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#Sofi Hémon  #Françoise Johnen  #Fabienne Swiatly 
GÎTE D'ETAPE
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occupé par Cécilia de Varine - du Jeudi 05 juin 2008 au Dimanche 13 juillet 2008

 

à celui qui viendra à plusieurs reprises me visiter en ce gîte :
ces notes ne forment pas encore un ensemble cohérent et construit. Si tu veux trouver du neuf, parcours d'abord l'ancien. Car il se peut que les apports ne forment pas de nouveaux paragraphes, mais que la matière même soit retravaillée de l'intérieur.

Notes sans couture pour un refuge




Etrange gîte que cet espace ouvert, disponible, à ma portée.

La pièce unique est propre.
Dans l'angle, le lit de bois, avec ses draps blancs.

Allongée sur le dos en attendant l'heure du dîner, on se surprend à flotter doucement sur des bribes de souvenirs qui viennent peu à peu ouvrir l'espace du sommeil.

"Je suis l'espace où je suis"

 


Et on s'endort.


photo de F. Deligny






Cabane de fortune dans un arbre. Une image est toujours un miracle. Passer des heures à l'habiter, en parcourir les moindres détails. Ici, en noir et blanc, lignes qui tissent doucement la forme fragile de l'abri. Triangle de la bançoire, de la cabane. Proportion de la porte et du vide au-dessus. Entrer dans l'image en revenant du bain. Attraper la serviette dans l'arbre, se sécher doucement. Puis prendre le panier, et partir chercher de quoi alentours.




(La figure de Deligny n'est elle pas elle-même une cabane ? Un gîte ? Un refuge ?)





Bribes de discussion avec L. pourquoi cette culpabilité permanente ? pourquoi toujours cet sensation qu'il faudrait toujours être ailleurs, ou en faire plus, ou faire autre chose ?
L. me dit encore : "j'ai peur, tout à l'air de s'emballer très vite... la misère, les injustices, le Tibet, le procès du tueur en série..." On se noient* individuellement collectivement.


*j'ai appris il y a peu, avec bonheur, que l'on pouvait accorder le verbe au pluriel avec "on".


Comment écrire quand on ne sait à qui on s'adresse ?

Comment éviter d'ajouter des "opinions" à la cacophonie générale ?


Dans INDIVIDUELLEMENT il y a DUEL ou DUELLE est-ce que cela explique l'étrange complexité intérieure ? 



Dire quelques choses sur ce que c'est que d'être née en 1968. Un poète a écrit : "Je suis né bien avant ma naissance, sur les rives du Bosphore". (mémoire orale, sans précision) C'est vrai, on naît bien avant soi-même. Mais où est mon Bosphore ?

Un autre aurait dit : "On est d'abord les enfants d'une époque avant d'être ceux de ses parents".


Présenter les "compagnons", ceux avec qui on vit depuis longtemps.


 

Charlie Chaplin, Les Temps modernes, 1936


Du plus loin qu'il m'en souvienne, un des personnages que j'ai aimé profondément, c'est Charlot. Mon héros, encore aujourd'hui. Je ne sais plus quand je l'ai vu pour la première fois. Nous n'avions pas la télévision, peut-être chez des voisins, des cousins, ou au cinéma ?
Quelle étrangeté de ne pas être connue par tous ces gens que l'on connaît si bien. Déséquilibre dans une société où les visibilités (Cf. Marie-Josée Mondzain) ont envahi nos univers mentaux. Nous vivons avec eux, nous pensons avec eux, ils ne nous connaissent pas, cela n'a rien à voir avec leur existence humaine.

Dès ce moment-là, une fidélité absolue, définitive, tragique aux oeuvres de l'art et aux mythes.  Incapacité de les trahir. Penser avec. 


Toujours en noir et blanc, plus tard, la "rencontre" avec Jean Renoir.

Une figure de grand père, ou de frère. "Un dangereux poète". De ceux qui prennent par la main et accompagnent.
Leçon de poésie de la Grande illusion à la Règle du jeu. Tout est dit. Il suffit de voir.

Après lui, la découverte de ces autres imagiers sublimes que sont Godard, Rossellini, Dreyer, Satyalit Ray, Kiarostami, Ozu.

Avec eux, on apprend à oser être libre, oser grandir, aimer peut-être.


1992. Dans l'obscurité de la chambre aux volets clos, là bas, je découvre avec une joie infinie l'un des chefs d'oeuvres absolu du cinématographe : l'Aurore de Murnau.

Depuis, pas une semaine sans que ne reviennent les séquences muettes.

Apprendre le silence des hommes, la sourde violence des solitudes, l'attente des femmes, l'impossible conjugaison des désirs, des rythmes, des temps, des peurs.



Naître en 68, juste le temps de croire qu'un vivre ensemble est possible. Être incapable même de s'imaginer en dehors du collectif. Se sentir appartenir au groupe, à la masse. Difficultés immenses à se penser soi-même, à envisager sa vie, ses frontières.
JE / NOUS - Je noue. Faire sa vie de ce tissage relationnel jusqu'à s'oublier. Le groupe, les autres, le corps social avant le corps singulier. Faire de ce collectif sa singularité.


Imaginer longtemps que les hiérarchies sociales n'existent pas. Y croire. Penser que les pauvres sont plus honnêtes que les riches. Se demander "riche de quoi ?" "pauvre de quoi ?" Imaginer que les ouvriers sont plus intelligents que les bourgeois. Cacher longtemps qu'on est d'une famille "riche". Ne pas en dormir de remords ensuite. Découvrir avec soulagement le texte de Pasolini :

Scandale de me contredire, d'être
avec toi, contre toi ; avec toi dans mon coeur,
au grand jour, contre toi dans la nuit des viscères ;

reniant la condition de mon père
- en pensée, avec un semblant d'action -
je sais bien que j'y suis liée par la chaleur

des instincts, de cette beauté qui me passionne
fasciné par une vie prolétaire
née bien avant toi, je fais ma religion

de sa joie, non de sa lutte
millénaire ; de sa nature, non de sa
conscience ; seule la force originelle

de l'homme, qui, en s'accomplissant, s'est enfuie,
lui donne l'ivresse de la nostalgie,
une lueur poétique : et je ne sais

rien en dire de plus, sinon ce qui serait
justesse, et non sincérité, amour
abstrait, et non poignante sympathie... (...)

et se sentir moins seule.

Chanter à tue tête dans la Renault 16 "Le déserteur" de Boris Vian, serrée, au chaud dans la famille nombreuse, sur la route de Dunkerque où nous allons assister à une cérémonie militaire, 40 ans après le bombardement du Fort où a peri mon grand-père militaire, et trouver tout cela normal.


 

oser ouvrir une parenthèse sans savoir la refermer
oser faire des fautes d'orthographe, en plein jour, en se disant qu'il y aura toujours quelqu'un d'honnête pour me les corriger




Créer n'est pas déformer ou inventer des personnes et des choses.
C'est nouer entre des personnes et des choses qui existent, et telles qu'elles existent, des rapports nouveaux.

Robert Bresson




L'angle mort en voiture
L'angle mort de la mémoire
L'angle mort de la politique
L'angle mort de l'économie mondiale
L'angle mort de son désir
L'angle mort de son destin

Garder toujours la tête légèrement tournée vers la gauche


Angle mort de l'Histoire






Pendant les années d'enfance, on se retrouve le soir dans le bureau. Les volets sont fermés. Le père travaille ou disparaît derrière le journal. La mère travaille ou bavarde ou tricote ou lit. Les soeurs étudient aussi. Lumière chaude des lampes aux abat-jours translucides. Parfois, le père interrompt : écoutez ! Je ne comprends généralement rien à ce qu'il lit. Les phrases passent, la musique de la voix me plaît. A 10h, les "nouvelles". Silence dans la pièce, bruits informes avant que le son ne se stabilise sur la bonne fréquence. Enfin, le reste du monde, l'extérieur. La plupart du temps, je n'écoute pas ce qui se dit. Trop compliqué ? Trop violent ? Je préfère être là.
1978, l'enlèvement du baron Empain : un fait-divers parmi d'autres. Je l'entends cette fois. Début d'une longue série d'angoisses, insomnies. J'ai peur de remonter dans ma chambre. Pendant quelques mois, je suis "interdite de nouvelles" et je monte me coucher avant les autres. Je passe des heures à attendre le sommeil. J'apréhende l'instant où la lumière du couloir s'éteindra. Je guette le moindre signe. Les formes se laissent lire : la lucarne de la pente du toit qui descend, les noeuds du bois de la paroi, l'obscurité qui glisse sur le papier peint bleu. Immenses distances qui me séparent des autres, des corps des autres. Je me sens infiniment seule avec les images qui me hantent. Je les fabrique moi-même.
Tous les soirs, pendant longtemps, je fouille le moindre recoin de la chambre, sous le lit, dans le placard, derrière les poutres.
Préhistoire d'une longue série de peurs engendrées par ces multitudes d'informations dont je ne sais que faire, impossible à transformer. Elles ne produisent rien, elles m'habitent. L'informe hante, taraude. Je suis dans la grotte, face au mur balayé par les ombres qui n'en finissent pas de danser, de se tordre. Tout est possible. Cauchemars : les pires cataclysmes, la bombe atomiques, les génocides, les raz de marées, les famines, les corps décharnés, les charniers, les exilés, les enfants morts, les déplacés, les mutilés, les otages, les fusillés, les disparus. Une géographie qui se compose à coup de tragédies.

Obscénité d'un système qui se complaît à croire et faire croire à ce qu'il donne à voir, qui joue avec nos peurs, nos instincts les plus féroces, notre impuissance ; machine à émotions, abolition des distances, pertes de mesures, on zoome, on cadre, on insinue, on focalise. On en fait quoi de tout ça ? de ce grand mouvement qui charrie la boue des jours, des vies, des relations humaines. Tout au même niveau, la neutralité des tons de voix, l'émotion des témoins, l'arrière plan sans profondeur. Plus tard, la télévision, toujours plus raide, haletante, prête à tout. La lente transformation d'un imaginaire collectif travaillé de l'intérieur par cette multitude de "visibilités".

Et la pièce chaude de l'enfance, qu'est-elle devenue ? On s'est habitué à oublier l'espace où l'on est, on cherche, ailleurs, avides, on se ditrait de la souffrance d'un présent absent qu'on fait sien.
La lampe reste éteinte. Les écrans nous éclairent. Que sont devenus les abat-jours ?




Rue de la Liberté - 2006





La rue. Août 1982, première manifestation à Edimbourg. J'ai 14 ans, je suis fière. La foule hurle et porte à bout de bras de grandes caricatures de Ronald Regan et Margaret Thatcher. Je suis heureuse, je ris. Je sais parfaitement pourquoi je manifeste. L'année suivante, à Lisbonne, nouvelle manifestation avenue de la Liberté. Le même sujet. Je suis "entrée en politique" depuis longtemps déjà, sans m'en rendre compte. Il y a de l'obscenité dans le tournant que prennent les choses. Je ne sais pas vraiment d'où l'on vient, mais je pressens l'injustice fondamentale, l'individualisme rampant, le contraire de tout ce qui fonde mon désir de vivre. Quelque chose qui est en train de changer, de glisser très vite.

il fait chaud dans la rue, j'aime cette foule hurlante et joyeuse, je fais partie du peuple, nous sommes le peuple, un peuple éveillé
 
A la même époque, premières visites de musées et découverte de la peinture. Whistler et d'autres artistes anglais. Je veux en faire, comme tout ce que je découvre. Le cinéma aussi. Avec joie et illusions.






Petit papier trouvé route de Genas à Lyon, le 6 juin 08



Dehors, il fait frais. Un printemps pourri, ils disent. Cette année, c'est comme ça. On parle presque que de ça. Pas une journée sans pluie, vous nous amenez le beau temps ? Demain il parrait qu'il fera meilleur. Quel printemps ! On dirait un automne...
Des parapluies partout. J'aime ça. On est bien dans le gîte. On rentre vite se protéger. La fenêtre grande ouverte, on écoute la musique du temps.




A table, il faut bien se tenir, faire attention aux coudes, se tenir droit, manger la bouche fermée, ne pas trop parler, maîtriser les gestes, ne pas se tacher. Ne pas utiliser le couteau pour couper sa salade. Le pain est le seul aliment qu'on peut toucher avec les mains. "Quand tu seras reçue chez la reine d'Angleterre" disait-elle.

On a beau s'entraîner à ce jeu social tous les jours, on n'en reste pas moins malhabile.
Seuls, les jours où l'on mange "à part" - enfants d'un côté, adultes de l'autre - on peut plus librement faire bouger son corps.  Et encore....
On apprend à cacher beaucoup de choses. Les espaces sont étanches. Temps de l'enfance protégé, apprentissage d'un code culturel intransigeant. On nous prépare à quoi ?




(je perds pied... je n'arrive pas à suivre le rythme du temps. ça va trop vite, ça file. J'ai peur. Je ne sais pas si j'ai envie que tout le monde lise cela. Impression d'avoir laissé la porte de l'atelier ouverte.)



Première génération de "femme" à vivre ce que je veux. Ou tout au moins à en avoir le droit. Un droit extraordinaire, une liberté infinie dont je ne sais (presque jamais) que faire. J'habite où bon me semble, je m'occupe de mes impôts, je conduis une voiture qui m'appartient, je dis ce que je pense, je fréquente les gens que je veux, j'ai un compte en banque, je peux ne pas me marier, décider de ma vie sexuelle, de mon temps, de mon argent. J'ai fait les études que j'ai voulu, je travaille à mon rythme, je prends des vacances avec qui je veux, où je veux.... Mais cette énumération est en elle-même d'une telle banalité, qu'on se demande quelle est cette liberté "sous contrôle" que nous avons acquise.

Les femmes des générations précédentes avaient leur existence souvent déjà bien dessinnée à leur naissance. Fille de, femme de, mère de, l'existence comme une pièce de théâtre dont on assume progressivement différents rôles. Toujours attaché à quelqu'un d'autre. A peine un prénom. Dans ma famille, la seule solution pour éviter le mariage et la maternité était l'entrée en religion : devenir l'épouse du Christ, de Dieu, permettait d'échapper à l'époux humain. Certaines ne le choisissaient pas. C'était leur place dans la famille qui l'imposait.

Aujourd'hui, un sentiment de déliement. On me laisse dessiner mon existence, et je ne sais pas quoi faire. A peine un tâtonnement, un gribouilli. Et une terrible culpabilité de chaque instant. Ne pas pouvoir se plaindre. Vivre sans direction. Si peu oblige. Et il faudra quand même tenir et se tenir, vieillir, mourir, assumer les choix et ceux que je n'ai jamais été capable de faire. Se replier sur son propre destin. A qui pourrais-je en vouloir si ce n'est à moi-même ?
Être la millième génération à jouir de cette liberté, grâce à la lutte acharnée de toutes celles qui m'ont précédée. Leur être redevable.



Pendant longtemps j'ai haï les "gens de droite" en rassemblant sans distinction dans cette catégorie tous ceux qui ne partageaient pas un certain idéal humain de fraternité, d'égalité et de liberté.
Aujourd'hui, je concède à cette catégorie de la population un certain pragmatisme.
Longtemps, j'ai vécue avec l'idée que l'"homme est naturellement bon". Lentement, j'ai appris et compris que cette idée était aussi idiote que celle de le penser "naturellement mauvais".
Les gens de droite pensent d'abord à eux, à leur clan, à leur groupe. Ils sont souvent plus honêtes dans leur malhonneté que les gens de gauche. Ils sont plus souvent pessimistes et font moins souvent le contraire de ce qu'ils disent. Ils peuvent même, parfois, être franchement sympathiques.
Pourtant, malgré tout, je reste profondément de gauche. Avec une petite confusion probable entre l'humanisme et "être de gauche". Même si cela demande un effort quotidien, un décentrement de chaque instant. Mais c'est nettement plus intéressant.


Grande admiration pour les collages de Martha Rosler qu'on redécouvrent sur les murs blancs d'une institution.

Ils vieillissent doucement, avec leur cynisme presqu'adolescent. Ils nous rappellent que cela fait déjà un moment qu'on essaye de composer entre les clichés, coincées au bord de l'image, entre la cuisine équipée et les placards publicitaires qui envahissent progressivement les rues, nos rêves, leurs phantasmes. Jusqu'à nos désirs les plus intimes écorchés. Et le cycle annuel des couvertures de magazines qui répètent, inlassablement, la règle normative jusqu'à l'écoeurement.


En 40 ans, on a assisté à un glissement de la politique (en tant que travail du "commun") vers la communication. Un jeu d'émetteurs et de récepteurs. Un jeu de dupe et de faux semblant. MÊME LES IMAGES NE S'EN REMETTENT PAS.
Tout le monde ment, triche. "Il suffit de savoir communiquer". "Tout est une question de présentation". Cela se joue à des effets de cadrage, de langage, des jeux de police de caractère. "Pour l'image, c'est important".

Heureusement, il reste des bribes de hors champs à investir.


Vers l'âge de 10 ans, je découvre le Cirque imaginaire de Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée. Cirque pauvre, muet, sans musique et sans châpiteau. Soulagement : la MAGIE existe. Celle des lapins sortant des chapeaux, celle des heures passées la bouche ouverte, dans un demi hypnotisme à expérimenter de la pure poésie. L'espace de la représentation aussi. Il s'ouvre. Je rêve de devenir funambule.


Plus tard, la découverte des travaux de Robert Filliou me feront le même plaisir. Il y a un bricolage à vivre, des assemblages possibles, de petites constructions à agencer.





Voyager dans la géographie et le temps
Perdre le fil
L'école
Lire
Les portes / frontières / fenêtres
Le dimanche
Hors champs
Milieu
Responsabilité
Obéir / désobéir
Ventre
Grilles
Lascaux
L'autre / les autres / et moi et moi et moi
L'argent
Tentations
quoi faire ? que faire ?
Face à la mer



De passage à Paris, un déjeuner rapide avec E. qui vient de New York et y retourne bientôt. Je lui demande ce qu'il retient de positif de la France où il vit maintenant depuis plusieurs années. "La Sécurité sociale" me répond-il.



" Oh ! si je ne vivais pas dans la cinquième génération des hommes ! si, plutôt, j'étais mort auparavant, ou né après ! En effet, maintenant, c'est l'Age de fer. Les hommes ne cesseront d'être accablés de travaux et de misère pendant le jour, ni d'être corrompus pendant la nuit, et les Dieux leur prodigueront les amères inquiétudes. Cependant les biens se mêleront aux maux. Mais Zeus détruira aussi cette génération d'hommes, après que leurs cheveux seront devenus blancs. Le père ne sera point semblable au fils, ni le fils au père, ni l'hôte à l'hôte, ni l'ami à l'ami, et le frère ne sera point aimé de son frère comme auparvant. Les vieux parents seront méprisés par leurs enfants impies qui leur adresseront des paroles injurieuses, sans redouter l'oeil des Dieux. Pleins de violence, ils ne rendront point à leurs vieux parents le pris des soins qu'ils ont reçus d'eux. L'un sacagera la ville de l'autre. Il n'y aura nulle pitié, nulle justice, ni bonnes actions ; mais on respectera l'homme violent et inique. Ni équité, ni pudeur. Le mauvais outragera le meilleur par des paroles menteuses, et il se parjurera. Le détestable Zélos, qui se réjouit des maux, poursuivra tous les misérables hommes. Alors, s'envolant de la terre large vers l'Olympos, et délaissant les hommes, Aidôs et Némésis, vêtues de robes blanches, rejoindront la race des Immortels.  Et les douleurs resteront aux mortels, et il n'y aura plus de remède à leurs maux." 

Hésiode,  Les travaux et les jours,  fin du VIIIe siècle avant J.-C.







l du même auteur ailleurs sur le site l


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