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_NOTES DE FOOTING du 26 mars 2008 au 14 octobre, puis du 21 octobre au 15 novembre 2008

Mercredi 26 mars 2008,

Velles, 4h -1/4 du matin.

 

Eurêka ! ... j'ai trouvé ! ... comme Tintin !

J'ai trouvé le moyen de transposer mon journal des chroniques NR « Fonge et florule » à NOTES. La reprise intégrale du journal me semblait une manière trop lourde et inadéquate pour NOTES. 

Cela me turlupinait...

Le footing d'hier après-midi m'a fourni la solution : non point reprendre tout le journal, mais seulement les notes de footing, expression qui au reste avait retenu l'attention et le sourire de Catherine lorsqu'elle avait parcouru mon carnet-journal, à Champloi. L'opportunité est donc trop belle !

Ne reprendre, donc, que les notes de footing, « partie dans l'ensemble du journal » . Partie non négligeable et souvent alerte, tant il est entendu que mes idées et intuitions autour des chroniques bourgeonnent, fleurissent particulièrement dans ce temps béni du footing (ainsi que la nuit, vers deux, trois ou quatre heures du matin).

Donc pleins feux sur les notes de footing ! Et cela me fera le plus grand bien : footings plus fréquents et plus réguliers !

Hier après-midi, revenant de mon footing du « Tour des Chaumes » de Velles, tout transpirant, j'ai jeté  sur le papier :

obligé (Véronique Nahoum-Grappe)

Philippe Lejeune (commencements, rattrapages + journal)

spadice, spathe, panicule

fragilité étymologique

doute

bai, spadiceus, alezan + damascenus

Catherine Jackson : notes de footing

réactivité aux écrits d'autrui (pour Philippe Lejeune)

Ces mots lancés sur le papier, en attente de développement, sont des idées qui ont germé en courant, concernant d'une part la future chronique sur la psathyrelle brune et grise, et d'autre part les notes de footing. Je ne saurais suffisamment insister sur ce moment particulièrement fécond qu'est le footing, pour moi, en ce qui concerne la pensée. Pendant la course, le corps libère une hormone (je ne me souviens laquelle ?) qui lubrifie en quelque sorte le cerveau.
Bon, reprendre d'abord les mots de la chronique en cours d'écriture. L'éloge de la fragilité pour Psathyrella spadiceogrisea était à compléter, à boucler, à tourner en boucle, afin que je retombasse sur mes pieds, en l'occurrence sur la fragilité.

Dans l'introduction, j'avais oublié le doute bénéfique, que génère la fragilité. Le doute et la remise en question. Ensuite, il n'y a pas à dire, il faut que j'exploite spadiceus, entre couleur datte et alezan.

A cette fin, établir un // entre bai, couleur datte (de spadicum : inflorescence du palmier, d'où spadice) et alezan (de spadix equus, le cheval de la Rome antique). Pousser une correspondance jusqu'aux homophones approximatifs que sont spathe et panicule et pour lesquels on peut créer quelque lien botanique.

Tisser des liens fragiles entre ces mots et retomber sur la chute rêvée : le doute, la fragilité étymologique. (Il s'agira en fait d'une déclinaison sur des tonalités de la couleur brune, sur leurs appréhensions subjectives, leurs diverses interprétations : bai, datte, alezan, et je voulais même y intégrer damascenus – dont je me souvenais comme couleur de datte de Damas (mais c'est une erreur, je viens de vérifier : c'est couleur de prune de Damas). Dommage ! C'eût été l'occasion d'insuffler une fois de plus un de mes chers cortinaires (Cortinarius damascenus), d'autant plus que je viens de recevoir la Pars XVII de l'Atlas des cortinaires, et que les auteurs ont créé un groupe entier pour les Damasceni !

Je tiens donc aussi l'idée de la fragilité de la couleur brune, et plus particulièrement celle de la fragilité de perception, d'interprétation. Un autre filon.

 

En ce qui concerne les notes de footing, c'est la clé du problème, la solution au dilemme, satisfaisante entre toutes : réduction considérable d'écriture à reprendre (l'idée de reprendre l'intégralité de mon journal me harassait, me pesait sur les épaules), formule d'écriture qui correspond mieux à l'esprit de NOTES, et « concentré d'écriture » où se dégagent en général des idées importantes (+ retour aux « lettres mêlées » d'une précédente livraison de NOTES – car j'envisage un courrier prochain à Philippe Lejeune : je compte l'entretenir de mon journal des chroniques, en l'articulant sur le dernier « La Ffaute à Rousseau » (février 2008), qui développe la thématique des « commencements ») . Les articles de Philippe Lejeune sont toujours édifiants (même sur les sujets les plus infimes), et je retiens particulièrement celui des rattrapages, qui apporte de l'eau à mon moulin : ce sont effectivement des rattrapages que je vais effectuer pour mettre à jour mon journal des chroniques et mes notes de footing – qui eux-mêmes sont des commencements. Tout cela procède d'une solution méthodologique satisfaisante et me permet d'entamer sereinement notes de footing.

Pour rester avec Philippe Lejeune, j'ai noté la thématique du prochain n° de La faute à Rousseau : lire la vie des autres. Je m'y connais un peu, dans « lire la vie des autres », et ce pourrait être l'opportunité d'un petit texte sur ce qui est un point fondamental pour moi, une sorte de ligne de conduite, une éthique : la réactivité à la lecture de l'écriture d'autrui.

Véronique Nahoum-Grappe : le mot « obligé » m'est revenu lors du footing, s'est imposé à moi pour remplacer avantageusement « rédhibitoire » dans la chronique sur la psathyrelle. « Obligé » fait partie du « langage personnel » de Véronique Nahoum-Grappe, elle l'avait employé dans « Cadeau de Noël » : « fêtes obligées », et dans d'autres chroniques, me semble-t-il. N'est-ce donc point une occasion rêvée de reprendre contact autour du mot « obligé », de l'histoire de ce mot, comme elle l'a fait de son côté pour mon « glauque » ?

Mes notes de footing puisent largement, aussi, dans le tissu familial : Isabelle, qui est l'instance absolue pour la relecture de la chronique avant l'envoi à la NR, Yvan mon photographe attitré et mon conseiller, Ephéline ma secrétaire préférée, Fanette ma botaniste, et dans celui des amitiés épistolaires : Jean Libis, Pierre Moënne-Loccoz, Claude Allard, Evelyne, Francis...

Tissu relationnel qui permettra en quelque sorte une continuité, une arborescence des écritures mêlées, des lettres mêlées.

 

Dimanche 30 mars 2008,

Velles, début d'après-midi, pluie.

 

Ce matin, dégagé le banc de la mare, qui était coiffé d'un énorme églantier qui lui était tombé dessus. Puis, dans la foulée, un footing... irrémédiablement fécond.

Plusieurs strates de pensées :

  • sur la chronique envoyée ce matin
  • sur la prochaine
  • sur l'écriture des notes de footing 
  • sur la réactivité (lire les autres)
  • sur la pratique même du footing

 

1 – Psathyrella spadiceogrisea : comme à l'habitude, Isabelle : instance finale avant l'envoi. Mon feu vert. Je l'appellerai mon petit feu vert. Je voulais boucler en boucle sur la fragilité. Mais il y avait trop de répétitions sur le mot, sur la notion. Isabelle m'a ramené à la sobriété. En fait, cette triple fragilité : le champignon, sa couleur et les interprétations sur sa couleur (avec leur lot de mots) est un peu tirée par les cheveux. L'idée est belle, certes, mais un rien artificielle. Je réalise que j'ai assimilé incertitude et doute à fragilité. Si la fragilité entraîne le doute, on peut douter sans fragilité. Mais peu importe, la chronique se tient quand même. Et je peux la dédier à Isabelle, à double titre :

  • l'expression « manière d'être au monde » est d'elle. Je l'ai découverte dans ses premières lettres, où elle m'écrivait : « j'aime ta manière d'être au monde » .
  • La fragilité est une qualité pour Isabelle. Les êtres fragiles sont séduisants à ses yeux.          

 

2 – Prochaine chronique déjà en tête, à l'horizon : Stellaria media. Je viens de coller sa photo dans mon journal, ce qui ne la scelle pas définitivement certes, mais c'est en bonne voie. J'avais l'idée de l'intituler « la star des trottoirs », en pensant au pâturin annuel qui pousse, comme elle, dans les trottoirs de Châteauroux. Mais cela ne suffisait pas à dérouler la chronique. (Il y aurait bien, aussi, l'épithète media (intermédiaire), à démêler ? )

En courant, c'est « l'étoile des trottoirs » qui est venue en force. Bien sûr, pas question de dériver trivialement avec le mot trottoir. Mais au contraire, valoriser complètement « étoile des trottoirs » en rattachant ce titre à « Etoile des neiges », cette chanson éternelle qui fut chantée par « La Reine des Cloches », à Paris, sous le Pont d'Austerlitz, devant L'Armée du Salut (souvenir de mon plus beau Noël d'adolescence !). Un filon avec les mots « cloche », « clochard », infiniment plus beaux et porteurs que SDF. Cette poésie des clochards de Paris, des bouches de métro, à une époque où les clochards pouvaient faire rêver. « Oui, je veux être clochard... eux au moins sont libres... », m'exclamais-je devant mon père quand je voulais m'opposer à lui, l'attaquer sur son « matérialisme » . Je l'avoue, j'en usais et abusais, bêtement. Mais le rêve n'était pas absent. Je relie cette pensée à une émission récente de France Culture, sur les gens du voyage. Retenu ces paroles : « parce qu'ils existent encore, les gens du voyage nous permettent de rester nomades en rêve, et ainsi de supporter notre sédentarité ».

Autre piste intéressante : la fleur-étoile, passerelle entre la terre et le ciel. Les  fleurs sont à la fois de la terre et de l'air (alors que les champignons sont de la terre, les papillons et les oiseaux de l'air). La stellaire fleur passerelle par excellence, par son nom.

 

3 – L'écriture des notes de footing. La note en cours, bien sûr. Puis il y aura les rattrapages. Idée de numéroter les rattrapages, de doublement les dater : date d'écriture et date du rattrapage. Tout cela va former des couches superposées, anciennes et récentes. Je vois un empilement en quinconce, achronologique, mais toujours parfaitement daté.

 

4 – Lire la vie des autres. J'élargis à « lire les autres », et je réduis à « réactivité à la lecture des écrits d'autrui ». Des typologies de lectures, pour étayer cette réactivité :

  • lecture d'auteurs, qui ont provoqué une réaction d'écriture, souvent en lien avec les champignons et la littérature, ou la botanique.
  • lecture de textes d'amis, de proches.
  • Lecture « correction ».
  • lecture « retour » en atelier d'écriture.
  • Lecture prise au vol, de personnes connues ou non.
  • Lecture d'une lettre.

Articuler cette pratique à :

. Ecriture et lecture sont profondément mêlées.

. Je me suis nourri de lectures en sympathie autant que de lectures d'auteurs.

. Idée d'un partage humain profond par l'écriture et la lecture.

. Picorer et réagir. Une sorte de disponibilité permanente, d'éveil, d'altruisme, d'éthique.

 

5 – Sur ma pratique même du footing, je vais être amené à m'exprimer : le Tour des Chaumes, ses 5,5 km approximatifs (j'aime cette approximation), toujours dans le même sens (de l'habité vers l'inhabité), quels que soient le temps, l'heure. L'après-footing, le sauna dans le canapé, dans le silence, ou avec France Culture, l'endormissement, l'ankylose du cerveau après sa lubrification. L'aspect vital du footing pour moi (signe de jeunesse). Le footing théâtre de plantes vues et de réflexions, etc.

 

Mercredi 2 avril 2008,

Velles, l'après-midi.

 

› Les myosotis : ils vont apparaître bientôt (j'y ai pensé à la vue du bleu ciel des véroniques de Perse). Pour une chronique sur un myosotis : l' articuler sur le paradoxe du bleu ciel (+ le symbolisme de la fleur : « aimez-moi, ne m'oubliez pas ») et de l'étymologie : oreille de souris, de rat  (muos : souris, rat). De rat, surtout ! La pureté du bleu azur de la fleur, mêlée à la répulsion inspirée par le rat. Le rat aux yeux bleus... les beaux yeux bleus du rat. En profiter pour réhabiliter le rat. Et parler des oreilles végétales... suite aux oreilles fungiques.

 

› Les orchidées. Orchis morio est déjà fleuri, paraît-il ; morio : bouffon. Les orchidées excellent dans l'anthropomorphisme et dans la référence aux organes, au corps, au sexe.
Orchis : testicule, Ophrys : sourcil, Serapias lingua, Himantoglossum (langue)...

Homme-pendu, sabot-de-Vénus, orchis-mâle, folle-femelle...

On peut même dire que les orchidées (les exotiques comme celles de chez nous) sont des fleurs hautement sexuelles. A explorer, analyser : le labelle (lèvres de la bouche et du sexe) qui accueille le plantureux atterrissage des insectes pollinisateurs ; quelque chose de lourdement voluptueux, fardé, féminin.

Est-ce cela qui provoque l'engouement pour les orchidées ? C'est le seul genre botanique qui a ses cellules spécialisées (secrètes ?), indépendamment de la botanique générale : les sociétés d'orchidophilie. Beaucoup d'orchidophiles ne s'intéressent qu'aux orchidées !

 

Plantes grasses (Sedum, joubarbe...) : bientôt le petit Sedum rose photographié par Yvan.

Analyser la notion de « plante grasse » . Gras : contenant de la graisse, ou de contact gras , d'aspect gras. Ici, gras pour « gros » . Lié à la turgescence.

Et alors, il sera intéressant de débusquer les incongruités :

  • les plantes grasses ne sont pas grasses.  
  • Et quand elles sont lactescentes, elles ne contiennent pas de lait, mais un latex âcre, abrasif.    

Donc ni grasses ni laiteuses ! Doublement faux !

 

Mardi 15 avril 2008,

Velles, 18h.

 

› La véronique-petit-chêne : les petits visages bleus. Photo d'Yvan prête : des touches bleues comme les touches blanches des nymphéas de Monet. Qui diffusent du bleu dans tout le tableau ; qui fusent en bleu.
Les véroniques-petits-chênes « tableau de Monet » .

Insister sur cette diffusion du bleu (comme les planètes diffusent, alors que les étoiles scintillent), sur cette infiltration bleutée dans tout le tableau. La photo d'Yvan est un tableau de Monet.
Je pense aussi à la Cathédrale de Monet, dont je me suis servi pour la « beauté des teintes cyanées chez les cortinaires ».

« ... la cathédrale a pris à la brume bleuie toute la matière bleue que la brume elle-même avait prise au ciel bleu. Tout le tableau de Monet s'anime dans ce transfert du bleu, dans cette alchimie du bleu. » (Gaston Bachelard)

› Croisé le gaillet-croisette fleuri.
Repensé à la photo d'Yvan, du gaillet non ouvert, chevauché par une sauterelle (été).

« Pas possible d'utiliser la photo en ce moment (mars)... », lui avais-je dit : « car si le gaillet est déjà fleuri... la sauterelle n'est pas encore née ! »

Souci absolu de la véracité temporelle. Mes chroniques sont des chroniques chaudes, elles saisissent les fleurs et les champignons au moment de leur poussée ! Pas question de faire des chroniques achronologiques ! Ce souci est permanent, m'obsède. Par exemple, ai-je traqué avec anxiété les derniers prunelliers en fleur... de peur que la chronique ne parût après la floraison  (éphémère).

Autre exemple : le tapis tout bleu des jacinthes dans le sous-bois (qui devait induire la chronique). Il aurait fallu que la photo fût prise sur le champ... car le lendemain, c'était déjà trop tard... le tapis était percé, un rien bruni et flétri par-ci par-là.
Autre exemple plus subtile : Xylaria hypoxylon. J’en avais une belle photo de l'automne, avec ses cornes poudrées, blanches de conidies. En hiver, la xylaire était présente, mais sans ses conidies. La photo était périmée, n'était plus d'actualité pour l'hiver !

L'époque de poussée doit être strictement, scrupuleusement respectée. J'y tiens comme à la prunelle de mes yeux ! J'y apporte le même soin qu'à la véracité scientifique, qu'à la vérification du langage, de l'orthographe, de la syntaxe.

 

Bestiaire : commencer à établir, en plus de la notation chronologique, le bestiaire par catégories : poissons, insectes, mammifères, oiseaux, etc.

 

Plantes revues (qui ont déjà fait l'objet d'une chronique) : ficaire, renoncule rampante, Pulmonaria longifolia, etc. Plantes vues, pour de futures chroniques : Orchis morio, alliaire, bugle rampant, lierre terrestre, etc.
Repensé, dans l'index, à la mise en regard des chroniques d'une année sur l'autre, par mois. En avril 2007, trois plantes pour un champignon. En avril 2008, rien que des champignons (printemps particulièrement pluvieux).

 

Orchis morio fleuri. Et tout près de la maison, Orchis mascula. Ces deux premières orchidées, toutes deux « pentecôte ». La Pentecôte tombe le 11 mai cette année. Ce pourrait donc être une chronique pour le 8 mai ?

 

› Reçu une lettre de Philippe Lejeune aujourd'hui, en réponse à ma lettre sur sa parole à France Culture, à propos du journal de Michelet (+ notes de footing, journal des chroniques). Je mentionne d'abord ma lettre avant sa réponse :

«  Mon cher Philippe,

quand je t'écris – t'écrivais-je déjà – c'est toujours que j'ai quelque chose à te dire.

Ce matin, en ajout à mon propos, est venue se greffer l'émission de France Culture sur Michelet. J'ai beaucoup apprécié – avec presque étonnement – ta voix feutrée. L'inverse d'une voix affirmative, qui s'imposerait, mais une voix confidentielle, intime pourrait-on dire, porteuse de ta grande modestie.

Oui, le mot intime convient, tant tu t'es montré, d'une manière plus prégnante que jamais, porteur d'intimité. C'est-à-dire non seulement défenseur de l'intimité de Jules Michelet, mais aussi de celle de sa femme Athénaïs. Et plus encore : de ta parole douce émanait un goût personnel de l'intimité, de l'écrit intime (figure-toi que je t'écris en pleine réunion sur « le développement durable », pour lequel j'ai des sympathies, certes, mais quelle langue de bois, creuse, sans corps, bref l'inverse de l'écriture intime !).
Les trous, les blancs, les silences, les destructions participent intrinsèquement de l'écriture intime. Tu fais bien de le rappeler. Et de défendre Athénaïs.

Les feuilles volantes de Michelet... les tiennes aussi, Philippe. J'y repensais récemment à propos de « lire la vie des autres », dont je te reparlerai.
Michelet... je l'ai découvert par Bachelard ! »

(lettre écrite le 2 avril, pendant la réunion sur le développement durable au Poinçonnet)

 

Réponse de Philippe Lejeune, le 13 avril 2008

«  Cher Richard,

merci de cette gerbe printanière,voilà les textes qui bourgeonnent et qui font des brindilles et des fleurs, partent en fourche dans tous les sens, greffés par un jardinier impénitent, en attendant d'être cueillis et organisés en herbier... Et voilà les oreilles qui me tintent, ce que j'ai dit n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd – et j'espère que, dans l'au-delà, Athénaïs m'a aussi bien entendu que toi !

Mon amitié.                  Philipe.(signé avec un « p »)

 

Imprimatur : Gérard Minet me révèle ce mot pour l'appliquer à Isabelle, mon petit feu vert : Isabelle me délivre son imprimatur... son autorisation pour l'envoi de  la chronique à la NR !

 

Mardi 22 avril 2008,

Velles, l'après-midi.

 

Valve, volve, vulve...

Le mot valve m'est revenu à l'esprit, suite à la séance sur les Crucifères : les valves à trois nervures des siliques d'Arabidopsis thaliana ; les valves des siliques de Crucifères sur lesquelles il convient de compter les nervures.

Repensé à la confusion qui règne parfois chez le profane, en mycologie, entre volve et vulve. Idée de mettre en miroir ces mots en v.lve, d'essayer d'en dénicher d'autres, avec les voyelles d'une part (velve, vilve ?), et même avec tous les sons (ai, au, ei, eu, ou, on, etc.). Un peu comme dans les livres de lecture du CP ! Une manière de retourner à l'école !

( N.B. : rien trouvé ! ...sinon velvétine (et ses proches), utilisé dans la chronique sur la massette à feuilles larges.)

 

› Sur le carnet « projets-prévisions », laissé en désuétude : établir la liste des plantes vues et non « chroniquées », par période, car les plantes se bousculent au portillon en ce moment.

Ainsi :

Hiver : cardamine hirsute, Primula veris, pâturin annuel, tige ailée de l'orme ou de l'érable champêtre, amadouvier, Phellinus robustus, Senecio vulgaris, etc.

Mars-avril : alliaire, cardamine des prés, arabette des dames, barbarée, jacinthe des bois, etc.

 

› Mentionner tous les amis et proches qui, par la voie épistolaire ou autre, participent au bourgeonnement, à l'arborescence des chroniques. Les présenter tout simplement par ordre alphabétique, pour n'établir aucune hiérarchie :

Claude Allard, Patrick Baudenon, Ephéline, Fanette, Isabelle et Yvan Bernaer, Primice Blusseau, Patrick Caillon, Anne-marie Chauvignat, Etienne Cornevin, Isabelle Courtois, Patricia Danguy,  André et Hélène Depulle, Monique Dérudet, Francis Ducourneau, Nicolas Faraut, Evelyne Ferrand-Hemmelding, Michel et Johana Goutte,Catherine Jackson, Antoinette Jung, Philippe Leclert, Philippe Lejeune, Helga Marxmüller,  Joëlle et Jean Libis, Catherine Marlier, Fabienne Mathis, Gérard Minet, Pierre Moënne-Loccoz, Solange Monastir, Geneviève et Ernest Monpied, Jean-Marie Payen, Robert Pinchault, Christian Pineau, Paul Pirot, Colette et Guy Pougnard, Jean-Claude Vidal, Karine Vilanova, Askolds Vilks...

 

Mardi 29 avril 2008,

Velles, 17h.

 

› Les graminées apparaissent (Festuca arundinacea, brome stérile, dactyle, au Parc Balsan, Vulpin des prés à Velles...).
Idée d'une chronique sur l'arête des graminées. Par ex., celle genouillée de l'avoine élevée.

Ecrire tout une chronique entièrement sur l'arête, avec les mots aristé, mutique, etc.

Une déclinaison du mot arête, en même temps qu'une leçon de botanique à la Jean-Jacques Rousseau.
Et ma foi, utiliser ce procédé pour tout le vocabulaire anatomique des fleurs. Par ex. carpelle, et

faire alors une chronique sur un deuxième bouton-d'or, avec ses carpelles libres, etc.

Etablir une sorte de vocabulaire raisonné par le biais des chroniques. Inventer alors une expression du genre vocabulaire chroniqué, glossaire chroniquéen ?

 

› Me remettre à mon herbier des graminoïdes commencé l'automne dernier.
A cet effet, prélevé Festuca arundinacea au Parc Balsan.

 

 

› En profiter aussi pour compléter le fichier botanique, petit à petit (comme je viens de le faire pour les sept stellaires du département, à l'occasion de la chronique sur la star des trottoirs). Idée d'inclure une photo sur chaque fiche de plante. Ce serait moins austère.

 

Mardi 6 mai 2008,

Velles, 18h 05.

 

Notes jetées sur le papier :

les bruns fascinants de printemps : néottie et orobanches

la véronique petit-chêne : la fleur du peintre + le blanc gouaché qui envahit (pour la chute de la chronique)

le bronze des flouves + Ranunculus bulbosus

 

Velles, 22h 30.

› Repensé à la néottie nid-d'oiseau, photographiée par Yvan hier. Brun-beige, brun caramel, en pleine turgescence fraîche. Les brun-beige fascinants de printemps. Idem pour les orobanches, avec en plus des teintes pourpres ou violâtres. Ces bruns fascinent car ils sont hors saison, à contre-mode,

anachroniques dans le vert du printemps et les couleurs vives des fleurs.

Chez Neottia nidus-avis, noter aussi l'harmonie brune et jaune de la plante avec ses étamines.

 

› La véronique petit-chêne :

la fleur du peintre. Et même du peintre débutant, avec son bleu-violet veiné de bleu foncé, son pourtour et son coeur soulignés à la gouache blanche.

Pas la moindre pointe de jaune.

Impression obsédante : le blanc gouaché semble envahir tout le bleu. Impression à exploiter pour la fin de la chronique.

 

› Le pré bronze de flouve odorante. Il n'est pas encore à son apogée. A guetter pour une photo d'Yvan. Souvenir de l'envoûtante ondulation bronze de l'an dernier, monochrome. Comme l'ondulation vieux rose de l'houlque laineuse. Impressions monochromatiques de certains prés, certaines années : le rougeoiement de la petite-oseille, l'or des boutons-d'or, le blanc spumeux des anthrisques, le rose des armérias, etc.

Cette année, association de la flouve et de Ranunculus bulbosus. Bronze et or.

 

Mardi 13 mai 2008,

Velles, 14h.

 

› Rituel du retour : je retire mes trainings, ouvre les fenêtres, me passe les mains à l'eau, bois deux ou trois verres d'eau, jette quelques mots sur le carnet (qui est prêt ouvert, avec le crayon de papier à côté)... et me glisse vers le sauna sur le canapé (tout est prêt également : duvet, serviettes de bain).

 

« entre le rose et le violet,

       il n'y a qu'un ton de différence... »

(Chanté en courant sur l'air de « entre l'amour et l'amitié, il n'y a qu'un mot de différence...(un lit ! Me fait remarquer Isabelle »), pour le polygale – qui peut être rose ou violet, se côtoyer rose ou violet.

Chanter en courant, c'est comme parler en courant : signe que le souffle est bon.

Penser aussi au mot lait pour polygale : plante qui, broutée par les vaches, est sensée leur donner beaucoup de lait !

 

› Dactyle : les mots de la botanique autour des doigts : digitale, digitaire, etc.

 

 

 

Carex riparia, dans le fossé. Les beaux mots de riparius, ripicole (des rives) ≄ rupicole (des rochers).

La rive, la lisière... poésie des bordures.

 

› Le bronze des flouves s'accentue, devient monochrome.

 

› Les fusains « en chenille » : floraison grisâtre, aranéenne. Les fusains « grillent », mais repartent de plus belle, plus vert que jamais. En reprenant la commensalité « fusain-phellin du fusain », risquer une commensalité « fusain-chenilles » .

 

› Deux mots qui sonnent dans ma tête :

« beccabunga » (Veronica),

« otrubae » (Carex).

Etymologie inconnue.

 

Mardi 20 mai 2008,

Velles, 18h14.

 

› Neige-rubis-or : le pré de marguerites, d'oseille et de boutons-d'or (Ranunculus bulbosus).

Un type prairial. Le génie de l'harmonie des couleurs. Une photo pour Yvan.

 

› Le vert bronze des lourdes et nutantes fétuques roseaux, moiré-argenté par le soleil. Cette moirure vient de ce que les épis denses penchent et offrent au soleil une sorte de miroir. L'aspect bronze est donné par le mélange du vert foncé des chaumes et du rougeâtre des épis denses.

 

› L'houlque laineuse est en plein rose gouaché. Guetter ce monochrome prairial. Une chronique sur l'houlque commencera par ce petit texte ancien que j'affectionne :

« Houlques, pâturins et fétuques,

   vous ondoyez au vent en un océan mauve,

   et luisez doucement comme des pétales de rose... »

 

Mardi 27 mai 2008.

 

› Ce matin, belle chronique de Caroline Eliacheff  à France Culture. Elle nous entretient du psychanalyste François Perrier, de son parcours original, de son équipe où... fait unique en psychanalyse ! ... ils n'ont pas fini par se haïr les uns les autres, mais ont continué à s'aimer.

Pensé à Rémy Perrier, l'auteur de l'extraordinaire « Faune de la France illustrée » des années 1920-1930.

 

› A l'exposition botanique, du chèvrefeuille arbustif : le camérisier... qui a tout d'un mot valise.

En fait du grec kamaï : à terre, et kerassos : cerisier. Cerisier à terre, cerisier nain.

 

› L'orage menaçait. Montée et galop des gros nuages noirs... je me suis mis à courir plus vite... très vite. Non point par crainte de l'orage, mais parce que l'ordinateur n'était pas débranché.

Souvenir du footing où l'orage m'avait rattrapé. Je m'étais réfugié dans un hangar à moutons.

 

Jeudi 5 juin 2008,

Velles, l'après-midi.

 

Stage botanique la semaine prochaine, à Azay-le-Ferron : il est maintenu, malgré le faible effectif. Bon, j'en prends mon parti : je bascule dans l'enthousiasme. Peut-être, pour la première fois, ai-je vraiment le sentiment d'avoir une culture botanique. C'est-à-dire une vue suffisamment panoramique de la flore (surtout de la région), qui m'autorise à des vues philosophiques en rapport avec les plantes (un peu comme pour les mathématiques).

Pas question de négliger les graminoïdes pendant le stage. Elles participent de l'initiation botanique à part entière, et les mettre de côté, sous prétexte de leur difficulté, serait aussi aberrant que de « parler bébé » à un petit enfant.

 

Le Tour des Chaumes : vu un bouquet de brize rougeoyante, frétillante au vent, vers l'Etang de la Bataillerie. La brize est vraiment la graminée la plus populaire qui soit. Décliner son joli nom, et toutes ses appellations vernaculaires : amourette, pain d'alouette, etc. (dans une prochaine chronique).

 

Mardi 17 juin 2008,

Velles, l'après-midi.

 

› Les campanules raiponces diffusent doucement. Encore et toujours cette fameuse luminescence, qui n'a de cesse de me fasciner, de m'interroger, de m'étonner. Yvan a parfaitement su la saisir dans son flou photographique.

 

› Les hautes avoines élevées se disputent la palme des hautes têtes avec les dactyles. La grande Festuca arundinacea a pratiquement disparu du paysage.

 

Eloge des lieux piétinés.
Ce pourra être le titre d'une chronique, avec le jonc ténu en exemple. Jouer sur la surprise, sur l'apparent paradoxe d'une « plante aimant les lieux piétinés » . Décliner les valeurs antinomiques des lieux piétinés, et élargir à d'autres lieux hétéroclites insoupçonnés.

 

› L'houlque laineuse : son vieux rose se cuivre, « se cupréuse » . Une nouvelle émotion à ce brusque changement de paysage floral. Une nouvelle réflexion sur le temps et l'espace.
J'entendais récemment à France Culture un prof de philo qui proposait de mettre au rancard « Le temps et l'espace » ... lui-même ne sachant toujours pas le définir !

Foutaise ! S'il est en effet impossible de le définir, il y a pourtant mille et une façons de l'approcher, de l'explorer, et c'est ce qui compte. La brusque transformation des paysages végétaux en est une. Pour qui est attentif à la flore, ce sont des milliers « d'espaces-temps » différents du nôtre qui viennent s'offrir à notre perception, à notre réflexion, à notre subjectivité, et s'insérer dans notre expérience globale du temps.
La flore nous comble d'une fabuleuse panoplie, esthétique et poétique, de temps dissemblables du nôtre. Il y a une chronique à écrire sur ce beau sujet. Je l'effleurerai prochainement avec le polypore soufré, en mettant toutefois plus l'accent sur une sorte de philosophie de la connaissance :

« qu'est-ce que peut être la connaissance – au sens initiatique du terme – à partir de la reconnaissance d'un champignon dans tous ses états, à tout âge de sa vie, qui se métamorphose de la jeunesse à la vétusté ? »

 

Ce matin, Caroline Eliacheff à France Culture. A nous faire sourire avec quelques perles collégiennes ou lycéennes :

un losange est un carré tout déformé,

un polygone est une figure pleine de coins,

des atomes qui se rapprochent sont... des atomes crochus !

 

Idée de faire des autoportraits photographiques à mon retour de footing : en sueur et dans mes vieux habits.

 

 

 

Dimanche 29 juin 2008,

Velles, l'après-midi.

 

Blondeur rose : les prés à flouve odorante et houlque laineuse sont maintenant d'une blondeur rose, avec les quelques taches lie-de-vin de l'Agrostis capillaris.
Souvenir d'un texte écrit en 1985 : « Blondeur rose » : portrait d'une femme, avec en toile de fond les réminiscences d'une traversée en bateau vers l'Angleterre (adolescence)... pendant laquelle j'avais rencontré une jeune fille blonde aux joues roses, et dont longtemps j'ai gardé le goût de « vomis à la fraise » de ses lèvres vermeilles.

Blondeur rose n'est pas blond et rose ici, pour les prés d'houlque et de flouve ... mais « blondeur attisée par le rose et rose attisé par la blondeur » (ce qui fut le cas pour le portrait de cette femme), ou encore « fondu blond-rose », émanant des flouves dorées et des houlques dont le rose jaunit.

Cette évolution est une facette de plus dans la réflexion sur le temps et l'espace (voir notes précédentes).

 

« Qui a laissé traîner son mouchoir de poche vert-jaune sur le talus ? »

Carré vert-jaune des feuilles du brachypode penné. Cette graminée se reconnaît immédiatement, même avant floraison, par cette couleur vert-jaune qui fait tache dans le paysage. Une facette de plus à cette belle thématique de la reconnaissance des plantes dans le paysage à un moment précis de leur végétation.

Souvenir de cette première impression dans les Monts du Roannais, entre Saint-Symphorien et Tarare, lors de ma route vers Isabelle, en février : les merisiers en fleur se détachaient en taches blanches dans le rosâtre des forêts de hêtres encore nus d'hiver ou dans le vert sombre des conifères. Belle idée que celle d'une plante qui se dévoile au moment de ses amours.

 

› La fine dentelle d'Agrostis capillaris – et des Agrostis en général. Les graminées les plus fines qui soient. Une chronique à articuler, à la fois sur la dentelle et sur le mot « fine » : fine (eau-de-vie), fine fleur, fine de claire, etc.

 

La chimie et les champignons : demander à Yvan une photo d'Hapalopilus rutilans (récolté à l'Etang), sur lequel je ferai passer des vapeurs d'ammoniaque et qui deviendra violet.

 

…/…

 

Jeudi 3 juillet 2008,

Velles, le soir

 

C'est en général vers le milieu du parcours que les idées commencent à fleurir. Avant, il y a les maisons et les chiens aboyeurs à passer, et l'angle de la ferme jaune pisseux de désherbant qui me fait toujours maugréer.

 

› Le trèfle blanc ou trèfle rampant, qui repousse sur les parties fraîches, là où l'herbe a été tondue. Demandé à Yvan une photo dans l'idée du chiné blanc et brun de ce trèfle. Mais une autre idée plus porteuse : la reptation chez les plantes.

Trèfle rampant, bugle rampant, renoncule rampante, linaire rampante, etc.

Fascination des botanistes pour le rampant ?

Et cela tombe bien, car j'ai croisé la vipérine (une prochaine chronique en vue).
A rattacher aussi à : « avec l'âge, on se reptilise... » de Notes Fortes ?

Une trilogie :

reptation chez les plantes

vipérine

on se reptilise

 

Les évolutions de forme et de couleur chez l'houlque laineuse.
Un beau sujet, surtout dans cette synchronie de mouvement « forme et couleur » :

forme : inflorescence d'abord resserrée dans son étui, puis s'épanouissant en panicule, et enfin se rétractant et se resserrant à nouveau le long de la tige avec l'âge.

Couleur : violacé lie-de-vin, vieux rose, puis blanchâtre verdâtre.

 

› L'houlque molle, qui vient sur les sols acides, n'est laineuse qu'au genou. Se saisir du mot « genou » . Un mot « foncièrement botanique » (plus que « coude »), intégré par exemple dans les noms de genre : Polygonatum, Polygonum (grec « gonu » : genou).

Dans le vocabulaire botanique, aussi : genouillé ou géniculé (un chaume, une arête, etc.).

 

Chaque footing est scellé sur mon « agenda « semaine planifiée 13 », papier bible, au crayon de papier. Mon agenda est un mini-journal, qui me permet de retrouver immédiatement le jour et la date de certaines activités. Je suis perdu sans lui.

 

Mardi 8 juillet 2008,

terrain de camping Le Grand Bois, Le Pontet (Avignon),

 

Rattrapage n°1, du mardi 7 novembre 2006 (carnet « Journal des chroniques Fonge et florule » 1, page 20).

› Les fusains : de magnifiques en fruit, sur tout le parcours du Tour des Chaumes.

Décliner le mot fusain : fuseau, fuser, fusoïde...

Le rose bonbon.

Non point « bonnet » (d'évêque), mais « mitre ».

Evoquer son polypore commensal : Phylloporia ribis.

› Prévoir une chronique sur les chênes sessile et pédonculé.

› Le hêtre : le mordoré.

› Pour l'hiver :

Phellinus tuberculosus (sur la branche de mirabellier coupée). A faire photographier par Yvan.

Phellinus robustus, tuberculosus.
Perenniporia fraxinea
(à rechercher dans Châteauroux).
Ganoderma applanatum.

 

Rattrapage n°2, du jeudi 30 novembre 2006 (carnet 1, page 50).

En faisant mon footing, je pensais :

› Etablir la liste des mycologues de « l'Histoire de la mycologie » (bulletins SMF, Champignons Magazine).

› Confectionner un tableau à double entrée pour toutes les références utilisées. Une entrée avec le titre de la chronique, et des entrées avec :

référence littéraire (écrivain, extrait, oeuvre citée)

référence mycologique (idem)

référence botanique (idem)

références autres (idem).

 

Rattrapage n°3, du mardi 12 décembre 2006 (carnet 1, page 63).

Retour de footing, mots jetés sur le papier, avant le sauna dans le canapé :

-index des chroniques (comme dans « Cher Cahier »)

-chroniques évoquant Bachelard, ou en rapport avec sa poétique des éléments

-des titres :

Le Noël du petit-houx

Le ménage n'est pas souvent fait (pour l'odeur de poussière de Cortinarius olidovolvatus). Ou : La poussière sent bon dans la nature.

Champignons à odeur de farine

 

Velles, 17h 25, je reprends mes notes jetées sur le papier :

› Etablir un index pour les chroniques dans le bulletin AMI n° 15, avec toutes les entrées possibles, à la manière de Philippe Lejeune dans « Cher Cahier ».
› Proposer éventuellement à Jean Libis des chroniques inspirées de Bachelard pour le bulletin des Amis de Gaston Bachelard : la salicaire, le clitocybe nébuleux, etc.

› Des titres...

« Les poussières ne sont pas souvent faites chez Cortinarius olidovolvatus » ...

› Ecrire des chroniques sur les odeurs chez les champignons : farineuses, raphanoïdes, alcalines, etc.

› Faire une chronique entièrement basée sur les suffixes « oides » et « opsis » : semblable à – dans l'optique plus large du simili, du faux-semblant, de la duperie... chez les champignons (un des importants volets dans « Les champignons et la littérature » de « La Bibliothèque » de Jean Libis.)

 

Rattrapage n° 4, du mercredi 27 décembre 2006, à Lambersart (carnet 1, page 77).

Beaucoup de chroniques sur le rouge, depuis le début. Une manière de tourner autour de la poétique du rouge, que je voulais aborder avec les gros bolets saignants. Une manière d'appréhender les multiples facettes de ma fascination pour le rouge.

Je me sens mon propre critique littéraire : j'ai toujours eu le fantasme d'allier, de réunir en moi-même ces deux volets : l'écriture et la critique littéraire ; l'écriture et la lucidité sur ma propre écriture ; l'analyse imbriquée directement dans l'acte d'écriture.

Ainsi, dans le texte sur le petit-houx, je ne souhaitais pas aborder le sang, la goutte de sang – procédé trop facile d'une part – et surtout envie de me la réserver pour la pézize écarlate dans la neige : gouttes de sang dans la neige d'un « roi sans divertissement » de Giono.
Dans « Le petit-houx », j'ai tout de même fait allusion au sang, mais d'une manière très métaphorique : ce rouge qui nous fouette le sang en hiver d'un formidable éclat de lumière, de gaieté, de vie !

Je vais relire « Sur les falaises de marbre », d'Ernst Jünger... le sang n'a pas fini de couler...

 

Rattrapage n° 5, du mardi 16 janvier 2007 (carnet 1, page 94).

› Les ficaires, déjà. Chronique toute prochaine.

› Une chronique à prévoir sur les tiges ailées (orme ou érable champêtre).

› Une chronique sur la tératologie (avec mes notes de Paris, du musée de Paléontologie du Jardin des Plantes, et en y incluant les « livres monstres » d'Etienne Cornevin)

› Ecrire une chronique sur l'emploi des binômes latins.

Mention d'un écho de Catherine Marlier dans une lettre du 16/01/07 :

« J'ai remarqué le nom original de ta rubrique « Fonge et florule » ...

Dans « fonge », il y a comme une idée d'enfouissement dans la terre, ou plutôt comme une bête qui fouillerait la terre de son naseau, et dans dans « florule », une idée de petitesse, de légèreté, d'élévation. »

 

Rattrapage n° 6, du mercredi 31 janvier 2007, Velles 9h (carnet 1, page 108).

Hier footing, et bien sûr quelques inductions.
Après Pulcherricium caeruleum, les 3 chroniques pourraient être :

la ficaire, cette première fleur pré-vernale ; un bouton-d'or au sens large,

Stereum hirsutum, avec l'entrée humoristique de Jacques Boidin : « c'est plein de trous... je n'en veux pas ! » ,

le frêne en hiver ; ses bourgeons noirs ; les toponymes en rapport avec le frêne.

 

Rattrapage n°7, du mardi 6 février 2007 (carnet 1, page 116).

Repensé à l'index. Y ajouter :

lieu précis,

lieu d'évocation, de souvenir + invitation à la balade, à l'admiration + protection de la nature protéger, à ne pas cueillir, etc.).

Etablir aussi un index de « L'amateur de champignons », de Paul Dumée.
Mais avant, une bonne salade du jardin !

Reçu le premier « Libération » de l'abonnement d'Isabelle. Je l'ai parcouru. Ce monde terrible dans lequel nous vivons. Se tenir rigoureusement informé ? Agir ?

Je me dis que ma modeste action à travers les Chroniques s'articule autour de deux points : nature et culture :

› Le respect des humains les uns envers les autres passe obligatoirement par le respect de la nature, de l'environnement, de la vie animale et végétale dans ses manifestations les plus ténues.

Et l'harmonie, la symbiose avec la nature – et non l'adversité – sont source d'équilibre, de bien-être, qui permettent de bien vivre avec nos semblables.

› Le progrès humain – d'humanité – passe par la culture. C'est par la culture qu'on s'ouvre à la diversité humaine. Que l'on développe notre esprit critique – et notre propre épanouissement, lequel nous rend tolérant et attentif envers autrui.

Les Chroniques ont l'ambition de présenter une dimension culturelle : par le langage en premier lieu, mais aussi par la science qui affûte l'esprit contre les a priori, contre les idées toutes faites... qui incite à observer, à se méfier des fausses évidences, à appréhender la diversité du vivant, à devenir humble.

 

Rattrapage n° 8, du mardi 13 février 2007 (carnet 2, page 6).

J'ai établi une liste de paramètres pour l'index analytique, que j'ai appliqués aux 23 premières chroniques :

référence à un mycologue, à un botaniste, référence littéraire, références autres, extrait d'oeuvre, réflexion sur l'existence, pédagogie, histoires et anecdotes, nombre de champignons ou de plantes décrit(e)s, étymologie, noms vernaculaires, vocabulaire spécifique, bestiaire, couleur (dominante ou discrète), invite à la balade, à l'admiration, protection de la nature, lieu précis, lieu de l'enfance, souvenir d'enfance, ouvrage(s) cité(s) en fin de chronique, comestibilité, toxicité, langage du corps, symbolisme sexuel, registre ecclésial, mythologie, anthropomorphisme, déclinaison d'un mot, etc.

Par exemple, en ce qui concerne le bestiaire, sont déjà mentionnés :

le boeuf, le chat, la limace (chronique 4),

le cochon, le loup (6),

le mouton, la chèvre, la vache, le chamois, le hérisson, l'oursin (12),

le grèbe à cou noir, le pivert, la poule d'eau, le poisson rouge (17),

l'omble chevalier (21),

le poulpe (22).

A propos de l'index, je mentionne une réponse de Philippe Lejeune :

« Merci, cher Richard, pour ton riche envoi. J'imagine que tes chroniques, provisoirement et parallèlement recueillies dans le n° 14 du bulletin, finiront par former un petit volume autonome – d'où l'index. Comme j'adore les index, je suis tout à fait ravi de voir qu'il en pousse même sur les champignons – et ta référence à « Cher Cahier » m'a fait encore mieux sentir l'analogie entre les champignons et les journaux – d'autant plus que tes chroniques sont elles-mêmes des journaux.

L'expérience est-elle prévue pour durer plus d'un an ? Je l'espère ! Et qu'un nouveau cycle commencera en septembre 2007, sur les traces du premier, avec rétrospection.

Amitiés.       Philipe »

Rattrapage n° 9, du mardi 6 mars 2007 (carnet 2, page 53).

Après footing, notes en nage et en vrac :

Titre pour la véronique de Perse : « La fleur et son mystère » (après avoir abandonné : « La mystérieuse étymologie de la véronique de Perse », « Les mystères étymologiques d'un fleur », etc.
Placer en épigraphe les deux versions étymologiques : celle de Couplan et celle de Ferrari. Puis avouer que j'opte pour celle de Ferrari : « Veronica : plante dédiée à Sainte Véronique qui essuya le visage du Christ avec son voile, lequel en garda l'empreinte : allusion au fait que les véroniques ressemblent légèrement à un visage ». J'opte pour cette étymologie « sans remise en cause » ... à

cause de la « ressemblance au visage ». N'écrivais-je point, dans mes Notules botaniques de 1991 :

« Sourires-corolles des véroniques petits-chênes...

ce sont des dizaines de petits visages qui se lèvent vers nous ! » .

Autre piste pour la chronique : les véroniques ont besoin de soleil (que le soleil brille) pour s'ouvrir. Besoin d'êtres séduites et caressées par le soleil.
Ecrire aussi un « Eloge du footing ».

 

Rattrapage n° 10, du samedi 10 mars 2007 (carnet 2, page 60).

Après le sauna...

› Bientôt l'asphodèle – fleur emblématique de la forêt de Châteauroux. A ne pas manquer. Référence à l'asphodèle de «Délire et rêves dans la Gradiva de Jensen », de Freud.

  • + l'euphorbe d'Irlande, vert-jaune fluo, compagne de l'asphodèle. Latex blanc des euphorbes, abrasif, qui raye les rêves de lait.
  • Stellaire holostée : les talus en sont pulvinés.
  • Les carex : la poétique de la ligne.
  • Les aubépines de Proust : les ponctions dans la littérature sont vitales.
  • L'orchis-bouc de Maeterlinck.

Lu le début sur les Crucifères à Isabelle. Cela lui a plu.

 

Rattrapage n° 11, du mardi 20 mars 2007 (carnet 2, page 76).

Les trois chroniques à venir pourraient être le vulpin des prés, la pulmonaire à longues feuilles et l'asphodèle.

Pensé aussi aux « brachycéphales » d'Etienne Cornevin, que je pourrais greffer dans une chronique sur le brachypode penné. Et « Brachybouzou ! » ferait un bon juron pour le capitaine Haddock !

 

Lettre à Nicolas et Isabelle (Faraut, Courtois) :

« bien chers Isabelle, Nicolas et les enfants,

une chronique (la bourse-à-pasteur) retranscrite – pour la première fois ! ... parfaitement !

Ah non ! L'incontournable petit coup de griffe de la NR : « Yvan » ... transformé en « Yves » !

Etienne Cornevin m'invite à participer à sa 6° journée du « livre monstre » à l'Université Paris VIII, sur la thématique cette année de « l'écriture brève » . Une vingtaine de minutes pour parler de mes chroniques, au milieu d'interventions diverses qui seront sûrement passionnantes (ci-joint l'annonce). Je resterai donc à Paris – dans le prolongement de Verrières-le-Buisson – un jour de plus. Vous serez bien sûr les bienvenus à cette journée... » .

 

 

Mercredi 16 juillet 2008,

Velles, 16H46.

Notes jetées sur le papier :

monochrome des bruns

l'agrostide capillaire encore rouge

le 4° âge des fleurs, momies de plein air

épilobe hirsute

ivre de fatigue

lettre de Catherine Jackson + échos d'Anne-Marie

 

Reprise de ces notes :

› Le monochrome brun des graminées.
Les graminées (la plupart) ont terminé leur floraison et sont sèches. Tous les gradients de beiges et de bruns dans les prés, du blanc argenté au brun caramel foncé, en passant par les blonds. Parfois, encore quelque nuance de rose qui traîne.
Bien sûr, reconnaître les graminées dans ce monochrome demande encore plus de dextérité.

 

› L'agrostide capillaire (la dentelle du bord des routes), encore rougeoyante et frémissante. Bon pour la prochaine chronique.

 

Les fleurs du quatrième âge. De belles notations à écrire sur ce beau sujet.
Exemples :

Le bouillon-blanc en grand cierge tortueux et noirâtre,

l'Onopordon acanthium, qui émerge au-dessus des blés, et penche ses « têtes beiges et momifiées de chardon » (photo d'Yvan),

la cardère, sèche et magnifiquement graphique (photo d'Yvan aussi), etc.

Très beau sujet esthétique. Et évoquer cette momification de plein air, naturelle. On n'a pas conscience de toutes ces momies naturelles et fantastiques à la portée de nos yeux !

 

› L'épilobe hirsute fleuri. Mais à garder pour la fin de l'été, quand la plupart des fleurs auront disparu... et que l'épilobe trônera encore, avec la salicaire.

 

› Reprise du footing après l'interruption des vacances à Avignon... + chaleur : j'étais ivre de fatigue à la fin. Un peu de marche. La volupté de l'ivresse de la fatigue, avant l'épuisement total.

 

› Repensé à la lettre de Catherine Jackson (du 6 juin 2008), à son enthousiasme pour le mot anglais « footing » et son lien avec « fooding ». Si belle lettre, que je la recopie ici :

 

« Cher Richard,

je reprends tes deux grandes enveloppes, qui m'accompagnent, du pied du lit et de sac en cartable – et bien sûr dont la lecture décante quelque part en pensée.

J'ai un souvenir très précis et vivace de ma première lecture de Notes de Footing. L'intitulé d'abord : j'ai presque ri, d'emblée « en course ».

D'ailleurs ces mots accolés, cette collusion, continuent de « fonctionner » pour moi.

A participé aussi de ce sourire d'étonnement, de bonne surprise, le présence, rare me semble-t-il dans tes écrits, d'un mot anglo-saxon.
Même concision que pour Notes Fortes.

Donc, il était tard, et je lis  (après la joie du courrier double face : pile/Richard, face/Isabelle (ou l'inverse), des deux chroniques (spéciales), du beau AMI rouge),

je lis N de F. Et le plaisir dure, je sens comment s'enchaînent, se déroulent, se relient tes activités, intérêts et écrits.

Cette lecture me provoque une belle insomnie, où mon esprit échauffé fait écho aux mots lus, aux images provoquées, aux entrelacs.
Je note quelques mots rapides au dos de l'enveloppe. Et pendant plusieurs jours cette petite balle d'effervescence perdure.

Le footing (j'aime cette forme « progressive », qui n'existe pas en français) – piiiiied piedpiedpied.

Fleur = pied/racine, air + mouvement...

Le footing, comme un voyage dont tu rapportes  germes, de la matière travaille ainsi entre ciel et terre.

Puis : fooding = nourriture.
Et bien sûr je me suis endormie avec la « fleur de givre » (pour la star des trottoirs), comment se forme la fleur de givre, expliqué par Jacques Roubaud.

Curieusement je n'avais pas particulièrement relevé le terme de « rattrapage », ni cette idée (qui là m'enchante) de numéroter les rattrapages... « former des couches superposées » .

C'est dans ton dernier envoi, la version 2 de tes N de F. que je le relève.

Un jeudi humide, gris, de juin, quelques semaines plus tard.
Donc je reprends les deux versions de tes Notes de Footing. La V1 et la V2, qui se poursuit avec le 2/4/8...

J'ai relevé des changements de temps (de l'imparfait au présent), des interversions de paragraphes, une attention manifeste à la rédaction dans la V2...

(V1 : « afin de retomber sur mes pieds »

 V2 : « afin que je retombasse sur mes pieds »).

Bien sûr que je souhaite les éditer dans NOTES. Tes notes innervent le bulletin.
Tu accepterais la V1, avec la deuxième partie de la V2 (qui est proche d'une liste de projets en cours ou à développer) ? Tu me diras. Où en sont tes rattrapages ? ... 

Catherine ».

 

Pensé aussi aux échos d'Anne-Marie Chauvignat (qui suit mes chroniques sur le blog)... échos particulièrement limpides.  Notamment l'écho sur les 8 carex, et celui sur les 3 orchidées :

« La parure :

Le voici le joaillier !

Les voici les trésors ! Bel écrin pour ta parure de huit carex !

C'est écrit avec le sourire, ça se sent. Tu aimes les carex, même si je le sais, ça se sent. Tu les connais botaniquement bien, ça se reçoit sans peser du tout, ça donne envie d'en savoir plus. Tu es présent et réuni dans ta page. Tu as envie de partager avec nous et nous le recevons. Tu devrais avoir des échos/surprises de gens ouverts intéressés sans pour autant être des botanistes. C'est le cadeau que je te souhaite.

Et aujourd'hui 19 juin, je lis quelques mots sur « l'émeraude des philosophes » . Belle alchimie de l'esprit humain contemplant les carex !

Brive, le 18 juin 08 »

 

« Anacamptis pyramidalis :

Quel beau sujet de conte : les trois orchidées, le serpent et la fée électricité ! Beaucoup à dire suivant qu'on donne plus ou moins d'importance à l'un ou à l'autre, qu'on met en avant tel ou tel aspect et qu'on brode sur différentes interactions. Que seraient les orchidées et le serpent sans la conscience du promeneur qui les a découverts !

Le Chauzanel, le 28 06 08 »

 

Samedi 19 juillet 2008,

Velles, 16H 32.
Notes jetées sur le papier :

locomotive – endurance + chroniques

foot sous le soleil, footing par tous les temps (pas de plages convenues)

angéliqueberce

les 5 Agrostis : ouverture et rétraction de la panicule

« l'homme aux mots croisés »

 

Reprise (le lundi 21/07) :

Je suis une locomotive. Je cours comme une locomotive : mes jambes, ma poitrine, ma respiration, entraînent mon corps d'un pas régulier et puissant, que rien n'arrête (volupté pour l'esprit).
Plus que jamais, j'aime l'endurance. Et mes chroniques elles-mêmes, depuis deux ans, ne sont-elles un parcours d'endurance ? (je n'ai jamais manqué un seul jeudi !).
Aujourd'hui, footing en plein après-midi, sous le soleil et la chaleur. Et qui plus est... « embibendum-capitonné » ! (de bibendum et capitonné) dans ma vieille veste verte.

Je suis homme des « plages de temps non convenu ». Je ne choisis pas de courir spécialement à la fraîche le matin, ni le soir. Je peux courir en plein midi comme à minuit, sous le soleil ou sous la pluie. En montagne, c'était pareil : je ne me suis jamais aligné sur les « purs et durs » du « départ  deux heures avant l'aube » .

 

› Un massif d'angéliques sur le parcours du Tour des Chaumes.

Angéliqueberce.

L'angélique vient dans les lieux mouillés, a des ombelles rondes, de grosses gaines rondes et n'est pas velue. La berce, au contraire, est plutôt une plante des lieux secs, a des ombelles plates et est très velue. Par ailleurs, le mot « angélique » est un mot à sonorité mouillée (et non la berce).

Un lien à faire, d'une part avec les mots mouillés de « La Bibliothèque » de Jean Libis, et d'autre part avec l'extraordinaire passage sur le glaïeul dans « L'eau et les rêves » de Gaston Bachelard... où le mot glaïeul « s'est moulé aux sonorités aquatiques du ruisseau » .

 

› Les 5 Agrostis du département de l'Indre : un des critères de différenciation des espèces est « l'état de l'inflorescence » après la floraison : rétractée ou étalée. Un exemple de plus pour la belle thématique de « l'évolution des formes chez les graminées ». Remarqué aussi combien Phalaris arundinacea était méconnaissable (rétracté et jaune), après la floraison.

 

« L'homme qui parle fort » au restaurant de la Cité Administrative de Châteauroux... et qui s'est exclamé un jour : « Mais je vous reconnais... c'est vous qui écrivez les articles tous les jeudis... je n'en manque pas un ! ».
J'ai compris le pourquoi de son intérêt pour mes chroniques : il est un cruciverbiste acharné. Il fait tous les mots croisés de la NR... et c'est naturellement qu'il s'est tourné vers moi l'autre jour quand il n'arrivait pas à terminer sa grille.

 

Vendredi 25 juillet 2008,

Velles, 18h 47.

 

› Pour la chronique sur le trèfle blanc : « la reptation chez les plantes », insister davantage sur le rêve de reptation : se mettre à plat ventre dans l'herbe, s'abandonner de tout le plat de son ventre, s'écraser au sol de tout le poids de son corps, par les parties intimes et chaudes que sont le ventre et la poitrine, les viscères et les poumons. Quitter la stature debout, et s'abandonner à la terre d'où l'on vient, à la régression vers l'état reptilien. Mouvements lents (ou rapides) de reptation, arrêt... se chauffer au soleil...

J'avais évoqué le rêve de volubilité, de vol (dans « Le liseron des haies »), mais pas encore celui de reptation.

 

› Triple synchronie aujourd'hui :

mon footing,

le tour à vélo d'Isabelle,

la tarte à la tomate qui cuit dans le four.
J'arrive en même temps qu'Isabelle, et la tarte est cuite.

 

Lundi 4 août 2008,

Velles, 16h 18.

 

› Prochaine chronique : la bruyère cendrée. La centième ! Pour cet anniversaire, la soigner particulièrement. Des pistes :

La métonymie : entamer la chronique par la définition de cette figure de style ; relater le transfert du signifié premier : «lieu où poussent les bruyères » vers le mot désignant la plante elle-même, et par juste retour métonymique, vers le lieu (avec terre de bruyère, ou coq de bruyère).
Un magnifique exemple aussi, bien du Berry, avec le mot « brande » (à la fois lieu et bruyère-à- balais). Peut-être une occasion d'évoquer « Dans les brandes » de Maurice Rollinat ?

Analyser le mot « bruyère » au filtre de la subjectivité, et lui appliquer le même mouvement d'adoucissement sonore que celui « pratiqué par Gaston Bachelard sur le mot glaïeul* ». Les étymons à résonance dure que sont  « brucaria » et « brucus » ... auraient glissé vers la douceur du mot « bruyère », mot à sonorité bruissante, murmurante comme un vent coulis (car le rose de la bruyère est doux, comme sont doux les paysages « enrosis » de bruyère)...

* Le mot « glaïeul », issu de la dureté piquante et acérée du glaive... s'est naturellement coulé aux sonorités liquides du ruisseau... est devenu « un demi-deuil de l'eau mélancolique » (« L'eau et les rêves », page 256).

 

Herbier :

je renonce à commencer maintenant l'herbier des Ombellifères, et ce pour la raison suivante : il faut des feuilles grand format pour ces belles grandes fleurs !

Pas de précipitation, donc. Cet herbier demande une entrée « en Ombelliférologie » (déjà ébauchée, certes, mais non profondément engagée). A cet effet, j'ai bien sûr sous la main la mine d'or des « Ombellifères de France » de Jean-Pierre Reduron, en cinq volumes.

Je ferai également un herbier des « liguliflores jaunes ». J'aime cette belle expression, et ce groupe particulièrement complexe, qui requiert aussi une entrée initiatique (ce qui sera possible grâce à l'ouvrage de Robert Portal).

 

› Vu Bromus asper hier, à vélo avec Isabelle, sur le parcours des « Eaux Vives », juste après le virage du petit bois où Yvan avait photographié la loupe du charme et la violette hérissée. Une belle émotion à la vue de ce grand brome aux allures de Carex pendula : longue courbe flexible et oscillante, lestée par la suspension des épis pédonculés. Toujours cette fascination pour cette suspension oscillante, sur laquelle il faudra encore et encore que j'écrive.

Trop tard pour la mise en herbier de ce brome, car les épis sont trop mûrs et s'effritent.

 

Graminoïdes :

ce beau mot englobe les Graminées = Poacées, les Cypéracées et les Joncacées.

Mais n'est-il pas improprement employé pour les Graminées à proprement parler, qui ne sont pas des graminoïdes – c'est-à-dire textuellement des « plantes semblables à des graminées » - mais des graminées à part entière ?

(L'assimilation demeure cependant fort commode.)

 

› La menthe pouillot pousse sur l'herbe rase de Carole et Yvan (proposer une photo à Yvan). Jolie petite menthe à l'odeur très particulière et prononcée « d'alcool de menthe » . Rapport avec le pouillot véloce ?

 

« Je pense (comme) Tintin » :

En rentrant de footing, je me suis exclamé devant Isabelle :

«  Y'a pas à Tortilla del Rodrigo ! » ...

et elle m'a soupçonné d'un nouveau délire verbal, d'une nouvelle invention de mon cru.

En fait, c'est ce fichu satané perroquet de « L'oreille cassée » qui en est responsable... à hurler ses invectives : « Carramba ! Encore raté ! » ... « Rodrigo Tortilla, tu m'as tué ! ».

 

 

Mort de Soljenitsyne (samedi 2 août, à l'âge de 89 ans). J'en suis affecté. Lectures de jeunesse, émouvantes et importantes, du « Pavillon des cancéreux » et de « Une journée d'Ivan  Denissovitch » – qui fut un livre phare pour Madame Letouzey.

 

Samedi 9 août 2008,

Velles, 16h.

Notes jetées sur le papier :

Le brachypode penné orangé

Ma flamme olympique

Lieu soumis à l'inondation hivernale

Le facteur de Tournier

Les graminées d'arrière-saison

La solanelle douce-amère

L'épilobe hirsute

 

Reprise de ces notes le mardi 12 août, à Pranles (Ardèche), à 14h 53.

Brachypodium pinnatum orangé.
Cette graminée des talus calcaires est passée du vert-jaune à l'orangé (orangé des chaumes et des épis dans le mûrissement de l'âge) ; le vert-jaune des feuilles demeure, mais il est un lit aplati au sol, qui passe presque inaperçu.

Un bel orangé tendre, que je n'avais pas remarqué les années précédentes.

J'en profite aussi pour constater que le vert-jaune, si caractéristique des feuilles de Brachypodium pinnatum, n'est pas absolument constant, qu'il évolue un tantinet dans le temps (le vert-jaune est particulièrement spectaculaire en dehors de la floraison : avant et après).

D'une manière plus générale, noter la subtile évolution des verts chez les graminées. Le glauque, par exemple : en ce moment, la coulée très glauque des phragmites non encore fleuris ; ensuite, le glauque s'atténuera. Idem pour le vulpin des prés, dont le glauque de début de floraison s'atténue ensuite en vert banal.
« La valse des verts » pourrait être le titre d'une chronique.

 

› Au niveau du lieudit « Les Sapins », cueilli une touffe de sétaire dans un potager inculte d'un an ; pumila ou viridis ?

Je l'emporte et cours avec, comme avec la flamme olympique... que je déposerai en arrivant dans la mare aux poissons rouges.

 

Graminées qui affectionnent les « lieux soumis à l'inondation hivernale ».
Relevé cette étonnante et belle expression chez Corillion (pour Setaria verticillata, Panicum capillare, etc.).

Cette singulière formule pourrait être le point de départ d'une chronique sur Panicum capillare, en l'intégrant d'une manière plus générale à « l'incongruité des milieux » :

lieux piétinés pour Juncus tenuis, Agrostis capillaris...

lieux bousculés (dunes mouvantes) pour le panicaut des sables,

lieux arrosés d'urine, etc.

 

› Au départ du footing, je me dis quelquefois : « et si cette fois-ci aucune pensée ne me venait ? » .

Et j'associe alors cette « légère inquiétude », en souriant, à une anecdote contée par Michel Tournier, dans « Journal extime », me semble-t-il :

un jour, par exception, le facteur frappa à sa porte : c'était pour lui dire... « qu'il n'avait pas de courrier  aujourd'hui ! » .

 

› Les graminées d'arrière-saison : ce sont des adventices, des opportunistes, des invasives, souvent : la digitaire sanguine, les sétaires, l'oplismène crête-de-coq, etc.

Elles s'installent sans gêne, sans vergogne, dans la sécheresse de l'été, les terrains incultes, les champs après culture... bref, après la pousse des graminées qui « sont bien du pays ». Elles viennentcomme « manger les restes du festin ».

 

› La solanelle douce-amère – avec le superbe contraste violet-orange de sa fleur : une chronique prochaine possible ? Mais aussi Epilobium hirsutum, dont j'ai la photo ?

 

Mercredi 27 août 2008,

Velles, 16h 11.
Notes jetées sur le papier :

Eloge des liguliflores jaunes... ligule, labelle, langue, langue sexuée

Le penchement : humble ou mélancolique (Endymion nutans), ou inclinaison amoureuse

Spiranthe... la spirale, le tournis

Sporobolus tenacinus : bitumophile. Bétume, bitumeux...

Lettres de Jean Libis

Une liguliflore par jour ; été

Footing = une page d'écriture

Amanita rubescens

Polycéphale ; monocéphale, brachycéphale ; céphalophore entêté

Cicatrisation de la nature

Fragment sur le footing

 

Samedi 30 août 2008,

Velles, 6h 45.

Reprise des notes du 27/08.

 

› Eloge des liguliflores. D'abord, le beau mot de « liguliflore » (je pense au « Flore » de Sartre... un autre café érudit pourrait s'appeler « Le liguliflore » !).
Astéracées aux capitules composés uniquement de fleurs en ligule, en languette... en petite langue : les liguliflores des « langues sexuées ! »

Les liguliflores jaunes, « toutes semblables », trompeuses, multiples, complexes... et qui nécessitent une véritable « entrée en connaissance ». Après cette initiation, tenter de les appréhender par leur allure, leur manière de se tenir... par leur habitus.

L'éloge portera aussi « l'estivalité » de ces fleurs, la lumière jaune qu'elles apportent au bord des routes, dans les terrains vagues, sur les trottoirs, dans le béton.

Après le stage de Meymac, idée, envie de déterminer une liguliflore par jour.

 

Sporobolus tenacinus = indicus, sur le parcours du « Tour des Chaumes », avec la particularité de se tenir en fine lisière, entre l'herbe et la route. Une graminée (indienne) qui semble « attirée par le bitume » ... « bitumophile » ... et dont les chaumes sont rigides, durs comme du béton.

A l'instar de ces graminées adventices d'arrière-saison : sétaires, digitaires, Echinochloa... elle ne craint ni la chaleur, ni l'homme, ni le bitume.

Pense aussi aux beaux mots de « bitumeux » et de « Bétume ».

 

› La spiranthe d'automne à aller voir – et à faire photographier par Yvan – aux « Grands Chênes ».
Une chronique à prévoir sur cette petite orchidée. Partir de la spirale, de ce mouvement si fascinant, qui donne le tournis, qui aspire vers le haut (ou le bas), qui « phagocyte » vers le haut(ou le bas !). Qui conduit l'humain à sa perte... physique et surtout mentale ?

 

› Reçu une deuxième lettre de Jean Libis sur les 12 premières pages de Notes de footing.

Deux superbes lettres, où Jean mentionne une fois de plus ce qu'il considère comme « mon rapport intime et privilégié entre les mots et les plantes ».

Extrait de ces lettres :

« Les Notes de footing pour des milliers d'ouvertures sur les mots et les choses, les couleurs et les sons. Elles pourraient susciter de passionnantes gloses, qui viendront peut-être en leur temps. »

(08/08/08).

« J'escomptais commenter un peu ton dernier envoi – Notes de footing – mais décidément il est trop riche, trop profus, trop captateur (sauf peut-être la première page, un peu confuse pour le lecteur).
De plus en plus je suis absolument fasciné par le réseau que tu tisses entre les mots et les plantes. Il y a – et je le dis sans flatterie – quelque chose de complètement original dans ta démarche. A titre d'exemple, le paragraphe intitulé « Blondeur rose » est un délice de sensualité et de mélancolie douce. Et comment résister à l'alliance des houlques et des flouves ? »

(22/08/08).

 

› Le « penchement » chez les plantes.
Repense au scorsonère « humilis », dont les capitules penchent. L'humilité chez les plantes ! Mais le « penchement » peut aussi être éternelle mélancolie (Endymion nutans)...

ou penchant, inclinaison amoureuse.

Je n'en ai pas fini d'explorer cette fascination qu'exerce le « penchement » sur moi.

 

› Une chronique prochaine à prévoir sur Amanita rubescens, dont la thématique sera : « franchir un palier en mycologie ». Consommer l'amanite rougissante constitue une véritable étape dans la connaissance des champignons : surmonter la peur des amanites, appréhender les espèces voisines... (idem pour Clitopilus prunulus : le meunier).

 

› Les sétaires : des sétaires partout en ce moment, belles à contre-soleil (pumila), vertes ou rouges, grandes ou petites (viridis)...

De sacrées colonisatrices !

 

Leontodon automnalis est polycéphale – alors que beaucoup d'espèces du genre sont monocéphales. J'attrape ces mots au vol, en lien analogique avec le « céphalophore entêté » d'Etienne Corvevin et ses « brachychéphales » ...

 

› Repensé à la notion de « cicatrisation de la nature » dont m'a parlé Philippe Dresco, au stage « Astéracées ». Intéressante formulation de « la nature reprend ses droits ». A méditer.

 

› 1 footing = 1 page d'écriture.

Formidable équation !

En recherchant la date de mon texte : Le lac vide (d'Eguzon), afin de mentionner cette station dans mon herbier de graminoïdes (Cyperus vegetus), j'ai retrouvé un fragment ancien sur le footing, que je retranscris ici :

 Footing (juin 1988)

Tour des Chaumes. Un soleil cru, au zénith. Soliloque :

Une « manière de volonté, ce footing, une victoire sur mon corps, sur le soleil ; sur la graisse qui déborde des shorts.
Même combat qu'autrefois, sur les routes arides, dans la torpeur de midi, à marcher, à faire du stop.
Mon corps gravit la côte, régulièrement, obstinément – comme une mécanique lancée, qui ne calera pas.
Une victoire de fond, sur la paresse, sur le laisser-aller. Une manière de liberté.
Mes jambes sont lourdes, mes muscles durs, ma poitrine haletante. Je serre les dents.

Une manière de générosité : j'offre ma sueur au soleil, mon âme à l'air brûlant.
Une victoire sur la mort – chaque homme ne passe-t-il sa vie à préparer sa mort ? » .

 

 

Jeudi 4 septembre 2008, Velles, l'après-midi.

 

› Les galles de l'églantier (Diplolepsis rosea, appelées « bédégars »), d'un rouge pourpre glissant vers le grenat.
Une chronique à écrire sur une première galle, sur ce pompon hirsute, avec ici cette évolution du rouge vers un sang noir : rouge › pourpre › grenat.

 

Setaria pumila en gerbes jaune-vert kaki à contre-soleil, autour des plots et pancartes de la route.

Une douce et insistante imprégnation rêveuse, qui s'impose petit à petit, jusqu'à l'obsession... jusqu'à la révélation esthétique.

A méditer sur ce processus que je mentionnais déjà dans « Paysages d'hiver ».

 

› Les liguliflores jaunes seront encore là en octobre... pour fleurir un tantinet l'exposition mycologique.

 

› Le footing : une mécanique bien huilée. Départ un peu difficile aujourd'hui, puis rythme de croisière.

 

Samedi 6 septembre 2008,

Velles, soirée.

 

› Les capitules violet pâle de la scabieuse colombaire. Rapport avec la colombe ? Le rose violacé pâle, bien sûr, de la gorge du ramier : Columba palumbus, et du pigeon colombin : Columba oenas.

Autres plantes ou champignons en rapport avec la colombe : la russule charbonnière, dont le chapeau a des teintes « gorge de pigeon », ou le Geranium columbinum, dit « pied-de-pigeon », et dont le nom est repris comme moyen mnémotechnique : « la fleur s'envole telle une colombe » (elle est à l'extrémité de longs pédoncules).

Chercher d'autres plantes en relation avec la colombe.
Et Columbo ? ...le Tintin de « La Criminèle » ...a-t-il emprunté son nom à la colombe ?

 

Setaria pumila : la couleur kaki vient des soies jaune-brun qui se fondent au vert.
Revu les épillets à la loupe, la lemme superbement ridée-plissée transversalement entre le cornet des glumes inégales. Une envie irrésistible de dessiner cet épillet, en une sorte de « dessin automatique » tel qu'on le pratique au téléphone ou en réunion.
Proposer une macrophoto de cette fascinante sétaire à Yvan !

 

› Touches fines, jaunes de l'aigremoine, parme de la verveine.

 

Achat ce matin, au « Bleu fouillis des mots », du merveilleux livre de Marc Michon sur les « oiseaux du Berry » (exemplaire numéroté n° 24, sur pur fil Lafuma).

Ornithologue-écrivain – à l'instar de Paul Géroudet. Un douillet bonheur de lecture en perspective. Je note deux-trois petits passages :

« Le martin-pêcheur trace au-dessus de l'eau un fugitif et rapide sillon de lumière où le pourpre rutilant se mêle au bleu le plus vif. » (p. 109).

« L'engoulevent

A cause de sa tête plate, de sa bouche démesurément fendue, de ses yeux de myope, qui lui donnent un air de batracien, les paysans berrichons appellent souvent cet oiseau le crapiaud volant ». (p. 84).

« Beaucoup moins étourdi que son nom ne pourrait le laisser penser, l'étourneau, le sansonnet, en dialecte berrichon, se montre plein de ruse et très observateur. » (p. 135).

« Le pic vert est appelé en Berry le «pique-bouais », soit, beaucoup plus souvent, le « pivar », c'est de ce nom qu'est venu le verbe « se pivarder », qui s'emploie pour exprimer les actions des oiseaux à leur toilette et, par extension l'action pour les femmes de se maquiller. » (p. 144).

Mercredi 10 septembre 2008,
Velles, l'après-midi.

> Les lourdes breloques du tamier en fruits, accrochées dans les haies. Le mot breloques sied parfaitement pour exprimer la pesanteur en suspension de ces chapelets de grosses perles rouges, qui pèsent comme de lourds bijoux au cou et aux oreilles d'une femme.
A noter ici l'ambivalence : envoûtement pour les breloques végétales, dégoût pour les breloques humaines.

> Pappus... petit « parachute de soies » sur la graines de nombreuses Astéracées.
Pappus avec ses trois « p » ... = aigrette : héron, d'abord, puis faisceau de plumes, par métonymie. Et pappus par analogie.
A décliner ces jolis mots dans une chronique... et habitus aussi : silhouette, allure d'une plante.

> « Oh my darling... oh my darling... oh my darling think of me... » ... Chanté cette rengaine en courant. Elle m'a éclairci la gorge.

Mardi 16 septembre 2008,
Velles, l'après-midi.

> Le jaune orangé saturé des picrides, porcelles, crépides...
Un jaune de laine, chaud, qui concentre les derniers soleils d'arrière-saison et prépare l'hiver.
Rien à voir avec le jaune orangé saturé des boutons-d'or de printemps (Ranunculus repens, surtout) : un jaune gras, luisant, beurré, frais, qui annonce les premiers soleils de printemps, la nature qui se gorge de sève, d'humidité, de fraîcheur.

Jeudi 18 septembre 2008,
Velles, soirée.
Aujourd'hui, à la place du footing, j'ai passé la tondeuse à l'Etang. J'y ai laissé quelques gouttes de sueur, certes, mais aucune pensée ne m'est venue. Exercice stérile.
Une occasion rêvée pour mentionner la dernière lettre de Philippe Lejeune, en plein dans le sujet : « courir, c'est écrire un peu. »

« Fontenay-aux-Roses,
le 15 septembre 08
Merci, cher Richard, de tes notes de footing, dont je me découvre (en bonne compagnie!) involontaire mais heureux collaborateur. Habitué aux observations anatomiques, tu as cru remarquer que je signais Philippe avec un seul p. Non les deux « p » y sont, mais comme quand on croise les jambes, l'un cache l'autre ! Je ne vais plus oser signer, d'autant plus que tes notes de footing arrivent au moment où j'ai failli, comme un champignon, n'avoir plus qu'un pied ! En juillet, en jouant au tennis, je me suis rompu le tendon d'Achille du pied droit (fais attention en courant !) et j'ai passé l'été dans le plâtre à regarder les nuages à Fontenay-aux-Roses, ce qui encourage la méditation et développe la philosophie. Sais-tu que jadis, j'ai énormément couru, c'était une passion, jusqu'à ce que mes genoux me lâchent, et que j'ai pensé comme toi que courir, c'est écrire un peu, et surtout... écrire comme dans un journal, pour son plaisir, pour son entraînement. Tu fais des notes de footing, j'étais... « fou de footing », si j'ose un horrible jeu de mots. Je me souviens aussi que mon père, à la fin de sa vie, a exploré par petites touches la mémoire de son enfance, et qu'il a appelé cela : Jogging. Et maintenant que septembre est revenu, et mon plâtre parti, je retourne tous les jours au Parc de Sceaux, dont j'ai fait des centaines de fois le tour en courant, pour y marcher à pas lents en essayant de bien « dérouler » mon pas. Il va falloir que je signe, et que je retombe sur mes deux « p » ... merci de tes « Notes », qui je l'espère bien iront faire un tour à l'APA ? Amitiés
Philippe »

Mardi 23 septembre 2008,
Velles, 15h 29.
Notes jetées sur le papier :

« Aspiré » par le rouge
Pirouette de la NR
Cyperus longus
« muret » de Sporobolus tenacinus

Reprise de ces notes le 25/09/08,
au Saint-Hubert, à Châteauroux.

> Belles journées ensoleillées d'arrière-saison. De ces belles journées dorées où l'on apprécie le soleil dans toute sa douceur dorée (rien à voir avec les soleils écrasants de l'été).
De ces journées d'où naquit sûrement le titre du beau petit livre de Jean Libis : « Comme un désir de fin d'été ».
Les soleils d'automne font mûrir les baies et attisent leur rouge : rouge vif et luisant des grosses perles ovales de l'églantier et du tamier, rouge foncé des petites billes de l'aubépine + empourprement des feuilles de ronce, de fusain, de vigne vierge (+ les bédégars).
Donc ce rouge attisé et saturé par les soleils d'arrière-saison. J'aime cette expression, que je n'applique qu'à la fin de l'été, à ce temps en suspens, à la lisière de deux saisons, alangui des douceurs de l'été et du mordoré des soleils d'automne.
Je suis littéralement aspiré par les rouges, par les foyers rubis des haies.

> Spororobolus tenacinus, qui forme comme de longs murets orangés entre l'herbe et la chaussée.

Jeudi 25 septembre 2008,
Velles, l’après-midi.

> Les braises dans les haies.
Réexaminé avec attention les grosses baies ovales de l'églantier (éparses) et du tamier (en chapelets). Le rouge sang domine, mais encore des zones de passage : jaune-vert > orange > rouge vermillon > rouge sang.
C'est le mot « braise », avec sa rêverie du feu, à l'approche de l'hiver, qui sied le mieux pour traduire cet envoûtement par le rouge.
Pensé aussi à Russula xerampelina (observée à Azay-le-Ferron) : du grec xeros : sec, et ampelos : vigne ; russule couleur de feuille de vigne à l'automne.

> Les épilobes hirsutes en imposent, par leurs hauts panaches de fleurs roses, échevelés d'argent.

> Dernier quart de footing avec un bouquet de Crepis capillaris dans la main gauche.
Au retour, confirmation de la détermination grâce au magistral opuscule de Robert Portal sur les liguliflores jaunes. Une merveille ! Chaque détail, chaque terme nous renvoient à un dessin à la plume. Un summum de pédagogie et d'intelligence vers autrui !

> La chronique sur les picrides : Isabelle a raison : trop de détails scientifiques dans le corps du texte. Idée de les transférer en « Notes », ce qui me permettra par la même occasion d'en rajouter (à propos des feuilles, par exemple) – et peut-être d'indiquer la référence de l'opuscule de Robert Portal.

 

Samedi 4 octobre 2008,
Velles, 16h.
Notes jetées sur le papier :
ramasseurs de masse
constat NR
bédégards
« On dirait une ville »
nouvelle d'Ephéline
obséder : déclinaison du mot (+ névrose obsessionnelle) > Setaria pumila, rouge des haies

> Le froid est tombé sans transition, et pas de pluie. Il gèle la nuit.
Les ramasseurs de cèpes vont être déçus : les « ramasseurs de masse », comme on parle de tourisme de masse. Tant mieux ! J'en suis content ! Des champignons... il y en aura toujours assez pour les études. Et dire que les gens s'imaginent que c'est une catastrophe pour moi ! S'ils savaient ! ...
Dans le fond, la grande mêlée des champignons de l'automne... je n'y tiens pas trop : on ne sait plus où donner de la tête. Je préfère un automne parcimonieux, de disette... avec ses champignons distribués au compte-gouttes... et ô combien plus précieux.
Et cette indigence d'un automne froid et sec est comme promesse pour les années à venir... comme si la nature se ménageait pour donner au centuple par la suite.
Et cela me permet de prolonger, d'étirer mes observations botaniques d'arrière-saison.

> Trois semaines que la NR m'a congédié. J'en suis soulagé : la relation (pendant deux ans) a été nulle et pitoyable.
Je me contente de retranscrire le petit « à chaud » du 23/09, où une lectrice castelroussine s'inquiète de « l'avenir de Fonge et florule » :
« J'aimais beaucoup cette rubrique dont je faisais un petit cahier pour ma petite-fille de 8 ans. J'espère retrouver cette rubrique. »

>Revu les bédégars pourpres. Arrêt prolongé à les admirer. Une photo incontournable pour Yvan.

Repensé au petit livre commandé par Isabelle : « On dirait une ville », de Françoise Collin.
Comme j'étais en avance ce matin, je l'ai lu sur un banc de Châteauroux.
J'ai aimé deux passages, que je retranscris ici :

« c'est sur l'autre façade que tape le soleil, sur l'autre rive que quelqu'un se lève, en d'autres temps que se noue le récit, en d'autres cieux que courent les nuages » (p. 19).

« La volière du Jardin des Plantes
Des espèces qui ne se croisaient jamais, ou de très loin – que ce soit en plein ciel ou au détour de l'océan – contraintes à la promiscuité, se cognent aux parois de la volière monumentale, ouvrage d'art en fer forgé des années trente. Les oiseaux qui pouvaient librement se faire signe, mais de loin en loin, et marquer leur passage d'un cri ou d'un chant, voici qu'ils leur faut ici voler aile contre aile et se confondre dans une rumeur inarticulée. Le ciel est plus heurté à chaque essai d'envol.
Une communauté d'espèces étrangères certes soigneusement triées pour ne pas se détruire – mais suffit-il de ne pas se détruire ? - ni ennemis ni amis, seulement confinées et abreuvées à la même eau stagnante. Autour, un semblant de vie. Une reconstitution avare : deux arbres, une mare.
Les couleurs de leurs plumes qui avaient rapport à la couleur du sol ou du ciel, qui signifiaient feuillage ou lune sont malades. La nuit, seuls dans le jardin fermé au public, ils entendent le silence ponctué de ces bruits bizarres que font les voitures sur l'avenue voisine, et par vent d'ouest, plus loin, le roulement des trains de la gare d'Austerlitz qu'ils n'atteindront jamais, eux qui étaient voués aux antipodes. » (p. 57).

J'ai lu ces deux extraits à Isabelle au « Petit Berry ».
Deux textes décalés – de ce décalage qui permet de s'arrêter un moment... et d'écouter murmurer l'existence, sourdre le temps. Et la grande volière du Jardin des Plantes... je la connais ! J'en entends encore les cris  monstrueux et magnifiques qui déchiraient journellement mon enfance parisienne.

> Ephéline a une nouvelle de trois pages à écrire pour le lycée. Je lui ai suggéré une « nouvelle écologique » à la « Marcovaldo », d'Italo Calvino : un habitant de Châteauroux qui, pour empêcher que le pied des arbres de son trottoir ne soient pulvérisés au désherbant, entreprend d'y jardiner, d'y biner... et d'y planter des fleurs !

> Obséder : décliner ce verbe, dans son sens transitif. Setaria pumila obsède mes regards, les taches de rouge dans les haies obsèdent mes regards.
C'est moi l'obsédé, et c'est la nature qui m'obsède.
Verbe plus intéressant, d'emploi plus pertinent, que « fasciner », « envoûter ».
Faire le pont jusqu'à « la névrose obsessionnelle ».

Mardi 14 octobre 2008,
Velles, 16h 13.
Notes jetées sur le papier :
lichens : spécialisation, synthèse
paroles de Philippe Leclert
lettre d'Evelyne
le 4e âge des fleurs : une idée
oligocéphale, pléiocéphale
Clémentine

Reprise de ces notes, « au Paris », à Châteauroux, le 15/10 :
> Je me suis inscrit au stage « lichens » à Meymac (il restait une place). Un bonheur !
Besoin désormais d'élargir « ma culture botanique » (je reprendrai aussi les mousses).
Je suis sorti de cet état d'esprit dans lequel la spécialisation était « une manière de protection contre l'éparpillement ».
A nouveau, « curiosité insatiable à tout vent ». Besoin de synthèse, en harmonie avec l'acuité de la spécialisation. Et les lichens m'ont toujours fait rêver, à l'instar des mousses.

> Les paroles chaleureuses et gratifiantes de Philippe Leclert au téléphone : il a aimé Notes de footing ; il les compare à un montage cinématographique réussi, leur trouve une unité et une matière littéraire.

> Repensé à la lettre d'Evelyne Ferrand (de début octobre), dont je retranscris des extraits :

« Tes Notes de footing se ramifient de façon spectaculaire ! Elles drageonnent à foison ! (Eh oui ! Je fais quelques progrès en botanique !)
La beauté des noms m'émerveille toujours autant et me donne envie de faire un tableau avec...

J'aimerais voir tes herbiers... (As-tu fait finalement celui des ombellifères ?)
Je retiens 2 pistes que je trouve particulièrement intéressantes et originales :
> Chroniques sur les odeurs des champignons
> les fleurs du 4° âge !
Et toujours, bien sûr, la poétique de la ligne chez les Carex (ou ailleurs)...
...
Pour en revenir à tes Notes de footing, je rejoins totalement Jean Libis dans son « commentaire », lorsqu'il souligne notamment l'originalité de la démarche.
Je le sens, lui aussi, fasciné par ta perception, ta relation intime, charnelle avec la nature et ton talent à nous faire partager cette jouissance esthétique qu'est la contemplation de la nature pour toi, exprimée, transcendée par une autre jouissance, celle des mots. Elles se nourrissent mutuellement, sans se dévorer !

Pas de prédation, pas de dissection, pas de cadavre...
L'ultime connaissance est sans aucun doute poétique et jubilatoire ! »

> Le 4° âge des fleurs : 4 magnifiques photos d'Yvan sur ce beau sujet. Ce sujet qui est peut-être une véritable idée (à laquelle personne n'aurait pensé avant) ?
Il y aurait tout un livre à faire sur cette idée – avec photos d'Yvan et dessins d'Evelyne.

> Robert Portal utilise, dans ses « Liguliflores jaunes » : « oligocéphales » pour des tiges de 2 à 8 capitules, et « pléiocéphales » pour des tiges de 10 à x capitules... (à signaler à Etienne Cornevin).

> « Oh my  darling... oh my darling... oh my darling Clementine... » ...
Isabelle m'a corrigé une fois de plus sur... ce que je suis bien obligé d'appeler « une sorte de dyslexie ».

 

 
puis du 21 octobre au 15 novembre

Mardi 21 octobre 2008,
Velles, 15h 10.
Notes jetées sur le carnet :
cynorrhodon ≠ cynisme
dactyle, regain, graminées en toutes saisons
échos récents
pluie... foot, fuser. Technicien, artiste, dribbles à Paris

Reprise de ces notes à Velles, dans la matinée du 22/10 :
> Cynorrhodon : mot magnifique ! Du grec kunos : chien, et rhodon : rose.
« l'arbuste à cynorrhondons » : Rosa canina (l'églantier),  était utilisé jadis contre la rage.
Même racine que « cynique ». Etymologie étonnante :
relatif au chien : ses muscles faciaux spécifiques lui confèrent ce « sourire sardonique » bien connu. > puis, par analogie, spasme cynique (en pathologie humaine) : mouvement convulsif des joues et des lèvres. > et  doctrine philosophique... « mordante et sans pudeur... comme un chien » . > jusqu'au sens actuel, avec toute sa charge de négativisme et de mépris.
Cynorrhodon et cynique : mots à valeur antinomique. L'occasion d'aborder cette belle thématique langagière dans la chronique sur l'églantier.
Répertorier les autres noms botaniques issus du mot « chien » : cynosure, cynoglosse, cynodon, etc.

> Collé deux nouvelles graminées dans mon herbier : le dactyle aggloméré et le sorgho commun – aux épillets « mollement velus ». J'ai retenu cette expression très « sensuelle et très vraie » (sous la loupe), à propos du Sorgho d'Alep.
Dactyle d'automne... deuxième ou troisième regain. Des graminées en toutes saisons – comme les champignons !

> Footing sous une douce pluie. C'était mon temps préféré quand je jouais au foot. La balle fusait... et c'était régal pour les « techniciens » « dont j'étais » . Maintenant que je repense à ce mot, je le trouve exécrable : il ne fait que traduire les mentalités triviales et bassement  matérielles qui règnent sur le foot. Je lui préfère nettement le mot « artiste » ... mais attention ! ... « artiste » ... c'est réservé aux Brésiliens, qui « s'élèvent dans les airs et accueillent la balle qui arrive du ciel à toute violence... l'amortissent suavement contre leur poitrine et la font glisser le long de leur corps... jusqu'au pied de rêve qui part en dribbles ou amorce une passe sublime... » .
Le « temps du foot » est le temps de la « douce humidité ». Un « temps amphibien » (comme on peut parler d'un « temps reptilien » pour les farnientes de fin d'été.

> Plusieurs échos récents, aux Chroniques, à Notes de footing. Les intégrer ? ...
Impression bizarre, alors, que Notes de footing  « s'auto-alimenteraient » toutes seules, s'entretiendraient d'elles-mêmes  comme un mouvement perpétuel – sans que je n'y fusse plus pour rien !

Jeudi 23 octobre 2008,
Velles, 15h 04.
Notes jetées sur le papier :
Fermer les yeux face au soleil : rouge (+ mentionner les cônes gris à paillettes violettes)
Allonger la foulée (gazelle, presque vol ≠ footing souffreteux : petites foulées, grimace...) Portugaise du marathon des Jeux Olympiques
39 ' pour le footing
Ma veste maculée. Blanc de peintre. Le Pierrot de Tournier

Reprise de ces notes, le 6/11/08, au Saint-Hubert.
> Courir face au soleil, en fermant les yeux. Tout devient alors rouge – d'un rouge orange lumineux « plein face au soleil », d'un rouge qui s'assombrit de marron à la moindre inclinaison.
J'ai souvent usé de ce plaisir lézardien – dans une cour de récréation d'école, ou en attendant Isabelle devant la médiathèque – étonné et émerveillé de cet « aveuglement rouge » convocable et modulable à souhait.
Je me dis plaisamment que le filtre des paupières roses ne laisse passer que les rayonnements rouges du soleil.
Repensé aussi aux cônes rotatifs gris, zébrés de noir et pailletés d'étoiles violettes, de mon enfance, de « quand je fermais les yeux et faisais pression sur mes paupières closes » .
Un plaisir « d'illusion lumineuse et colorée », de transport dans un autre monde de lumière et de couleurs – que je continue de m'octroyer de temps à autre.
Mais maintenant, en accord avec « on a besoin de rouge avec l'âge » ... ma préférence va vers les rouges et chaudes incandescences solaires.

> Footing quasiment chronométré cette fois-ci : 39' (j'avais peu de temps).
J'ai allongé la foulée – sans effort, avec parfois des sauts de gazelle, en presque vol. Ai imaginé, çà et là, le footing antinomique : souffreteux, à petites foulées, grimaçant... et ce pour en revenir au footing de rêve... à celui de la Portugaise qui remporta le marathon des Jeux Olympiques de l'an 2000. Magnifique !

> Ma veste verte de footing, maculée de peinture.
Une veste de peintre, en quelque sorte. Ai repensé aux « blancs de peintre » de mon père... et à cette interrogation restée en suspens : « pourquoi les peintres en bâtiment s'habillaient-ils en blanc pour faire de la peinture ? ». Cela ma toujours paru ... contraire au bon sens ! Mais c'était fort joli.
Et du coup, une autre association d'idées : le blanc Pierrot de Michel Tournier, et le coloré Arlequin (peintre en bâtiment).
Ma veste verte de peintre – qui devrait être blanche mais qui est maculée de peinture – est une synthèse entre Pierrot et Arlequin !

Jeudi 6 novembre 2008,
Velles, 14h 43.
Notes jetées sur le papier :
Climat fungique
Pin sylvestre : glauque et orange
L'éthique de Spinoza
Emancipation des Notes de Footing
Lettre de Pierre Moënne-Loccoz

Reprise de ces notes, le 13 novembre 08, au Saint-Hubert :
> L'atmosphère est enfin éminemment fungique : pluie, humidité ambiante, brouillards, terre gorgée d'eau, feuilles mortes mouillées, en édredons mous et silencieux... et bien sûr champignons qui émergent de partout, eux-mêmes mouillés, turgescents et opulents.
Car il ne suffit pas que les champignons poussent ! ... encore faut-il qu'ils poussent en accord avec leur nature profonde – intrinsèquement humide... pour que s'accomplissent les rêveries fungiques. (Par exemple, à contrario, la sécheresse, le vent de nord-est, les feuilles craquantes, le gel, etc. écorchent les rêveries fungiques).
Le climat automnal, doux et humide, soudain là, ouvre irrésistiblement au désir de champignons, de quêtes mycologiques – et met de côté les « désirs hors saison » : fleurs, graminées, etc.
Le changement brusque de climat « précipite les chroniques dans les champignons » .

> Envisager une chronique sur le pin sylvestre du Tour des Chaumes, au « feuillage » glauque et au tronc orange.
L'articuler sur les complémentarités vert-rouge et bleu-ocre – le pin sylvestre étant l'exemple d'une complémentarité hybride issue des deux précédentes, selon le système d'équations suivant :
1 –  glauque = vert + bleu
2 –  orange   = rouge + ocre jaune
glauque + orange = (vert + rouge) + (bleu + ocre)

> Spinoza...
A France Culture, dans la voiture, au retour d'Aubrac avec Isabelle, le 4 novembre.
Repensé à l'éthique de Spinoza – si chère à Michel Tournier, qui considère que son « Pierrot ou les secrets de la nuit » en est une éblouissante illustration.
De mon côté, des réflexions, des réminiscences : si tant de gens ont du mal à vivre avec autrui (en famille, en groupe, en société), c'est qu'ils n'ajustent pas leurs désirs sur le principe de réalité : conditions de l'environnement, et surtout « propres désirs des autres » . L'adéquation entre notre liberté et le principe de réalité ne peut se concevoir qu'à travers une démocratie. J'y retrouve mes concepts de jeunesse « d'égoïsme raisonnable », ou, ce qui revient au même, « de générosité raisonnable », et qui permettent, selon moi, de vivre harmonieusement avec autrui dans la réalité et dans la durée.

> Impression qu'à l'approche de l'hiver (« dénudement végétal du paysage »), mes Notes de Footing s'émancipent quelque peu des Chroniques.
Mouvement intéressant s'il en est car... du Journal des Chroniques dont elles ne sont censées représenter qu'une partie... les Notes de Footing « s'en s'échappent » et conquièrent des terres nouvelles, autonomes.

> Repensé à la lettre de Pierre Moënne-Loccoz, du 22 octobre. J'en mentionne ici quelques extraits :

« Cher Ami,
...J'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre journal de joggerissime et cela m'a réjoui...
De mon côté, en ce moment, par exemple, je pourrais parler pendant des heures des papillons, mais je sais que cela ennuierait ceux qui n'éprouvent pas la même passion.
Pour avoir eu une une véritable passion pour la botanique, la vôtre ne m'ennuie pas, et tous ces noms latins chantent encore à mes oreilles le bonheur que procure toute passion raisonnable.
La manière dont avez de parler de toutes ces herbes que les gens foulent, indifférents, me parle au coeur.

... En relisant votre journal, car il s'agit bien d'un journal, j'ai été frappé par votre talent à décrire les couleurs. C'est presque impossible d'adjectiver une couleur, d'où la publication de nombreux codes. Je me flatte de reproduire exactement une nuance, pourvu que je l'aie sous les yeux. Cependant j'ai été étonné que vous n'utilisiez pas votre odorat. Pas une seule note à cet égard.
... j'avais développé un odorat particulièrement subtil. Je me souviens qu'à une récolte du gros Cortinarius europaeus, j'avais à la coupe ressenti une odeur suave qui disparaissait en quelques minutes et là je ne pouvais pas la qualifier. C'est Marcel Bon qui a trouvé : « le chocolat au lait suisse Nestlé » !

...J'ai trouvé des odeurs comme celle de « rat crevé », qui a ravi Patrick Reumaux, et je ris quand je pense à Quélet qui disait des inocybes qu'ils sentaient le sperme, ou plus encore quand il parlait des odeurs de menstrues. Les jeunes filles étaient dans l'obligation de faire des gâteries aux messieurs. Toujours de Quélet, « l'urine de souris » ? Celle-là je ne la connais pas, on a toujours eu au moins un chat à la maison.... »

Mercredi 12 novembre 2008,
Velles, 14h 16.
Notes jetées sur le carnet :
Lichens : graphisme, géographie
                lécanorine, lécidéine
                le rouge des Cladonia

Reprise de ces notes le 15/11, à Velles, 22h 20 :
Repensé au « stage lichens ».
Deux mots chantent dans ma tête : lécanorine et lécidéine... telles deux soeurs jumelles.
Lécanorine, affirmée et espiègle, Lécidéine, douce.
(lécanorine : apothécie à bord thallin
 lécidéine    : apothécie sans bord thallin).
Ces deux mots viennent du grec « lekos » : assiette, écuelle.
Les lichens et le graphisme, la géographie : les genres Graphis, Enterographa, Opegrapha, Phaeographis... qui sont comme des signes graphiques, de l'écriture avec des lirelles – Beauté de ce mot qui s'étire comme ce qu'il désigne : des apothécies étirées et réduites à des fentes.
Rhizocarpon geographicum, lichen crustacé qui dessine des cartes de géographie jaune-orange sur les roches.
Retenu le beau mot de « fenestration », qui désigne des macules de lumière, des « fenêtres », dues à la concentration de pores sur le thalle. Mot heureux, antinomique de défenestration.
Les apothécies rouges des Cladonia... de quoi alimenter la poétique du rouge.




l du même auteur ailleurs sur le site l
_Notes 1991-1998 (n° 4 - novembre 1998)


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