un espace séparant les sous-chapitres.
L'astérisme est parfois inversé.
*
* *

Le chat continuait à lisser son pelage en humectant sa patte de petits coups de langue.Il le regardait, appuyé sur le chambranle de la porte de sa cabane. Le temps restait suspendu à ce petit bout de chair rose s'activant à la toilette.

* *
 *
Greffe n.m. et f. est issu (mil. XIe s.) du latin graphium, "stylet, poinçon à écrire", emprunt au grec grapheion (de graphein, "écrire"; l'ancien français a connu la variante grafie.Le mot a ensuite pris le sens de "bureau ou l'on garde les minutes des actes".Par ailleurs, greffe, d'abord écrit greife (v.1240) est un emploi métaphorique de greffe, "stylet" pour "pousse d'une plante que l'on insère dans une autre".Le mot s'emploie ensuite pour "action de greffer".Les mots greffe et griffe sont sémantiquement reliés par le sens d'égratignure. Griffer, originaire de l'ancien Haut allemand grifan "prendre, saisir" est entré en français avec le sens d'égratignure d'un coup de griffe ou d'ongle"(1340).Le mot a ensuite désigné divers outils, instruments en forme de griffe, en particulier d'un instrument servant à faire une empreinte imitant une signature et au figuré (1852, Flaubert)"la marque de la personnalité de quelqu'un dans ses œuvres". Par métonymie, la griffe signature est devenu le carré d'étoffe cousu à l'intérieur d'un vêtement et portant le nom de celui qui l'a fait.De ce sens proviennent les verbes griffer (1970) et, plus courant, dégriffer, (1965)"enlever la griffe d'un créateur".
Griffonner "écrire d'une façon confuse"(1610) succède à l'adjectif griffonné, "dessiné grossièrement" (1555), puis par extension(1643), "rédiger à la hâte".



IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
II


"3/cat" - 1998-2008
trouvés-choisis, figurines, plastique, céramique, bois flotté (lagune de Venise)


*
*  *






"deux maisons bleues pour les demandeurs d'asile"
trouvés-choisis, cour de Forum-réfugiés, Lyon 2 fevrier 2008




ancre, " le cheva oublié", (Jour du Capricorne)


Perché sur un rocher qu'il nommait parfois son observatoire, Il  scrutait le ciel. Il revenait sans cesse sur une parcelle, au sud dans laquelle il avait vu apparaître une étoile qu'il n'avait pas repéré jusque là. Les étoiles ayant une présence antérieure à l'œil qui les fait naître, Il spéculait sur l'accomodation de sa vue au ciel.


Alors que la première lettre du texte est un i, repéré comme tel et assimilé  tant au yod qu'au scrupule, l'apparition d'un signe typographique en amont du texte, par définition en amont du i de incipit questionne le récit dans sa dimension génétique. "ici commence le livre" s'invalide, du fait même de ce double point préhistorique.
Du point de vue de la syntaxe, le deux-points s'apparente au point-virgule et sépare deux membres de phrases, souvent constituées de propositions indépendantes. il introduit aussi diverses catégories de segments: citation dans le discours rapporté direct,explication, cause,conséquence, synthèse, énumération.
On ne met pas de majuscule après un deux-points, ce qui est le cas ici et lui confèrerait presque juste place, si ce n'était qu'il contredit
sa fonction puisque, n'étant précédé par rien, il émerge littéralement du néant et y fait trace insensée.
En arithmétique, le deux-points signifie la division. L'apparition de ce signe en amont du texte donne alors au récit le sens d'une opération:

            (     ) : récit
notée aussi (     ) / récit 
ou X désignant l'inconnu (   ), le blanc, le non-écrit s'inscrit dans un rapport à ce qui apparaît.
Peut-on attribuer matière, fût-elle blanche, au corps blanc de l'in-inscrit?

Dans certaines notations, le deux-points sert également à séparer l'heure, les minutes, les secondes. Ce signe infime renvoie par là au rapport intemporel/temporel de la présence d'un noteur dans le Gîte d'étape aux jours  somme toute comptés. L'île est ce temps de l'entre-deux, réserve au sens pictural, équivalent d'un double-points entre
One Million Years (Past) et One Million Years (Future).

La graphie de cette ponctuation est aussi celle de l'euphonème hébraïque cheva (schwa, שוא) qui se place sous une consonne pour indiquer qu'elle ne se prononce pas.Le sens de cet euphonème est "vide","vain" (comme "en vain, vacuité"), ce qui ne laisse d'interroger sur l'ironie et l'esprit d'à propos de l'écriture elle-même, qui marque d'une incongruité signifiante le silence précédant l'entrée du nauphrasé dans le texte.



IIIIIIIIII
IIIIIIIIII
I



"tombées du ciel- astérisme du Griffon"
trouvés-choisis, étoiles et perle, rue du Griffon, Lyon, 9 décembre 2009






ancre - bourdon- (jour IIIIIII du Capricorne)


 
Le hurlement du vent et des oiseaux de mer accompagne le rejet
d'Il, le sans nom, l'inarticulé, qui  érigera en prénom un pronom personnel.
Pour une cartographie du récit - au jour IIIIIII de ce qui deviendra  "le Capricorne" de la chronotopographie Ilienne - le lieu exact du naufrage se situe au bourdon d'avant le naufrage.Il manque en effet un groupe de mots après le point fixant définitivement les hurlements furieux du vent. Un bout de phrase, reliquat d'une manoeuvre malencontreuse - copié-collé ou vire de bord  - fait  épave, planche de salut,débris flottant, mémoire d'un fracas qui s'abîme jusqu'à la perte de sens dans le silence de l'oubli; et cet éclat fait trace d'un temps d'histoire englouti dans le blanc du support tout autant que dans la trame du récit naissant. Sitôt invoquées, les divinités infernales tourmentent l'embarque, brisent la nef qui s'essaie au flux et marquent en creux, dans la césure, leur présence.
Le cormoran estompe en corps mourant.


IIIIIIIIII
IIIIIIIIII 



"cheval" ,  1997-2009
trouvés-choisis (fer à cheval, morceau de câble électrique dénudé)


Le cheva ou schwa hébraïque est utilisé en linguistique pour désigner la voyelle neutre, notée [ə] en alphabet phonétique international, soit un e doublement renversé: de la droite vers la gauche, en boustrophédon, et du bas vers le haut, en palindrome vertical selon l'auteur de La disparition. Georges Perec, dont les e architecturent le nom dans un quadrilatère, est - pour le bonheur du philatéliste pour qui la bouteille est le message - immortalisé avec son chat sur l'épaule. Il se peut que la présence feutrée du felis, qui s'installe sur la page blanche sitôt l'écrivant s'attable, soit proche de celle de l'euphonème. La présence du chat noir sur l'épaule, version littérateur du perroquet sur celle du pirate apatride, apparaît comme rébus onomastique: chat-pitre, ce que signifie "PeReC" en hébreu.



Là où le singe tient tête, la bouche fait fête. ( Notes d'Il, aphorismes, proverbes, dictons)


Notes et  remarques en marge de la topographie Ilienne: cette énigme apparaît une deuxième fois dans les notes d'Il, sous une forme inversée:

"Là où le singe fait fête, la bouche tient tête".(Notes d'Il)

Ce retournement de la proposition initiale incline à effectuer la même opération et lire le signe du singe, précisément là où il tient tête et se fait, par définition chapitrer. Le chapitre, d'abord chapitle (v.1119) et capitre (v.1190), est issu du latin capitulum, diminutif de caput, "tête", (->chef), littéralement "petite tête, en partie à basse époque "partie (essentielle) d'un écrit" et, par métonymie, en latin médiéval, réunion de chanoines au début de laquelle on lisait un chapitre de la règle, puis "salle capitulaire".Chapitrer s'est d'abord dit capitrer (1440-1442), littéralement "réprimander (un religieux) en plein chapitre" s'est rapidement répandu dans l'usage au sens général de faire des remontrances (v.1460).Les dictionnaires généraux récents attestent le sens rare de "diviser un écrit en chapitres", d'après chapitre, "partie d'un écrit".L'assemblée de chanoines au chapitre a donné l'expression avoir voix au chapitre (1798), "avoir pour se faire entendre". La portée de la voix rejoint la notion d'autorité et - puisque çi-gîsant  d'écrit s'agitant - d'auteur. 

Le procédé est plus simple et Il a là  semble-t-il, érigé une singerie en clé de l'énigmatique casse-tête:
les trois éléments constitutif de la phrase renvoient chacun à une lettre hébraïque:
Pe --> bouche,Rech-->tête,Qof--> singe
soit le mot P-R-Q (Pe-Rech-Qof)-(*)
פרק - "chapitre".



(*) en hébreu la lecture se fait de droite à gauche.




IIIIIIIIII
IIIIIIIII




(mpOrte-CleF),
 trouvé-choisi 2000-2009, calligramme in situ & in tempo




.R*
P*
[ə]Q*


 
( figure  in "notes complémentaires à la Carte" (*)
repris dans les notes sur la construction du blason Illien



Le singe ne figure pas dans le "cercle qui contient les douze signes parcourus par le soleil", du latin zodiacus, emprunté au grec zôdiakos, qui concerne les constellations d'animaux", dérivé de zôdion,"figure d'animal", lui-même de zôon "être vivant", provenant du verbe zên, "vivre". zoo- entre dans la composition de nombreux termes didactiques, dont zoologique, employé dans jardin zoologique, abrégé couramment en zoo, prononcé à la française avec deux o ou à l'anglaise zou.



Notes et  remarques en marge de la topographie Ilienne:il semble que la relation au singe comme première des trois clefs de l'énigme soit liée à la traduction anglaise monkey*; Il aurait alors utilisé comme key-word - mot-clé - le prétexte de l'animal réputé si malin qu'il s'est juché , pour le moins dans l'argot du compagnonnage au faîte(*) de la hiérarchie.

                           (*)faîte, d'abord apparu sous la forme fest, n.m. et feste, n.f., issues du francique first; il a été refait d'après le latin fastigium, "toit à deux pentes". En dehors de son acceptation technique de "poutre formant l'arête supérieure d'un comble", faîte s'emploie pour désigner la partie la plus élevée de quelque chose de haut, spécialement d'un édifice (1636).

La hiérarchie des compagnons était figurée par des animaux: le singe, le plus adroit, y prime sur le chien (le compagnon),sur le renard (l'aspirant) et sur le lapin (l'apprenti).

Dans l'argot militaire ancien, le singe a désigné le boeuf en conserve, d'où une deuxième piste:
"la bouche fait fête" --> le boeuf en conserve, soit le boucan, à la fois viande fumée et tapage lié à la débauche. Boucanier, n.m. (1664) ont d'abord désigné les aventuriers coureurs de bois qui chassaient les bœufs sauvages pour en boucaner la viande. Par extension, le mot s'est appliqué aux pirates qui au XVIIeme s. écumaient les mers de l'Amérique et des Antilles ainsi qu'à leurs bateaux.

L'idée d'adresse du singe s'exprime aussi avec le sens de "compositeur typographe" (1795)


IIIIIIIIII
IIIIIIII



 "Muselé-laid", 2000-2009
trouvé-choisi (figurine), muselet de bouchon de champagne (coll. de l'artiste)


*
*   *


au roc du singe, la bouche de la reine (Notes d'Il, correspond à une croix sur la carte)

Notes et  remarques en marge de la topographie Ilienne:  On peut alors lire le "roc du singe, la bouche (...) comme une reprise des trois lettres du code initial (Rech, Qof, Pe ). Il semble avoir construit un chiffre correspondant aux anagrammes du mot initial; l'ensemble pourrait donner   la combinaison d'un coffre et indiquer, par allusion la proximité d'un trésor, (si tant est que l'île en ait recelé un, et à ce stade du récit il n'est pas encore donné de déterminer la congruence entre les desseins  évolutifs de la carte et les reliefs du topos)

La présence de "la reine" dans cette formule est plus obscure. Il peut s'agir de l'une des "reines" du jeu de cartes, déjà invoquées dans le texte de cette odyssée Ilienne.Il resterait alors à définir laquelle de Judith (Coeur), Rachel (Carreau), Pallas (Pic) ou Argine (Trèfle) serait l'élue. Très certainement dans cette situation en tours de clé Argine qui voile l'anagramme de Régina, la Reine.

Les quatre couleurs des cartes à jouer sont alors dans l'alignement des quatre e onomastiques de Georges Perec. "La bouche fait feste ou tient tête",soit: annonce la couleur ou se tait.

Par ailleurs, si l'on reporte "la bouche" dans le langage de la science héraldique, elle devient "gueules"  et désigne la couleur rouge, ce qui élimine alors Argine et laisse le choix entre Judith et Rachel, cœur et carreau.

Une homophonie - et la géopoétique Ilienne, dans l'éloge du taire à terre , en fait sa géodésie,peut aussi confondre la reine avec l'arène n.f., aujourd'hui employé au pluriel pour désigner un amphithéâtre et qui a longtemps signifié "sable", comme le latin arena dont il est issu.Le mot latin a pris la valeur de "place sablée (dans un cirque)",et donc "lieu de combats réglés", est passée en français  (Arainne XIIIe s.); il a pris, au XVIIIe s.,après la locution descendre dans l'arène, les valeurs métaphoriques et figurées de "champ de bataille" et "lieu de débat" (Mme de Staël)qui sont pour ainsi dire plaisirs de bouches ou plus triviales mises sur la gueule.

Pour l'héraldique, le "sable" est la couleur noire.La "bouche de l'arène" est alors "de gueules et de sable".

Dans le Pantheon littéraire de l'île,à peine effleuré pour dépeindre  la situation du nauphrasé sommé de lire la carte tatouée dans son dos (jour
IIIIIIII du Capricorne, repris dans les notes Ilielles au jour IIIIIIIIII IIIIIIIII IIIIIIIIII  IIIIIIIIII du Crabe), la figure d'un géant aveugle se précise avec l'évocation du libro de arena ( Livre de sable) livre dont le nombre de pages est exactement infini, aucune la première, aucune la dernière.

Jorge Borges (notes d'Il, caligrammes et enluminures)

IIIIIIIIII
IIIIIII


Au sud du texte, Il est craché sur le blanc de la plage. Dans sa lente remontée vers le nord, l'île devient progressivement noire.







"fleur de mer", circa 1994
trouvé-choisi (fragment de poterie roulé)





ancre -(jour 
IIIIIIIIII IIIIIII du crabe)



Si Borges, l'aveugle lucide,  est géant au firmament de la littérature, le géant aveugle est aussi Orion, le Chasseur , qui a donné son nom à l'une des plus anciennes  constellations, située sur l'équateur céleste. Les deux étoiles les plus brillantes en sont Betelgueuse et Rigel, nom qui signifie le pied en arabe comme en hébreu (Regel: Rech, Guimel, Lamed). Betelgueuse est une supergéante rouge, Rigel est bleue.

La mythologie lie la naissance d'Orion à une peau de bœuf, ensemencée par Hyriée, fondateur de la cité d'Hyria, qui souhaitait avoir un fils sans être obligé de se marier. Zeus, Hermès et Poseidon, après avoir demandé à Hyriée d'uriner sur la peau pour la féconder, ensevelirent celle-ci.
Neuf mois plus tard, Orion parut à l'endroit où la peau avait été enterrée . A  l'âge adulte, Orion était si grand qu'il pouvait marcher au fond de la mer en gardant les épaules et la tête hors de l'eau.Orion, excellent chasseur, fût rendu aveugle par le roi de Chios, Oenopion, puis retrouva la vue grâce à l'aide d'Héphaïstos-Vulcain. Il fût accidentellement tué par Arthemis-Diane,piégée par Apollon - dans une autre version du mythe, le Scorpion  le tua -  puis transformé en constellation, accompagné de ses chiens.



ancre (jour IIIIIII du Capricorne) - le chausseur chaussant sans chien...



IIIIIIIIII
IIIIII






"l'ego dispersé ou autoportrait en  construction" 
  trouvé-choisi ( pièce de jeu "Légo", bleue) - 14 décembre 2009 (coll. de l'artiste)



un temps  le nauphrasé compta le temps échappé au temps compté, temps de remise de peine du prisonnier, et valant réduction de dette ou temps supplémentaire des arrêts de jeu, temps rajouté à l'effort puisqu'estimé hors temps
, tous temps susceptibles d'endiguer  la perte de temps ou d'en briser les lames. Pure perte!


IIIIIIIIII
IIIII





ancre ( jour IIIIIIIIII III du Crabe) -  déduction, réduction, séduction


DEDUIRE v. tr est emprunté au latin deducere, "emmener" d'où au figuré "retrancher, soustraire" et "détourner de". Le verbe est composé de la particule de exprimant la séparation et de ducere "mener", qui a donné l'ancien français duire supplanté par conduire.Il a eu le sens, au figuré, de "divertir, distraire". Au XVIVe. s., il a repris au latin le sens de "retrancher une somme" (1363), aujourd'hui courant. Au XVIeme s. alors qu'on le trouve au sens d'énumérer, exposer en détail, discourir sur qqch." (av. 1544), il a pris la valeur moderne en logique (av. 1560), d'après déduction.
Son participe passé déduit a été substantivé (v.1160)pour désigner le divertissement, se spécialisant à propos du divertissement amoureux, notamment l'amour physique.
DEDUCTION n.f. est emprunté (1353) au latin deductio qui désigne le fait d'emmener l'épouse au domicile conjugal. Au figuré, il exprime l'idée de retranchement et, dans l'usage scolastique du moyen âge (v. 1300), désigne un raisonnement par lequel on fait sortir d'une supposition admise comme une vérité la conséquence logique qu'elle contient implicitement.Son développement sémantique a été parallèle à celui de déduire et le radical du supin latin deductum a servi à former les adjectifs déductifs, ive (1842), employé notamment en logique (raisonnement déductif)et déductible (1931).
CONDUIRE v. tr.a eu d'abord le sens propre de "faire aller avec soi, dans un même lieu (v.980), modulé, selon le contexte en "accompagner" (1080), "escorter pour mettre en sûreté"(1172-1175). Dès l'ancien français, l'extension des sens s'est faite par la valorisation de l'idée d'"orientation" aux dépens de celle d'"accompagnement": conduire exprime l'idée de "pousser (qqn) à certains actes (1080), de "mener une chose" et, surtout à la voix passive , d'"être mené" (v 1175, par amors conduit). Un développement abstrait réalise l'idée de "diriger en étant à la tête de", d'abord en droit (1372;1479, conduire un procès) et dans l'usge administratif (1474), puis également en musique (1845, conduire un choeur), d'où absolument conduire en concurrence avec diriger. La spécialisation pour "diriger (un véhicule") est attestée en 1690 (conduire un attelage) et l'emploi absolu se répand au XIXe s.(1846; dès 1836 dans un emploi métaphorique chez Stendhal) le verbe devenant très courant avec l'automobile. La spécialisation littéraire, à propos de la maîtrise d'un récit, remonte elle aussi à l'époque classique (1677, Mme de Sévigné).


Il suivait la sente et les bêtes, réduisant ses obsessions de cartographe à une plus simple expression: trouver le sol sous son pas.


REDUIT n. m., d'abord reduiz (v.1165), ne peut pas être un dérivé du verbe réduire, qui non seulement semble plus tardif mais dont les sens ne concordent pas avec l'idée de "lieu retiré"; il est issu du latin populaire reductum, neutre substantivé du latin classique reductus "qui est à l'écart, en retrait", "en recul" (pour un lieu, un objet), participe passé adjectivé de reducere "ramener". Ce sens ce retrouve dans l'italianisme redoute.
Le mot désignait encore au XVIIe s., un petit logement retiré, une retraite.


IIIIIIIIII
IIII



"ligne d'air"-1998-2009
trouvés-choisis (figurines, bijou, tampon en forme d' oiseaux)


La marée basse a cette faculté d' augmenter légèrement la dimension d'une île. Au fil du temps, cette dimension gagnée sur la mer doit entrer dans l'œil. Mais ce sont les oiseaux qui bornent réellement et donnent son envergure à l'île à laquelle ils sont fixés.

Il avait, entassant des grosses pierres roulées de la montagne, construit une jetée rudimentaire sur laquelle les lames se brisaient. Il aimait cette ligne gagnée sur cette mer qui l'avait jeté sur la grève.  Par cette saignée minérale, l'apprivoisement des terres s'était transformé en une reconquête symbolique de l' espace et ses confins. Tirant les lignes de fuite jusqu'à l'horizon, Il brisait le cercle de son insularité. Les oiseaux de mer colonisaient cette avancée sans changement notable dans leur habitus.


IIIIIIIIII
III


Des pierres roulées de la montagne pour endiguer  la vague se déduit le relief et un travail en force, duquel découle, toujours par déduction, une durée symbolique. De fait une digue, mot d'abord masculin, puis féminin (1373), désigne une longue construction destinée à faire obstacle aux eaux.
Dans la forme diariste choisie pour l'occupation du gîte, cette  construction apparaît comme tentative de retenir la déferlante inexorable du temps qui efface les jours depuis le passage de l'équateur et promet Il à l'exîle, suivant en cela les règles du genre.
Il semble que le compte des jours figure lui-même le diic (1293)/ dike (1373),à même d'endiguer l'afflux du texte blanc. Au cours de la remontée vers le topique du Crabe, le point de fuite rejoint alors celui, central, de l'effacement.

 *
 *  *

Le perroquet a même perchoir que le singe, l'un sur l'épaule du marin (du pirate, du robinson) l'autre sur celle du bateleur , du tzigane qui le montre et  lui enseigne des tours. Orion le chasseur devenu aveugle recouvre la vue au cours d'un voyage vers la mer, guidé en cela par Cédalion, forgeron qui a enseigné  à Héphaïstos l'art de travailler les métaux. Cédalion est - Nicolas Poussin l'a ainsi peint -lui aussi perché sur les épaules du géant. Une ligne de crête s'appuie ainsi sur les épaules, dessinant au-dessus du chef  qui une parole en écho , qui un esprit malin capable de se saisir de tout à toute vitesse , qui la lucidité d'un regard par-dessus des ténèbres.
En deça,dans les parallèles de l'envisagé, l'estafilade sanguinolante du matricide, "Moi Pierre Rivière..." qui lança le flux inarticulé, roula les sanglots jusqu'au bas, jusqu'à la saignée minérale de la digue, cicatrice de lave dans l'écume.



IIIIIIIIII
II

 

"Bestiaire"
portail - Kyoto, 2008




ancre  (jour IIIIIIIIII II du Capricorne)


ancre (jour IIIIIIIIII IIII du Crabe)


Notes et remarques sur la topographie Ilienne: Par deux fois et de manière  presque symétrique - si tant est que le paysage Ilien  puisse se parcourir d'un pôle à l'autre - Il suit ses bêtes. Scribe-laboureur au jour IIIIIIIIII II du Capricorne, il trace les sillons d'un champ gagné sur la friche, tableau ou page dans le paysage . La force des bêtes est soumise au joug; le soc soulève la motte comme le tranchet taillera le cuir ou le burin marquera son trajet dans la plaque de cuivre. Travaux de délimitation et de préparation du support, d'appropriation de la surface ou asservissement nécessaire à la règle.
Au jour IIIIIIIIII IIII du Crabe, Il suit les bêtes dans leurs sentes, seulement attentif à poser son pas. On imagine les caprins volant fantasques sur les reliefs. Le pas est aérien tout en étant attentif, semblable à la pointe qui dépose l'encre. Les bêtes trouveront de toute manière l'enclos.



IIIIIIIIII
I

 Le vaisseau primordial est l'arche du déluge,qui abrite le premier bestiaire; et une île est un mont
Ararat. L'attente de  la fin du déluge et de la décrue est synonyme de l'attente du nauphrasé guettant l'horizon, en attente d'une réponse salvatrice  à ses messages embouteillés. La fin de la pluie fait naître un arc-en-ciel, au pied duquel les légendes situaient le trésor. Arche et arc  n'ont pas la même racine. Arc s'est prononcé ar jusqu'au XVIe s., le c lorsqu'il est prononcé servant à lever l'ambiguité avec art. Arcus désigne en latin l'arme, puis des objets ayant la forme du bois d'un arc tendu: l'arc-en-ciel, l'arche, la voûte.
L'arche( de Noë) est sans rapport avec l'homonyme (de arcus, arc) et vient du latin d'église arca désignant le vaisseau où Noë se refugie pendant le déluge.Arca signifiait "coffre" en latin classique et avait pris plusieurs sens: "caisse", "cachot", "cercueil"; il vient certainement du verbe arcere, "contenir, maintenir". Arche s'est dit, en argot ancien, pour "galère" (1560) et au figuré pour "lieu de refuge".
La métaphore du coffre au trésor, si elle provient de la flibuste qui a ensemencé le légendaire insulaire, est contenue en creux dans la sémantique du gîte, à la fois improbable lieu d'accueil et contenant.
Arcane,n.m. nom qui désigne, avec le mot "lames" les cartes au jeu - divinatoire - de Tarot, est un emprunt au latin arcanum, "mystère", de l'adjectif arcanus "secret, caché", passé dans la langue religieuse au sens d'"ésotérique", et pourtant simple dérivé du mot concret arca, "coffre"(->arche). L'adjectif archane, "secret" (1504) n'a pas vécu après le XVIIe siècle; en revanche, arcane, substantif masculin, "préparation alchimique réservée aux adeptes" (1613), déjà au XVIe s. "secret", et sous la forme arquenne chez Marco Polo, a connu un regain d'intérêt au début du XIXe s., où l'on parle des arcanes de la nature (1833, Balzac).

suivre le roi de cœur <--->averse, la maison du chien (notes d'Il, en accompagnement de la carte)

Notes et  remarques en marge de la topographie Ilienne:le nom du roi de cœur est Charles, prénom qui, pour peu que l'on change la lettre l en t devient charte(s),issu du latin chartula "petit écrit" et, en bas latin médiéval "acte, document". Toutes les annotations, nombreuses dans le journal de bord d'Il, ayant trait au cœur renvoient donc implicitement à la carte et à l'écrit, soit à ce qui est indiqué là où cela est indiqué. En d'autres termes: la carte se signifie elle-même et "suivre le roi de cœur" équivaut à un "vous êtes ici"sur un plan de ville.
Charles s'inverse aussi en "larches", à entendre comme "l'arche". Filant la métaphore de la flibuste, induite par le genre du récit, on approche du secret, et donc d'un "coffre" que l'on peut se plaire à imaginer débordant de doublons et autres pistoles.

Il reste à décrypter "averse la maison du chien",  mentionnée par ailleurs. Il peut s'agir d'une facétie d'Il, la maison du chien étant la niche, mot s'aversant en Chine, soit pouvant désigner la lettre hébraïque shin qui veut dire "la dent".
Le chien est caractérisé par sa fidélité et sa soumission à l'homme,mais aussi par ses crocs.Il n'est guère possible d'avancer plus dans cette direction hautement spéculative, sauf à imaginer relief durcissant le récit, la dent ayant pour principe de broyer, déchirer la carne.


IIIIIIIIII



tortue dans un jardin zen, Kyoto, 2008


Dès l'incipit (jour I du Capricorne),l'épaule est désignée comme scriptophore ou pictophore, lieu du corps sur lequel l'estivant jette  sa serviette, substitut métaphorique de la toile où la page. La scapulomancie est une antique pratique divinatoire consistant à jeter au feu des omoplates d'animaux, généralement des bovidés, et à interpréter les fissures produites par la chaleur. On voit dans cette pratique l'origine des idéogrammes chinois. La chéloniomancie réalisée à partir des écailles de tortues, se pratiquait aussi beaucoup. Les fissures étaient ancrées afin de faciliter la lecture. Reportée au cosmos,une fissure dans l'os porté aux ardeurs des tisons est  isomorphe à l'éclair. Il subsiste dans le tracé d'une lettre, de cette lumière qui craquelle la voûte céleste, nous rappelant notre condition d'animaux des ténèbres.


IIIIIIIII



"fougère", temple des bambous, Kyoto, 2008


La dérive du nauphrasé suit une trajectoire qui le mène de la Chèvre au Crabe. La constellation de la Chèvre ou du Capricorne appartient au bestiaire fabuleux et est représentée par une chèvre à queue de poisson.
Certains grecs l'identifiaient à Amalthée,la chèvre qui nourrit Zeus lors de son enfance.Il est aussi dit parfois qu'à la mort de la chèvre, Zeus aurait recouvert son égide de la peau d'Amalthée.Ce bouclier sur lequel était posée la tête de Méduse avait été confié par le dieu à Pallas, Athéna (Minerve). Le sens figuré de "protection, sauvegarde" (1569) est d'usage littéraire ou didactique. Seule l'expression sous l'égide de (1801) est d'emploi plus courant, pour "sous la protection notoire de", mais égide n'y est en général plus compris.
La dérive du nauphrasé qui prit refuge va ainsi du solstice d'hiver à un utopique solstice d'été au cours desquels les luminosités s'inversent, passant du blanc aux ténèbres.
De la Chèvre au Crabe, la chair passe du rouge sang à la blancheur du poisson et du crabe; quant à l'ossature, elle commence au chef par la corne la plus dure, l'os, peut-être tout aussi dur et plus poreux,l'arête translucide et cartilagineuse, pour en arriver à l'exosquelette du Crabe.Le blanc de la grève s'est alors fait chair, l'étendue s'est ramassée.
La croissance du crabe se fait par mues successives, au cours desquelles la carapace se fend dans le dos et sur les côtés, permettant à l'animal de s'en extirper en reculant, abandonnant comme dépouille ce spectre de lui-même.
Ainsi du texte devenant trop étroit pour contenir l'espace qu'il a engendré.
Ainsi de l'île retournant à l'écume alors que le gîte ,affirmant sa fonction d'étape, "halte provisoire," endigue encore le flux qui rendra l'aventure à l'inexistant, fera douter le nauphrasé des chimériques méandres de sa carte.


IIIIIIII




Kyoto, 2008


IIIIIII




ancre (jour IIIIIIIIII IIIIIIIII du Capricorne)- coquille/ virgule en doublon



"Le nord mouille dans le sud" (notes d'Il, aphorismes)

(...) la circonférence y est égale au double de la surface (...) (notes en marge de la Carte)



Notes et  remarques en marge de la topographie Ilienne:l'emploi du terme mouiller - issu du latin molliare "amollir(le pain en le trempant) et par suite, plus généralement "imbiber, humidifier ", dérivé du latin mollia "mie de pain" - en marine est relevé à partir de 1598 dans mouiller l'ancre "jeter l'ancre" et donc "s'arrêter (d'un navire)", aussi par métaphore, et à dater de 1667 en construction intransitive (le navire mouille).Au XVIIe s. mouiller commence d'être employé en phonétique (1690) pour "articuler une consonne avec palatisation". Au XVIIIe s. le verbe entre dans le vocabulaire des sculpteurs, des métiers textiles et des papetiers. PLusieurs sens particuliers remontent au XIXe s. dont, figurément par l'image de "se mettre à l'eau" pour "se compromettre", celui de se mouiller, en argot "prendre des risques"(1866).De toute  évidence le nauphrasé emploie le verbe mouiller en désignant les "ancres" qui situent certains passages du texte; dans le langage de la programmation web, une ancre est un lien à l'intérieur d'une même page, permettant d'accéder directement à un passage relativement éloigné. Le texte se déroulant au fil d' une migration confondant les jours avec les degrés de latitude, les paragraphes constitutifs de l'hémisphère "nord" agrippent ceux du sud qui les génèrent et dont ils se nourrissent dans une relation cannibale ou saprophyte.
La phrase suivante, extraite des notes d'Il semble poser un problème mathématique lié à la dimension ,u-topique, de l'île.Trouver  dans la géopoétique Ilienne un cercle (puisque "circonférence") correspondant au double de la surface reste gageure.Plus solide paraît
l'hypothèse du doublon typographique(1690) qui a pour homonyme un emprunt à l'espagnol, correspondant à une monnaie d'or frappée depuis 1497. La double virgule, comprise entre les termes précisant la "dimension" et le "contour" pourrait alors indiquer - pour peu que l' on aborde le texte à la fois comme carte et comme territoire - la place d'un trésor.
Il est toutefois difficile de déterminer si ce doublon encadrant un manque, résulte d'un bégaiement sur le clavier ou témoigne de la disparition d'une phrase dans un copié-collé.

Le mot virgule s'étant employé didactiquement (1842) pour désigner un signe de suppression, analogue au deleatur ("qu'il soit effacé) dans les anciens manuscrits, cet espace minimaliste reste  dans sa signification des plus "trou blanc". Une virgule, comme signe de ponctuation, marque une courte pause, une respiration dans la phrase.Le redoublement de la virgule ne prolonge pas ce temps, une respiration prolongé étant marquée d'un point virgule. Il y a donc  en ce point précis du texte, pause dans la pause, autrement dit "absence de souffle", littéralement apnée. Le mot a été repris pour indiquer la suspension momentanée de la respiration en plongée sous-marine. 


IIIIII

Le nauphrasé arpente inlassablement la plage, celle qui l'a acueilli ; parfois Il se baisse, ramasse un objet, coquille ou bois flotté, bris émoussé, observe cette forme qui lui indique la capacité de sa main à l'épouser. Il peut rester ainsi indéfiniment, le temps sur l'île est systole et diastole. Parfois encore, il met de côté sa trouvaille, en réserve sans que cela ait plus de sens que le rejet. Ou bien, après avoir longuement observé une parcelle du monde moulée dans la nacre, il la rend à la mer, laissant aux rouleaux du ressac le soin de la meuler.


Le terme  Ilienne découle de l'identification du personnage nauphrasé devenu habitant de l'île; en cela il se confond avec îlien, îlienne, adj. et nom désignant une personne qui habite une île, spécialement sur le littoral breton. Toutefois cet adjectif spécifique s'est formé sur le pronom Il devenu prénom auquel s'est accolé le sufffixe -ien, -ienne, issu du suffixe latin -anum; joint à des noms, ce suffixe sert à former des adjectifs ou des noms désignant la profession, la nationalité, etc. Ilien a donc accompagné, voire provoqué, suscité, accéléré, la constitution de l'île - absence sur les cartes - en pays ou du moins territoire d'Il.La confusion entre le pronom personnel et le suffixe fait apparaître un I(lien)au lieu. Il devient Ilien en faisant le lieu à sa main, en devenant lui-même un locus solus
.
Partant, le mot-valise Il-ien est aussi formé du préfixe négatif il-, variante de in- (par assimilation de n- à l-). En français, in- indique la négation, l'absence ou le contraire de qqch. L'identité d'Il est i(n)dentité.Paradoxe du nauphrasé que de n'avoir d'autre choix que celui de s'inventer au jour le jour.


IIIII

rade n.f. est emprunté (1474) au vieil anglais râd, rade (anglais road) "course", spécialement "course à cheval, course en bateau", d'où par deux développements métonymiques, "bassin naturel ou artificiel ou les bateaux peuvent s'abriter" (vers 1320) et "route" (1596)

rade est un anglicisme ancien, également écrit radde (1483) qui a conservé le sens d'origine "bassin naturel ou artificiel ayant une issue vers la mer, où les navires trouvent un bon mouillage." Par l'intermédiaire des locutions employées en marine être en petite rade "être au mouillage dans la partie de la rade la plus proche du port" (1835), être en grande rade "être au mouillage dans la partie de la rade la plus éloignée" (1835), il est entré dans la locution figurée d'usage familier être en rade "être abandonné" (1914, également avec les verbes laisser, rester), employée à Nantes avec un autre sens: "faire la noce".
rade a produit deux termes de marine; dérader v. intr (1529) rare avant 1691, signifie " être emporté loin d'une rade par les courants, le vent". Rader v.tr d'abord intransitif "se mettre en rade" (1536), est aussi employé transitivement avec le sens correspondant (1762)

rade ->radeau n.m. d'abord au féminin radelle (v.1355), le masculin radeau étant plus tardif (1477), est emprunté à l'ancien provençal radel "assemblage de poutres liées de manière à former un plancher" (XIIIe s.)
Radelle puis radeau désigne une plate-forme flottante, et spécialement celle sur laquelle se tiennent les ouvriers réparant les parties inférieures de la coque d'un navire (1866), concurrençant alors le mot simple ras.
L'argot ancien a employé radeau figurément à propos d'un comptoir de café (1849), et, par métonymie, d'un tiroir de comptoir et de la boutique elle-même (1867), dit également par métonymie d'un bar, puis d'un bistrot.



IIII


Le marquage des jours , marginal quant au texte pour la plus grande part de la "traversée", prend le pas sur le récit au fur et à mesure de l'amenuisement du temps  d'occupation du Gîte. La métaphore de la peau sous-tend l'inscription du texte; ramenée à la dimension diariste, elle se racornit littéralement en peau de chagrin, correspondant aux nombres de jours restant  à vivre pour Il en son île. De fait Il parti- sauvé ou mort - l'île ne sera plus que carte, reliquat d'une tentative d'épuisement d'un lieu inédit -> editer v tr. a été formé à la fin du XVIIIe s sur l'adjectif édité (1784, Restif), tiré du participe passé latin editus, de edere "produire, mettre à jour". Edere se rattache probablement au verbe dare(*), "donner" de la famille d'une racine indoeuropéenne do "donner", transmettre la possession de".

(*)anagramme de rade



III


Les derniers jours dans un lieu ne sont pas plus courts, ni plus longs, mais il est plus dur de ne les occuper qu'au présent.La digue construite par Il(jour
IIIIIIIIII III du Crabe) avec de grosses pierres roulées de la montagne tient de cet équilibre entre le poids de la lave charriée en amont et la furie du texte blanc qui fait retour.

*
*  *








ancre - ( jour IIIIIIIIIIIIIIIIIIII IIIIIIIIII IIIIIIIIII III du Capricorne) "ouvert-choisi (clefs)"


La symbolique des clefs n'a été effleurée que sous l'angle de l'élément narratiflié à  l'ouverture du coffre - et donc à l'idée d'un trésor dans l'île - ou comme  clé de l'énigme. Les clefs du gîte étaient pourtant mentionnées dès la première phrase de l'incipit.
Mises en relation avec les pierres , elles peuvent aussi renvoyer à la symbolique chrétienne. L'apôtre Pierre -Simon, fils de Jonas, dit Simon-Pierre - est représenté avec deux clés, représentant celles confiées par Jésus:
« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié. » (Evangiles selon Matthieu : 16, 18-20).L'une des deux clés, d'or, symbolise les pouvoirs spirituels liées au Royaume des cieux , l'autre d'argent représente l'autorité du Pape sur la terre. Ces deux formes d'autorité sont liées, mais de valeur inégale, celle qui symbolise le pouvoir céleste est d'or et passe par dessus celle d'argent liée à la terre.
Dans la mythologie romaine, Janus, le dieux aux deux visages opposés, gardien des croisements et des passages, divinité du changement , de la transition, était lui aussi représenté avec deux clés,symbolisant le solstice d'hiver - sous le signe du Capricorne et ouvrant la phase ascendante du soleil, la voie des cieux - le solstice d'été, sous le signe du cancer, inaugurant la phase descendante du soleil, voie terrestre.
Les deux visages de Janus sont tournés l'un vers le passé, l'autre vers l'avenir.
pour avoir retrouvé des monnaies frappées à son effigies représentant un bateau sur l'autre face,on a dit Janus inventeur des bateaux.

A ce point du récit, la mise à jour de la fonction symbolique des clefs  actionne un ressort narratif qui ouvre tant sur un enfouissement dans l'île (le gisant, le trésor, le texte se refermant sur le non-advenu) que sur le départ (le sauvetage, la rédemption).Suivant les règles du genre et du Gîte, Il a-t-il d'autres alternatives que l'arrachement et la pleine mer?

II







rateaux dans un jardin zen, Kyoto 2008




jardin zen , Kyoto, 2008






ancre ( jour IIIIIIIIII IIIIIII du Crabe) -  coquielle



Une seule fois dans le texte apparaît pour les Notes Iliennes, le terme "Ilielle"; il s'agit vraisemblablement d'une coquille. Non relevée elle n'a pas fait souche et ne s'est pas lexicalisée. Il y aurait pourtant eu , dans cet hermaphrodisme du mot, une possibilité de mutation spontanée du genre des Notes et remarques, voire de la topologie qui en découle. L'entité formée par Il et l'île est suffisamment fusionnelle  - la carte  se trace au fur et à mesure du déchiffrage/défrichage du domaine et s'inscrit dans la peau du nauphrasé - pour que l'un et l'autre prennent à tour de rôle le sexe de l'opposé, semblables en cela à nombres de mollusques et autres bivalves qui, telles les huîtres changent alternativement de sexe.
"Ilielle" rappelle l'origine de la coquille typographique - qui opère une inversion de genre par  élision de la lettre q au mot "coquille" - la couille désignant, pour le moins depuis le XVIIIe s. les glandes mâles, testiculi qui sans scrupuli ont éliminé l'ancien français tesmoings (XIIIe s.)

I











  Kyoto, 2008 (étude pour "le radeau")

*
*       *



ancre- coquille (jour II du Crabe)


Une coquille en génère une autre et sitôt l'ambiguïté du genre explorée que le singulier se plurielle. nombre, n.m. est issu (v.1119) du latin numerus "partie d'un ensemble classée à son rang, catégorie, compte, partie". A l'époque impériale, le pluriel numeri désigne les unités d'une armée. (...) Le pluriel numeri  traduit spécialement arithmoi," la science des nombres". Le mot latin est d'origine inconnue, bien qu'on le rapproche parfois du grec nemein "distribuer, partager" (--> nomade).
Le mot français, d'abord sous la forme numbre, indique (v.1120) l'évaluation d'une pluralité d'êtres ou de choses dans la locution sans nombre (fin XIVe s.) et, anciennement, par nombre (1150) "au total, dénombrés".Il fournit au pluriel les Nombres, l'appellation du livre biblique qui relate le recensement des douze tribus d'Israël (XIIIe s.). Nombre exprime également, sans qu'il y ait recensement, une idée de quantité (XIVe s.), celle-ci étant précisée par un adjectif dans grand nombre (XIVe s.), mais nombre, employé seul, peut renvoyer à la multitude. Ce s redondant -  pleonasmus (Ve s.), lui-même repris au grec pleonasmos "surabondance, excès"- affiche l'esse de la quantité. Par excès plutôt que par défaut, la lettre borne le chiffre.

*
*  *


Depuis longtemps déjà, Il avait entrepris la construction d'un radeau, à partir des restes de son épave, de bois flottés et des essences locales. Ne sachant s'il prendrait un jour le large, il avait progressivement armé cette nef de fortune de tout ce qui pourrait être utile à une nouvelle traversée du Grand Blanc.

*
*  *












ancres  (mots- balises )


*
*  *
  d'un pôle à l'autre, les bris d'émaux. Au règne d'argent vire au sable (Notes d'Il, addenda à la carte)


Notes et  remarques en marge de la topographie Ilienne: la géopoïèse Ilienne redéfinit le territoire du texte à la manière d'une navette croisant fils de trame et fils de chaîne. Dans ces indications, rédigées dans la langue des oiseaux en cours sur l'île, Il a certainement voulu embrasser (une dernière fois) la totalité de son espace. Il est assez clair que la construction s'étant organisée autour d'un équateur et des deux topiques , a repoussé les extrêmes, les constituant ipso facto en pôles. Il convient donc, à l'orée de la mer des  jours sans fin, d'arpenter une fois encore le texte, d'en ratisser les grèves pour fixer aux  1.10  les bornes du récit. La formule "bris d'émaux", qui meldois (*) sur le Brie de Meaux, substrat laitier du (ca)bris de mots, littéralement sccrabble, scribe-brouillage,v dont procède le nauphrase - renvoie à la syntaxe héraldique et au blason en constante énonciation d'Il. "La seconde phrase s'entend alors comme le passage du blanc (argent) qui est un "émail" au noir, dit "sable"comme le lecteur a pu en acquérir l'usus au fil des mises à jour.Le conseil d'Il à qui entreprendrait l' aventure du décryptage de la carte serait donc de prêter attention aux métamorphoses  - aux "vires" - du blanc au noir.

(*) habitants de la ville de Meaux

Il convient aussi de marquer le pas sur l'emploi du verbe "virer" , pouvant aussi bien indiquer une courbe, un changement de direction qu'un changement d'apparence ou de couleur. En Ilien, le contexte sera déterminant, tout en se laissant guider par la polysémie, girouette sur la rose des vents.A noter que virage n.m. désigne d'abord en marine (1773) l'espace nécessaire pour faire tourner un navire sur lui-même, puis se dit (1812) de l'action de virer, de faire tourner le cabestan sur l'axe.
Virer v. est probablement issu (v. 1155) du latin populaire virare, altération du classique vibrare (-> vibrer) "agiter", "brandir", "lancer" et "faire vibrer" par dissimilation des consonnes -br-; le i bref est devenu long sous l'influence de librare "balancer", dérivé de libra (-> livre, n.f.), nom qui en espagnol désigne la balance.La fonction de la gîte, abordée supra dans les premiers jours dits "du Capricorne" avant que celui-ci ne soit nommé, organisant l'espace, pourrait donc se signifier là, indiquant par déduction une mise à l'eau du radeau.

Le jeu sur le "bris d'émaux" réinstalle dans les armoiries Iliennes la succulence de l'un des plus vieux fromages, puisque Charlemagne le découvrit en 774. Métaphore de la pâte à mots et du texte à advenir, le fromage rond comme une tourte, fait  aussi  île sur la table . Il est cet enjeu blanc de la ruse du renard qui fit lâcher prise au noir corbeau en flattant rémiges et ramages.


Enfin, il conviendrait  de mettre en équation  la serviette, substitut de la toile ou de la page blanche, déposée sur le sable  dès la rencontre d'Il et l'île , et le pavillon de la flibuste, blanc sur noir pouvant virer au rouge (crâne d'argent sur sable puis "de gueules").


Le tourteau est quant à lui une espèce de crabe, appelée aussi "dormeur". Sa chair est blanche et la carapace rouge ( d'argent et de gueule). Le rapport chromatique entre la chair et la carapace pourrait être allusion aux écritures de la marge, dures, qui contiennent et protègent le vif du sujet, ainsi d'une forme ésotérique, du grec ezoterikos "de l'intérieur, de l'intimité".
Il est aussi - on le dit alors "fromager" - une pâtisserie régionale, à base de fromage blanc de vache ou de chèvre, au sud des Deux-Sèvres. ( suivre la voie Réale au jour IIIIIIIIII IIIIIIIII IIIIIIIIII IIIIIIIIII du Capricorne). Sa croûte est noire et la pâte est blanche(d'argent au cœur du sable).Enfin, et c'est là principale raison de ces digressions, le tourteau est un meuble héraldique, d'émail ou de couleur,non de métal, en forme de disque de petite taille.


Enfin, l'herméneutique doit  mettre à la question celle du virage au noir du "règne", qui voile d'une anagramme le royaume du "nègre", figure obscure de la littérature, double laborieux de l'écrivain, scaraïbe assujetti, Vendredi mis au pas et laissé sans empreinte, saigné à blanc et abandonné sans visage sur le rivage. 



*
*    *
...lancer la nef là où l'escume se fait d'os... (Notes d'Il)

*    *
*

Si , pour qui assimile le parler Ilien, le verbe lancer peut être entendu comme l'action de lever l'ancre; il  semble  aussi que "l'escume se faisant d'os" fait allusion aux récifs coraliens, ces animaux qui, vivant en colonie, construisent tout au long de leur vie un squelette extérieur à partir des minéraux présents dans l'océan. L'origine du corail est attribuée, dans la mythologie grecque à Persée, le héros qui décapita Méduse, l'une des trois Gorgones. Du sang de Méduse aurait coulé de la besace de Persée et , touchant le varech - n.m., d'abord warec, verec (v.1120) puis varech (1369), a été emprunté à l'ancien scandinave vagrek "épave", comme l'ancien anglais wreck, "naufrage" (...) désigne les herbes marines (goémon, algues, etc) rejetées par la mer (v.1120, marin verec "varech de mer") et ensuite les restes d'un naufrage, les épaves v.1175) et tout ce que la mer rejette, par opposition à ce qui a été pêché ou tiré du fond de la mer (v.1181), d'où le sens de "vaisseau qui a été coulé (1684, varet); cette acceptation dominante du XVIe s. au XVIIIe s., a été éliminée par la première, où l'origine du mot s'est perdue. Le mot est aujourd'hui un synonyme partiel de goémon-l'aurait pétrifié en le transformant en corail. En grec, le corail se dit "Gorgeia", de Gorgone. La ligne du fil rouge, établie par Il comme  ligne de destinée se poursuit donc au-delà du pôle du texte, reliant l'évocation symbolique du meurtre de Pierre Rivière - l'égorgement prenant valeur initiatique à l'entrée dans l'île - à la décapitation de Méduse au regard pétrifiant.


Japon, île d'Amami, 2008


Si les os sont admis comme meubles en armoiries, l'"escume-d'os" se syncope  en "escudos". L'escudo a été la monnaie du Portugal et de ses colonies; issu de l'héraldique, le mot se traduit par écu, l'élément central et principal des armoiries,support privilégié sur lequel sont représentées les armes. Il est probable qu'Il ait songé à blasonner(*(*) blasonner consiste à décrire le blason ,qui naît de son énonciation.)l'écume comme élément tangible de son quotidien.
écume n.f. est issu (v. 1130 escume) par l'intermédiaire d'un latin populaire scuma, d'une forme hypothétique du germanique occidental skum "savon liquide", sans doute par croisement avec le latin classique spuma "écume, mousse, bave", attesté en latin impérial au sens de "savon". Ce produit circulait probablement par les mercenaires germains des armées de Rome.Par analogie d'aspect, le mot s'applique (v.1288)aux impuretés à la surface d'un liquide en fusion. Au figuré,écume(d'une société, d'un peuple) s'est dit péjorativement (1770) des gens qui en constituent la partie la plus vile (cf. lie, rebut, opposé à crème, gratin (->gratter). Le verbe écumer (v. 1135, escumer) s'emploie au sens de "débarrasser de l'écume, des impuretés", d'où "écumer la marmite, le pot"; par figure, écumer signifie aussi "piller", en raflant tout ce qui est intéressant, d'où la locution écumer les mers (attesté en 1606 mais antérieur -> écumeur)"y exercer la piraterie". Ecumeur , euse n. s'emploie dès l'origine au figuré pour "pirates". Ecumeur littéraire "plagiaire" (1834) ne s'emploie plus.
Il aurait-il hissé le pavillon noir? "Là où l'escume se fait d'os..." dit la lie de l'île, rebut de l'ire en fusion dont ses concrétions procèdent.


 




"mettre les voiles- tendre la toile"
  d'après
« Léger tremblement du paysage » de Philippe Fernandez
(projection au cinéma CIFA Saint-Denis LYON 16-12-2009)




plagiaire n. et adj. est emprunté (1555) au latin plagiarius, nom d'agent qui désigne celui qui vole les esclaves d'autrui ou celui qui achète ou vend comme esclave une personne libre; le mot s'emploie adjectivement au figuré en parlant d'un auteur qui en pille un autre. Plagiarius est dérivé de plagium, "vol d'esclave" et au figuré "fait d'emprunter illicitement une œuvre originale", lui même emprunté au grec plagion, neutre substantivé de l'adjectif plagios "oblique, qui est de côté" (d'une ligne de bataille, d'une flotte") substantivé en anatomie pour désigner le flanc. Par suite, plagios s'est employé au figuré pour "qui emploie les moyens équivoques, qui est fourbe", et, avec une acceptation spéciale en grammaire, à propos des cas dit obliques. Le mot se rattache, de même que pelagos (->pelagien,ienne, adj. est dérivé savamment (fin XVIIIe s.) du grec pelagos "la haute mer, le large"...) et arkhipelagos (->archipel) à la racine indoeuropéenne pel-, pla- " étendue plate" (-> placenta, plage, plan, plat).

Robinson, figure tutélaire du genre était esclavagiste.
La violence fondamentale du rapport d'asservissement du nègre, force vive du texte, tout autant que la  prédation phagocyte du plagiaire,sont fossilisée dans les sédiments du genre, inscrite en creux là -où l'escume se fait d'os - où le texte blanc se minéralise.











 Amami, Japon, 2008










 

*
*    *


epilogue n.m. est un emprunt (1339-1348) au latin epilogus, du grec epilogos "péroraison d'un discours", composé de epi (-> epi-) et de logos (-> -logos)
le mot signifie d'abord "conclusion d'une œuvre littéraire", ensuite d'un discours, d'un film, etc. (opposé à prologue). En parlant de l'Antiquité, il désigne (fin XVIIe s.) une petite allocution en vers récitée par un acteur à la fin d'une représentation pour demander l'approbation du public. (...)
épi- est un premier élément tiré du grec -épi, préverbe et préposition dont les sens sont nombreux: "sur, vers", "pendant, au temps de", "après","en plus", ce terme, conservé en grec moderne, est un vieux mot indoeuropéen, attesté en indo-iranien et en arménien.En français épi-, qui indique l'idée de superposition, de recouvrement, entre dans la composition de mots didactiques, d'emprunt ou de formation savante.
éphéméride n. f. est un emprunt (1537), par le latin ephemeris, au grec tardif ephêmeris, idos (sous-entendu biblos)) "(journal) quotidien"," mémoires historiques ou militaires" composé de -épi "pendant" et de hêmera "jour".
Ephéméride est introduit comme nom féminin pluriel au sens de "tables astronomiques, donnant pour chaque jour de l'année la position des astres". A partir du XVIIIe s., le mot au singulier désigne (1761) un ouvrage groupant les événements qui se sont produits le même jour de l'année à différentes époques. Par extension, il se dit d'un journal dans lequel une personne consigne les faits remarquables de sa vie (1800) et, spécialement en parlant de l'Antiquité, de la relation quotidienne de la vie d'un personnage (1865). Par extension éphéméride désigne (1928) un calendrier dont on détache chaque jour une feuille.








 
 




 



l du même auteur ailleurs sur le site l